mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2104462 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL LEXCAP RENNES |
Vu les procédures suivantes :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 avril 2021, le 14 décembre 2022, le 19 décembre 2022, le 13 janvier 2023 et le 4 octobre 2024, la société Besnier Aménagement, représentée par Me Marchand, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Clément-de-la-Place a refusé de lui délivrer un permis d'aménager, ensemble le rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Clément-de-la-Place de lui délivrer le permis d'aménager sollicité dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Clément-de-la Place la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est insuffisamment motivé en méconnaissance de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de communication au maître d'ouvrage de l'avis de la mission régionale de l'Autorité environnementale en méconnaissance de l'article R. 122-7 du code de l'environnement ;
- le motif de refus tiré de l'insuffisance de l'étude d'impact est entaché d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ;
- le motif de refus tiré de ce que les travaux d'aménagement de voirie ne seraient ni réalisables ni financés, est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit au regard de l'arrêté de permission de voirie que lui a délivré le département de Maine-et-Loire le 9 septembre 2020 ;
- le motif de refus tiré de l'atteinte à une zone humide est entaché d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit dès lors que le permis d'aménager aurait dû être délivré en étant assorti de prescriptions spéciales ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 décembre 2022, le 27 septembre 2024, le 1er octobre 2024 et le 31 octobre 2024, la commune de Saint-Clément-de-la-Place, représentée par Me Rouhaud, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la décision attaquée peut être fondée sur un autre motif tiré de la méconnaissance par l'opération projetée des dispositions de l'article 1AU 11 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal applicable à la zone 1 AU relatives à la sécurité des accès ;
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,
- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,
- les observations de Me Léon, substituant Me Marchand, avocat de la société Besnier Aménagement,
- les observations de Me Bardoul, substituant Me Rouhaud, avocat de la commune de Saint-Clément-de-la-Place.
Considérant ce qui suit :
1. Le 6 novembre 2020, la société Besnier Aménagement a déposé une demande de permis d'aménager en vue de la création d'un lotissement, appelé " Clos de la Chiffollière ", de 81 lots à bâtir, pour un total de 120 logements, d'une surface de plancher totale de 17 550 m2, sur des terrains d'une superficie de 83 798 m², cadastrés section C n°286 à 288, situés sur le territoire de la commune de Saint-Clément-de-la-Place, et classés en zone 1AU du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) en vigueur, approuvé le 13 février 2017. Par un arrêté préfectoral du 19 août 2019, le projet a été soumis à étude d'impact. La mission régionale de l'Autorité environnementale a formulé un avis délibéré le 8 février 2021. Une consultation numérique du public s'est tenue du 11 janvier au 11 février 2021, au cours de laquelle 49 observations ont été enregistrées. Par un arrêté du 2 avril 2021, le maire de Saint-Clément-de-la-Place a refusé la délivrance du permis d'aménager sollicité. La société Besnier Aménagement demande au tribunal l'annulation de cet arrêté et du rejet de son recours gracieux contre celui-ci.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne la régularité de l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Si l'arrêté attaqué ne mentionne pas le prénom et nom du maire de Saint-Clément-de-la-Place, il comporte sa qualité et signature. Il n'en résultait, en l'espèce, pour la société Besnier Aménagement, aucune ambiguïté quant à l'identité du signataire de l'arrêté attaqué.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition () ".
4. L'arrêté attaqué vise les dispositions des articles L. 421-1 et suivants du code de l'urbanisme, et cite les dispositions de l'article L. 122-1-1 du code de l'environnement auquel renvoie l'article L. 414-4 du code de l'urbanisme. Pour refuser de délivrer à la société Besnier Aménagement le permis d'aménager sollicité, l'arrêté attaqué se fonde sur un premier motif tiré de ce que le projet, dont le terrain d'assiette comprend deux zones humides identifiées au plan de zonage du plan local d'urbanisme intercommunal dont l'existence n'est pas remise en cause par l'étude de la société pétitionnaire du 23 mai 2018, méconnaît les dispositions générales de ce plan selon lesquelles " les zones humides avérées identifiées au plan de zonage doivent être préservées ". L'arrêté attaqué se fonde également sur un deuxième motif tiré de ce que l'étude faunistique et floristique réalisée par la société pétitionnaire est insuffisante pour apprécier les impacts de l'opération projetée sur la faune et la flore. Enfin, il se fonde sur un troisième motif, tiré de ce qu'au regard de l'avis du département de Maine-et-Loire, ni le financement des aménagements publics rendus nécessaires par l'opération projetée, qui ne peut être assuré par la commune, ni leur date de réalisation, ne sont déterminés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme doit être écarté.
