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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104418

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104418

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104418
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2021, Mme A B, représentée par Me Pollono, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 25 mai 2020 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a rejeté sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros qui devra être versée à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 21-27 du code civil ;

- elle méconnaît l'article 34 de la convention de Genève, ainsi que l'article 21-19 du code civil ;

- elle méconnaît la circulaire du 12 mai 2000.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Benoist ;

- les observations de Me Pollono, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet du Val-de-Marne qui a, par une décision du 25 mai 2020, rejeté sa demande au motif que les réponses apportées lors de son entretien du 9 décembre 2019 témoignent d'une connaissance insuffisante des éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France, aux règles de vie en société et aux principaux droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté française. Le préfet s'est également fondé sur la circonstance selon laquelle la postulante a fait l'objet d'une procédure pour faux ou usage de faux documents administratifs le 25 mars 2011 à Argenteuil. Elle a formé un recours contre cette décision auprès du ministre de l'intérieur qui a implicitement confirmé ce rejet. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de la décision ministérielle.

2. En premier lieu, selon l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 21-24 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République. () ". Aux termes de l'article 41 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, dans sa version en vigueur : " () Lors d'un entretien individuel, l'agent vérifie que le demandeur possède les connaissances attendues de lui, selon sa condition, sur l'histoire, la culture et la société françaises, telles qu'elles sont définies au 2° de l'article 37. / A l'issue de cet entretien individuel, cet agent établit un compte rendu constatant le degré d'assimilation du postulant à la communauté française ainsi que, selon sa condition, son niveau de connaissance des droits et devoirs conférés par la nationalité française. / () ". En outre, aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ".

3. Ces dispositions confèrent au ministre de l'intérieur un large pouvoir d'appréciation de l'intérêt d'accorder la nationalité française à la personne qui la demande. Il appartient à cette autorité, lorsqu'elle exerce ce pouvoir, de tenir compte de tous les éléments de la situation de cette personne, y compris ceux qui ont été examinés pour statuer sur la recevabilité de sa demande. Au nombre de ces éléments figure le degré de connaissance, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société française, ainsi que les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

4. Il ressort des termes du mémoire en défense que, pour rejeter implicitement le recours de Mme B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur les circonstances selon lesquelles, d'une part, la postulante a fait l'objet d'une procédure pour faux ou usage de faux documents le 25 mars 2011 à Argenteuil et, d'autre part, lors de l'entretien qui s'est tenu le 9 décembre 2019, la requérante n'a pas été en mesure, malgré près de dix années de résidence en France, de citer les évènements commémorés le 11 novembre, le 8 mai et le 14 juillet, les personnages qui ont marqué l'Histoire et la culture française, le fondateur de la Ve République, la composition et le rôle du Parlement, la devise de la République, les droits et devoirs que confère la nationalité française, et elle n'a pas su expliciter les principes fondamentaux de liberté, d'égalité et de laïcité.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte-rendu de l'entretien du 9 décembre 2019, que Mme B n'a pas été en mesure d'apporter les réponses à ces questions. De telles lacunes révèlent une connaissance insuffisante, de la part de la postulante, des éléments fondamentaux de l'histoire et de la culture françaises. Par suite, le ministre, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation ni d'erreur de fait en rejetant sa demande de naturalisation. Il résulte de l'instruction que le ministre de l'intérieur aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur ce motif.

6. En deuxième lieu, Mme B soutient que le ministre de l'intérieur a commis une erreur de droit dès lors qu'elle n'a fait l'objet d'aucune condamnation au sens des dispositions de l'article 21-27 du code civil. Toutefois, la demande de naturalisation de la requérante n'a pas été déclarée irrecevable. Par suite, elle ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions et ce moyen ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, la circulaire du 12 mai 2018 a été abrogée le 1er juillet 2018. Par suite, Mme B ne peut utilement s'en prévaloir et ce moyen ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, l'article 34 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, qui prévoit que les Etats contractants faciliteront, dans toute la mesure du possible, l'assimilation et la naturalisation des réfugiés, et qu'ils s'efforceront notamment d'accélérer la procédure de naturalisation, ne crée pas pour autant, pour l'Etat français l'obligation d'accueillir les demandes de naturalisation présentées par les personnes bénéficiant du statut de réfugié. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations est, en conséquence, inopérant.

9. En cinquième lieu, eu égard au motif fondant la décision attaquée, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 21-19 du code civil.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Pollono et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

La rapporteure,

L.-L. BENOISTLa présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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