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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104428

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104428

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104428
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantARNAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 avril 2021 et le 2 avril 2024,

M. C A, représenté par Me Arnal, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 avril 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir ses conditions matérielles d'accueil à compter du mois d'avril 2021 ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- elle est entachée d'un second vice de procédure au regard de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il a été préalablement informé dans une langue qu'il comprend des modalités de refus, de suspension et de retrait des conditions matérielles d'accueil ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle méconnaît les principes de proportionnalité et de dignité humaine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

3 mai 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 26 juin 1995, a sollicité l'asile auprès du préfet de la Loire-Atlantique. Sa demande d'asile a été enregistrée en procédure " Dublin " le

3 juillet 2020 et il a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil. Il a fait l'objet d'un arrêté portant remise aux autorités italiennes le 28 juillet 2020. Par une décision du 7 avril 2021, dont M. A demande l'annulation, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles L. 744-1 et L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Elle indique également que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité. La décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de la décision que l'OFII a procédé à un examen particulier de la situation de M. A, y compris de sa vulnérabilité.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 2 mars 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé M. A qu'il avait l'intention de suspendre ses conditions matérielles d'accueil et lui a laissé un délai de quinze jours pour présenter des observations. M. A a adressé un courrier à l'OFII le 19 mars 2021. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil n'a pas été prise au terme d'une procédure contradictoire doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du formulaire d'offre de prise en charge de l'OFII du 3 juillet 2020, que M. A a attesté, par sa signature, avoir été informé, dans une langue qu'il comprend, des modalités de refus, de suspension et de retrait des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information doit être écarté.

7. En cinquième lieu, l'OFII a décidé de suspendre les conditions matérielles d'accueil de M. A au motif qu'il avait méconnu les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été convoqué le 4 février 2021 en vue de son transfert aux autorités italiennes et qu'il ne s'y est pas présenté. Il ressort des pièces du dossier que le requérant avait été informé, le 29 juillet 2021, de ce que l'Etat responsable de sa demande d'asile exigeait la réalisation d'un teste COVID PCR soixante-douze heures avant le transfert. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il ne s'est pas présenté aux autorités en raison de l'impossibilité pour lui de réaliser un test PCR. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de la méconnaissance de l'article L.744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que la vulnérabilité de M. A a été évaluée lors d'un entretien au cours duquel l'intéressé n'a pas fait état de problèmes particuliers. Dès lors, par les pièces qu'il produit et les arguments qu'il invoque, M. A n'établit pas que la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil porterait atteinte à sa dignité et l'exposerait à un risque de traitement inhumain et dégradant au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Arnal et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

La rapporteuse,

M. B

SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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