En ce qui concerne la transmission de l'avis de la mission régionale de l'Autorité environnementale :
5. Aux termes du V de l'article L. 122-1 du code de l'environnement : " Lorsqu'un projet est soumis à évaluation environnementale, le dossier présentant le projet comprenant l'étude d'impact et la demande d'autorisation déposée est transmis pour avis à l'autorité environnementale ainsi qu'aux collectivités territoriales et à leurs groupements intéressés par le projet. / Les avis des collectivités territoriales et de leurs groupements, dès leur adoption, ou l'information relative à l'absence d'observations émises dans le délai fixé par décret en Conseil d'Etat sont mis à la disposition du public sur le site internet de l'autorité compétente lorsque cette dernière dispose d'un tel site ou, à défaut, sur le site de la préfecture du département. / L'avis de l'autorité environnementale fait l'objet d'une réponse écrite de la part du maître d'ouvrage ". Aux termes de l'article R. 122-7 du même code : " I. L'autorité compétente transmet, dès sa réception, les avis des autorités mentionnées au V de l'article L. 122-1 au maître d'ouvrage. Les avis ou l'information relative à l'absence d'observations émises dans le délai sont joints au dossier d'enquête publique, de la procédure de participation du public par voie électronique prévue à l'article L. 123-19 ou de la consultation du public prévue à l'article L. 181-10-1. / () / L'autorité compétente transmet, dès sa réception, les avis des autorités mentionnées au V de l'article L. 122-1 au maître d'ouvrage. Les avis ou l'information relative à l'absence d'observations émises dans le délai sont joints au dossier d'enquête publique, de la procédure de participation du public par voie électronique prévue à l'article L. 123-19 ou de la consultation du public prévue à l'article L. 181-10-1 ".
6. La mission régionale de l'Autorité environnementale (MRAe) a rendu le 8 février 2021 un avis délibéré sur la demande de permis d'aménagement en cause. Il est constant que cet avis n'a fait l'objet, avant l'intervention de l'arrêté attaqué, d'aucune réponse écrite de la part de la société pétitionnaire, qui aurait pu être jointe au dossier de participation du public par voie électronique. Si la société requérante fait grief à la commune de Saint-Clément-de-la-Place de ne pas lui avoir transmis cet avis délibéré, le mémoire en réponse de cette société en date du 14 avril 2021 fait pourtant expressément référence en page 5 à " un avis délibéré porté à connaissance du porteur du Clos de la Chiffolière le 8 février 2021 ". Ainsi, la société requérante, reconnaissant par ce mémoire avoir eu connaissance dès le 8 février 2021 de cet avis, qui, par ailleurs, était librement accessible dès le lendemain sur le site internet de la MRAe, ne peut valablement faire valoir qu'elle aurait été privée, dans les circonstances de l'espèce, d'une garantie. Dans ces conditions, alors que l'absence de réponse écrite à cet avis lui est imputable, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 122-7 du code de l'environnement doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'arrêté attaqué :
7. Une décision rejetant une demande d'autorisation d'urbanisme pour plusieurs motifs ne peut être annulée par le juge de l'excès de pouvoir à raison de son illégalité interne, réserve faite du détournement de pouvoir, que si chacun des motifs qui pourraient suffire à la justifier sont entachés d'illégalité. En outre, en application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le tribunal administratif saisi doit, lorsqu'il annule une telle décision de refus, se prononcer sur l'ensemble des moyens de la demande qu'il estime susceptibles de fonder cette annulation, qu'ils portent d'ailleurs sur la légalité externe ou sur la légalité interne de la décision.
