vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2104313 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | HOUDART ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 avril 2021, le syndicat CFDT santé sociaux Nantes et région, représenté par Me Cochereau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes sur la demande du syndicat CFDT santé sociaux Nantes et région tendant à la mise en conformité avec la réglementation du cycle de travail des infirmiers diplômés d'Etat de l'unité de soins intensifs du service de cardiologie ;
2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier universitaire de Nantes d'abroger les cycles de travail actuels et de saisir sans délai le comité technique d'établissement d'un nouveau projet de cycle de douze semaines, dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nantes une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il appartiendra au directeur du centre hospitalier universitaire de Nantes de démontrer que le comité technique a été consulté de manière régulière ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'un cycle de travail supérieur à douze semaines est illégal ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir en ce que la finalité du nouveau cycle de travail est de réaliser des économies budgétaires ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce que le nouveau cycle de travail a un impact négatif sur la santé des soignants et la qualité des soins.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le centre hospitalier universitaire de Nantes, représenté par Me Lesné, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du syndicat requérant la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est formée contre un acte préparatoire qui n'est pas susceptible de recours ;
- les moyens soulevés par le syndicat CFDT santé sociaux Nantes et région ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 2002-9 du 4 janvier 2002 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fessard,
- les conclusions de Mme Heng, rapporteure publique,
- et les observations de Me Sadi, représentant le syndicat requérant.
Une note en délibéré, présentée pour le syndicat CFDT santé sociaux Nantes et région, a été enregistrée le 30 septembre 2024. Elle n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Le 3 novembre 2020, le directeur du CHU de Nantes a présenté aux représentants du personnel les travaux préparatoires pour la mise en place d'une nouvelle organisation du temps de travail des infirmiers de l'unité de soins intensifs du service de cardiologie. Par un courrier du 16 décembre 2020, le syndicat CFDT santé sociaux Nantes et région, estimant que les cycles de travail présentés aux organisations syndicales ne respectaient pas la règlementation applicable, a demandé au directeur du centre hospitalier de modifier cette nouvelle organisation afin de la rendre conforme à la réglementation en vigueur. Du silence gardé par le CHU de Nantes sur cette demande est née, le 16 février 2021 une décision implicite de rejet dont le syndicat CFDT santé sociaux Nantes et région demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsque le juge administratif est saisi d'une requête tendant à l'annulation du refus opposé par l'administration à une demande tendant à ce qu'elle prenne des mesures pour faire cesser la méconnaissance d'une obligation légale lui incombant, il lui appartient, dans les limites de sa compétence, d'apprécier si le refus de l'administration de prendre de telles mesures est entaché d'illégalité et, si tel est le cas, d'enjoindre à l'administration de prendre la ou les mesures nécessaires. Cependant, et en toute hypothèse, il ne lui appartient pas, dans le cadre de cet office, de se substituer aux pouvoirs publics pour déterminer une politique publique ou de leur enjoindre de le faire.
3. Aux termes du premier alinéa de l'article 1er du décret susvisé du 4 janvier 2002 relatif au temps de travail et à l'organisation du travail dans les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 : " La durée du travail est fixée à 35 heures par semaine dans les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée. () " Aux termes de l'article 6 de ce décret : " L'organisation du travail doit respecter les garanties ci-après définies. / La durée hebdomadaire de travail effectif, heures supplémentaires comprises, ne peut excéder 48 heures au cours d'une période de 7 jours. / () " Aux termes de l'article 9 du même décret : " Le travail est organisé selon des périodes de référence dénommées cycles de travail définis par service ou par fonctions et arrêtés par le chef d'établissement après avis du comité technique d'établissement ou du comité technique paritaire. / Le cycle de travail est une période de référence dont la durée se répète à l'identique d'un cycle à l'autre et ne peut être inférieure à la semaine ni supérieure à douze semaines ; le nombre d'heures de travail effectué au cours des semaines composant le cycle peut être irrégulier. / Il ne peut être accompli par un agent plus de 44 heures par semaine. / Les heures supplémentaires et repos compensateurs sont décomptés sur la durée totale du cycle. Les repos compensateurs doivent être pris dans le cadre du cycle de travail. " Enfin, aux termes du dernier alinéa de l'article 11 du même décret : " () Il ne peut être effectué plus de 39 heures hebdomadaires en moyenne sur le cycle, hors heures supplémentaires, ni plus de 44 heures par semaine, hors heures supplémentaires, en cas de cycle irrégulier. "
4. Il ressort des pièces du dossier, ainsi que le fait valoir le directeur du CHU de Nantes dans son mémoire en défense, que les syndicats ont été invités, dans le cadre d'un travail préparatoire, à émettre un avis sur une nouvelle organisation des cycles de travail des infirmiers diplômés d'Etat de l'unité de soins intensifs du service de cardiologie du centre hospitalier. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette nouvelle organisation, portant à 26 semaines les cycles de travail des personnels précités, aurait été adoptée et effectivement mise en œuvre. Dès lors, les moyens tirés de ce que le refus du CHU de procéder à la modification de cette organisation afin de la rendre conforme à la réglementation en vigueur est entaché d'un vice de procédure, en l'absence de saisine du comité technique d'établissement, d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées, qui fixent à un maximum de douze semaines la durée des cycles de travail, d'une erreur d'appréciation quant à l'impact du nouveau cycle de travail sur la santé des soignants et la qualité des soins, et d'un détournement de pouvoir, doivent être écartés.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le CHU de Nantes, que les conclusions à fin d'annulation présentées par le syndicat CFDT santé sociaux Nantes et région doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de syndicat CFDT santé sociaux Nantes et région la somme que le CHU de Nantes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par le syndicat CFDT santé sociaux Nantes et région soient mises à la charge du CHU de Nantes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du syndicat CFDT santé sociaux Nantes et région est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le CHU de Nantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat CFDT santé sociaux Nantes et région et au centre hospitalier universitaire de Nantes.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Paquelet-Duverger conseillère,
Mme Fessard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
La rapporteure,
A. FESSARD
La présidente,
V. POUPINEAU
La greffière,
A-L. LE GOUALLEC,
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026