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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104382

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104382

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET SAVIGNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 avril et 6 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Chaaban et Kupferberg, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 7 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur, statuant sur son recours préalable obligatoire formé contre la décision en date du 20 octobre 2020 du préfet des Hauts-de-Seine constatant l'irrecevabilité de sa demande de naturalisation, a substitué à cette mesure une décision d'ajournement de cette demande jusqu'au retour en France de sa conjointe et de leurs enfants ;

2°) d'ordonner au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision préfectorale est insuffisamment motivée ;

- la décision ministérielle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la circonstance que son épouse et leurs enfants résident au Yémen et ne peuvent regagner la France résulte d'un cas de force majeure ;

- elle méconnaît les articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés à l'appui de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cantié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant yéménite né le 1er janvier 1974, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par naturalisation. Par une décision du 20 octobre 2020, le préfet des Hauts-de-Seine a constaté l'irrecevabilité de sa demande. Saisi du recours préalable obligatoire prescrit par le décret du 30 décembre 1993, le ministre de l'intérieur a substitué à cette décision préfectorale une décision du 7 avril 2021 portant ajournement de la demande de l'intéressé jusqu'au retour en France de sa conjointe et de leurs enfants. M. A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler cette dernière décision.

Sur la légalité de la décision ministérielle :

2. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Le dernier alinéa de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française dispose : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai (). Ce délai une fois expiré (), il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite.

3. Pour décider de l'ajournement de la demande de naturalisation de M. A, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur la circonstance que l'épouse et les deux enfants mineurs de l'intéressé résident à l'étranger, en sorte que le postulant n'a pas établi l'ensemble de ses attaches familiales en France.

4. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, l'épouse et les filles de M. A, qui séjournaient depuis plusieurs années en France et se sont rendues au Yémen au cours de l'été 2018 pour rendre visite aux parents de celle-ci, étaient dans l'impossibilité matérielle de quitter ce pays en raison du blocage de l'aéroport de Sanaa et des risques, qui résultaient du conflit armé opposant les forces gouvernementales aux rebelles Houtis, encourus par les personnes souhaitant sortir du territoire. Dès lors, en se fondant sur la seule circonstance, qui n'est pas imputable à M. A, que sa conjointe et ses enfants ne résidaient pas en France à la date de la décision attaquée, pour estimer que ses attaches familiales ne se situaient pas sur le territoire, le ministre a entaché cette décision d'une erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du ministre de l'intérieur en date du 7 avril 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le ministre de l'intérieur réexamine la demande de naturalisation de M. A. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 300 euros, sollicitée à ce titre par M. A dans le dernier état de ses écritures, à verser à ce dernier.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 7 avril 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de naturalisation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le président-rapporteur,

C. CANTIE L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MARTEL

La greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au ministre l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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