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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104355

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104355

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantVANSTEEGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 19 avril 2021 et 30 avril 2024, Mme B E, représentée par Me Vansteeger, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 avril 2021 par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens.

Elle soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par Mme E n'est pas fondé.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E, née le 30 mars 1983, ressortissante de la République du Congo, a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 15 avril 2021. Mme E demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; / Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ; / () ".

3. Il résulte de ces dispositions que si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.

4. Il résulte également de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le second alinéa précité du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci. Dans ce dernier cas, il appartient seulement au demandeur de produire la décision de justice intervenue, quelles que soient les mentions de celle-ci, peu important notamment qu'elles constatent l'impécuniosité ou la défaillance du parent français auteur de la reconnaissance. La circonstance que cette décision de justice ne serait pas exécutée est également sans incidence.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme E est mère d'un enfant, A, né le 1er septembre 2018 au Mans, dont la paternité a été reconnue, le 24 mai 2018, par un ressortissant français, M. C D. Par un jugement du 9 juin 2022, le tribunal judiciaire du Mans a dit que l'autorité parentale sur l'enfant A sera exercée exclusivement par Mme E, a fixé la résidence habituelle de l'enfant A au domicile de sa mère, a dit que M. D disposerait d'un droit de visite et a fixé la part contributive mensuelle due par ce dernier à l'entretien et à l'éducation de l'enfant A à la somme de 130 euros. En outre, un certificat de nationalité française de l'enfant a été délivré le 3 octobre 2019 par le directeur des services de greffe judiciaires du tribunal d'instance du Mans.

En ce qui concerne le motif de la décision attaquée :

6. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser de délivrer à Mme E un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Sarthe s'est fondé sur le caractère frauduleux de la reconnaissance effectuée par M. D. Pour opposer le caractère frauduleux de cette reconnaissance, le préfet de la Sarthe a relevé que la requérante n'avait jamais mené de vie commune avec M. D, que M. D, naturalisé en décembre 2017, avait reconnu deux autres enfants de deux mères différentes entre 2018 et 2020 et qu'il n'est pas justifié que M. D entretiendrait un lien avec son fils. Ces éléments, pris séparément ou dans leur ensemble, ne sont toutefois pas suffisants pour établir le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité effectuée par M. D, alors en outre que le préfet n'établit pas qu'une enquête judiciaire du chef d'une reconnaissance frauduleuse de paternité ait été ouverte à la suite du signalement qu'il a effectué. Dès lors, le préfet de la Sarthe, qui n'établit pas que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention d'un titre de séjour pour Mme E, ne pouvait, pour ce motif, refuser le titre de séjour sollicité.

En ce qui concerne la substitution de motif demandée :

7. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. Le préfet de la Sarthe fait valoir dans son mémoire en défense, communiqué à la requérante, que la preuve de la contribution de l'auteur de la reconnaissance à l'entretien et à l'éducation de l'enfant n'est pas rapportée et qu'il n'est pas produit de décision de justice relative à une telle contribution, de sorte que les conditions prévues à l'article L. 313-11, 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées au point 2, ne sont pas remplies. Il doit ainsi être regardé comme sollicitant une substitution de motifs.

9. Il ne ressort nullement des pièces du dossier que M. D, auteur de la reconnaissance de paternité du 24 mai 2018, contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant A et Mme E ne justifie, à la date de la décision attaquée, d'aucune décision de justice relative à celle-ci. Par ailleurs, si Mme E produit un jugement du 9 juin 2022 du tribunal judiciaire du Mans relative à la contribution de M. D à l'éducation et à l'entretien de l'enfant, cet élément, intervenu postérieurement à la date de la décision attaquée, est sans incidence sur la légalité de celle-ci qui s'apprécie à la date de son édiction. Cette décision de justice ne peut pas davantage être interprétée comme actant une situation de fait qui prévalait à la date de la décision attaquée. Ainsi, le préfet de la Sarthe pouvait, pour le seul motif tiré de ce que Mme E ne remplit pas les conditions énoncées par les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande de titre de séjour de l'intéressée. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision de refus s'il avait entendu se fonder initialement sur ce motif. Dès lors, il y a lieu de procéder à la substitution demandée, qui ne prive la requérante d'aucune garantie procédurale liée au motif substitué. Il s'ensuit qu'il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative :

11. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par la requérante au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à Me Vansteeger et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Beyls, conseillère,

M. Huet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. HUET

Le président,

T. GIRAUD

La greffière,

C. GENTILS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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