jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2104424 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | DEIXONNE |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 avril 2021 et 3 mars 2022 sous le numéro 2104424, M. C A, représenté par Me Deixonne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite et la décision du 12 avril 2021 par lesquelles le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 24 septembre 2020 par laquelle le préfet du Gard ajourné sa demande de naturalisation pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui accorder la naturalisation sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le signataire de la décision préfectorale ne justifie pas de sa compétence ;
- la décision implicite du ministre de l'intérieur n'est pas motivée et la motivation de la décision du préfet du Gard est inexacte ;
- sa demande de naturalisation remplit l'ensemble des conditions de recevabilité posées par le code civil ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre la décision préfectorale et contre sa décision implicite, auxquelles s'est substituée sa décision expresse du 12 avril 2021, sont irrecevables ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II - Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er juin 2021 et 3 mars 2022, sous le numéro 2106069, M. C A, représenté par Me Deixonne, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 24 septembre 2020 par laquelle le préfet du Gard a ajourné sa demande de naturalisation pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui accorder la naturalisation sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas de sa compétence ;
- la motivation de la décision est erronée ;
- sa demande de naturalisation remplit l'ensemble des conditions de recevabilité posées par le code civil ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre la décision préfectorale et contre sa décision implicite, auxquelles s'est substituée sa décision expresse du 12 avril 2021, sont irrecevables ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Milin a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite et la décision du 12 avril 2021 par lesquelles le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 24 septembre 2020 par laquelle le préfet du Gard ajourné sa demande de naturalisation pour une durée de deux ans.
2. D'une part, si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Le 12 avril 2021 est intervenue une décision expresse de rejet du recours formé contre la décision du préfet du Gard du 24 septembre 2020. Il y a lieu, par suite, de regarder les conclusions présentées par M. A comme tendant exclusivement à l'annulation de la décision expresse du ministre de l'intérieur du 12 avril 2021 rejetant ce recours et maintenant l'ajournement à deux ans de la demande de naturalisation du requérant. Par ailleurs, les moyens dirigés contre la décision du préfet du Gard, à laquelle la décision du ministre de l'intérieur s'est substituée et dont M. A ne demande d'ailleurs pas l'annulation, sont inopérants et doivent être écartés.
3. Conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'intégration et de la citoyenneté dispose de la délégation pour signer au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre 2016, Mme D a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par une décision du 12 septembre 2019, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 14 septembre 2019, Mme D a accordé à M. B, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux et signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté comme manquant en fait.
4. La décision du 12 avril 2021 énonce les éléments de fait et de droit qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée. Si le requérant conteste l'exactitude matérielle des faits au fondement de cette décision, cet argument est sans incidence sur la motivation formelle de celle-ci.
5. D'une part, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement et l'assimilation du postulant à la communauté française.
6. Pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation de M. A, le ministre s'est fondé sur la circonstance que le comportement du postulant est sujet à caution dans la mesure où il a fait l'objet d'une procédure pour menaces-chantage le 23 avril 2020 à Nîmes.
7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la " fiche navette " versée au dossier, renseignée par les services du parquet à destination de l'autorité administrative en charge des demandes de naturalisation, que M. A a été mis en cause en qualité d'auteur pour des faits de " menaces - chantage " commis le 23 avril 2020, procédure classée sans suite le 26 mai 2020 après régularisation sur demande du Parquet. Si dans ses requêtes introductives, M. A contestait être l'auteur des faits en cause et être victime d'une usurpation d'identité, il ne remet plus en cause dans ses mémoires en réplique l'imputabilité des faits. Il ressort en tout état de cause des pièces du dossier que les nom, prénom, date et lieu de naissance, filiation et photographie d'identité figurant dans l'extrait du traitement des antécédents judiciaires ayant motivé la saisine du Parquet correspondent aux informations produites par M. A dans le cadre de sa demande de naturalisation, de sorte que l'usurpation d'identité initialement alléguée par le requérant, qui n'était au demeurant aucunement étayée, n'est pas établie. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, les faits en cause ne sont pas dépourvus de gravité et présentaient à la date à laquelle la décision attaquée a été prise un caractère récent, de sorte que le ministre pouvait les prendre en considération pour apprécier le comportement du postulant. Dans ces conditions, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, ajourner la demande de naturalisation de M. A pour le motif mentionné ci-dessus sans commettre d'erreur de fait, d'erreur manifeste d'appréciation.
8. La circonstance que la demande de naturalisation de M. A ne méconnaît pas les conditions de recevabilité d'une telle demande énoncées par le code civil est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, qui a été prise en opportunité par le ministre de l'intérieur, sur le fondement des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 susvisé.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. A doivent être rejetées, en toutes leurs conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
La rapporteure,
C. MILIN
La présidente,
V. GOURMELONLa greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°s 2104424, 2106069
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026