S'agissant du motif tiré de l'insuffisante détermination des impacts de l'opération projetée sur la faune et la flore :
8. Aux termes de l'article L. 122-1 du code de l'environnement : " () II. Les projets qui, par leur nature, leur dimension ou leur localisation, sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine font l'objet d'une évaluation environnementale en fonction de critères et de seuils définis par voie réglementaire et, pour certains d'entre eux, après un examen au cas par cas. /() / IV. Lorsqu'un projet relève d'un examen au cas par cas, l'autorité en charge de l'examen au cas par cas est saisie par le maître d'ouvrage d'un dossier présentant le projet afin de déterminer si celui-ci doit être soumis à évaluation environnementale ". Aux termes de l'article R. 122-2 de ce code dans sa rédaction applicable au litige : " I. les projets relevant d'une ou plusieurs rubriques énumérées dans le tableau annexé au présent article font l'objet d'une évaluation environnementale, de façon systématique ou après un examen au cas par cas, en application du II de l'article L. 122-1, en fonction des critères et des seuils précisés dans ce tableau () ". Aux termes de l'article R. 122-3-1 du même code, dans sa version applicable au litige : " I.- Pour les projets relevant d'un examen au cas par cas en application de l'article R. 122-2, le maître d'ouvrage décrit les caractéristiques de l'ensemble du projet, y compris les éventuels travaux de démolition, les incidences notables que son projet est susceptible d'avoir sur l'environnement et la santé humaine ainsi que, le cas échéant, les mesures et les caractéristiques du projet destinées à éviter ou réduire ses probables effets négatifs notables. Il mentionne, le cas échéant, les termes des plans ou programmes pertinents relatifs aux mesures et caractéristiques des projets susceptibles d'être retenues ou mises en œuvre pour éviter ou réduire les effets négatifs de projets sur l'environnement ou la santé humaine. () ". La rubrique 39 du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement soumet à examen au cas par cas les opérations d'aménagement dont le terrain d'assiette est compris entre 5 et 10 hectares, ou dont la surface de plancher ou l'emprise au sol est supérieure ou égale à 10 000 mètres carrés.
9. En l'espèce, le projet de la société Besnier Aménagement, relevant l'examen au cas par cas au titre de la rubrique 39 de la nomenclature annexée à l'article R. 122-2 du code de l'environnement, a été soumis par arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 19 août à une évaluation environnementale.
10. A ce titre, aux termes du I de l'article L. 122-1-1 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable : " L'autorité compétente pour autoriser un projet soumis à évaluation environnementale prend en considération l'étude d'impact, l'avis des autorités mentionnées au V de l'article L. 122-1 ainsi que le résultat de la consultation du public et, le cas échéant, des consultations transfrontières. / La décision de l'autorité compétente est motivée au regard des incidences notables du projet sur l'environnement. Elle précise les prescriptions que devra respecter le maître d'ouvrage ainsi que les mesures et caractéristiques du projet destinées à éviter les incidences négatives notables, réduire celles qui ne peuvent être évitées et compenser celles qui ne peuvent être évitées ni réduites. Elle précise également les modalités du suivi des incidences du projet sur l'environnement ou la santé humaine. / La décision de refus d'autorisation expose les motifs du refus, tirés notamment des incidences notables potentielles du projet sur l'environnement. () ".
11. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 424-4 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision autorise un projet soumis à évaluation environnementale, elle comprend en annexe un document comportant les éléments mentionnés au I de l'article L. 122-1-1 du code de l'environnement "
12. Il résulte de l'article L. 424-4 du code de l'urbanisme, d'une part, et de l'article L. 122-1 du code de l'environnement, d'autre part, que, lorsque le projet autorisé par le permis de construire est soumis à une étude d'impact, l'autorisation d'urbanisme doit, à peine d'illégalité, prendre en compte si le projet prévoit les mesures appropriées et suffisantes pour assurer le respect du principe de prévention, destinées à éviter, réduire et, lorsque c'est possible, compenser les effets négatifs notables du projet de construction ou d'aménagement sur l'environnement ou la santé humaine et, d'autre part, les mesures de suivi, tant des effets du projet sur l'environnement que des mesures destinées à éviter, réduire et, lorsque c'est possible, compenser ces effets.
13. En vertu de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, le contenu de l'étude d'impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, installations, ouvrages, ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage projetés et à leurs incidences prévisibles sur la biodiversité, en accordant une attention particulière aux espèces et aux habitants protégés au titre de la directive 92/43/CEE du 21 mai 1992 et de la directive 2009/147/CE du 30 novembre 2009. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'impact ne sont susceptibles de vicier la procédure et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette étude que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision de l'autorité administrative.
14. Il ressort de l'arrêté attaqué que le maire de Saint-Clément-de-la-Place a estimé que l'inventaire faune-flore de l'état initial de l'environnement du projet, figurant dans l'étude d'impact, ne permet pas, du fait de son insuffisance, d'apprécier les incidences de l'opération projetée sur la flore et la faune.
15. D'une part, s'agissant de la sensibilité environnementale du terrain d'assiette du projet, d'une superficie de plus de huit hectares, qui s'insère dans un vaste espace naturel et agricole, si celui-ci présente un intérêt floristique limité, il se caractérise, quand bien même il ne fait l'objet d'aucune protection particulière, par la présence de haies et murets qui constituent de potentielles zones d'alimentation, de reproduction, de nichage ou de transit présentant un intérêt pour l'avifaune, les reptiles, l'entomofaune ou la chirofaune. D'autre part, l'opération de lotissement en cause, comprenant la construction de 120 logements, ce qui correspond, selon les projections du lotisseur, à un apport de population de 270 habitants et une augmentation de 770 déplacements par jour, présente une artificialisation très significative du secteur, les constructions projetées ayant une surface de plancher totale de 17 550 m2. Or, pour apprécier les incidences d'une telle opération d'ampleur, l'inventaire de la faune n'a été réalisé que sur trois journées, les 24 mars, 24 avril et 13 mai 2020, par des températures ne dépassant pas les quinze degrés, alors que deux espèces de reptiles (le lézard des murailles et le lézard à deux raies), protégées au titre de l'article L. 411-1 du code de l'environnement, ont pourtant été observées au niveau du muret dont l'opération en cause prévoit la destruction partielle. De plus, alors qu'il a été constaté la présence de cavités arboricoles à proximité, favorables au gîte des chiroptères, aucune observation nocturne n'a eu lieu. Enfin, l'inventaire de la flore s'est déroulé sur une seule journée en mai, dont la date est indéterminée et les sites d'observations inconnus. Par suite, le caractère succinct de l'inventaire faune-flore de l'état existant de l'environnement, mené sur une période peu significative et sans période d'observation nocturne, ne permet pas de garantir la représentativité des espèces présentes ou fréquentant le site, et par suite, compte tenu de l'ampleur de l'opération projetée, une complète identification de ses impacts potentiels, susceptible de conduire à leur sous-estimation, et faisant ainsi obstacle à ce que l'administration puisse exercer correctement son pouvoir d'appréciation et à ce que le public puisse exprimer ses observations en toute connaissance de cause. Dans ces conditions, le motif, tenant à l'insuffisante caractérisation des impacts du projet sur la biodiversité, pouvait, sans erreur de droit, au regard des dispositions du code de l'environnement et du code de l'urbanisme précitées, ni erreur de fait, ni erreur d'appréciation, fonder le refus de délivrance du permis d'aménager sollicité.
S'agissant de l'atteinte portée à des zones humides identifiées par les documents du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) :
16. Aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable à la date de la présente décision : " On entend par zone humide les terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire, ou dont la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l'année ; / () ". Il résulte des termes même de l'article L. 211-1 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable au présent litige, que, pour qualifier l'existence d'une zone humide, les critères pédologique et botanique doivent être retenus de façon alternative et non pas cumulative.
17. Les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la conformité aux règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.
18. Les dispositions générales du PLUi relatives aux " 4. Zones humides avérées " prévoient que : " Les zones humides avérées identifiées au plan de zonage doivent être préservées ; () Les constructions, installations, aménagements susceptibles de compromettre leur conservation, leur qualité, leur équilibre hydraulique et biologique ne peuvent être autorisés qu'en l'absence d'alternatives avérées et après avoir réduit au maximum leur atteinte. () / Les périmètres des zones humides inscrites au plan de zonage pourront être réinterrogées en phase opérationnelle ".
19. Contrairement à ce que soutient la société requérante, les dispositions précitées du règlement du PLUi sont opposables à l'opération projetée. Pour autant, contrairement à ce que soutient la commune en défense, nonobstant la rédaction de son dernier alinéa, cet article n'a ni pour objet ni pour portée d'imposer la préservation de zones humides dont l'existence ne se révélerait pas avérée, quand bien même elles auraient été préalablement identifiées par les documents graphiques du PLUi.
20. Il est constant que le terrain d'assiette du projet comprend deux zones humides identifiées sur les documents graphiques du PLUi, dont l'existence a été retenue à la suite d'investigations pédologiques et botaniques réalisées en 2015. Si la société pétitionnaire a produit une étude en date du 23 mai 2018 qui conclut à l'absence de zone humide sur le terrain d'assiette du projet, cette étude ne présente toutefois pas un caractère probant susceptible de remettre en cause les résultats des investigations menées pour l'établissement des documents du PLUi, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que cette étude, notamment son analyse botanique, aurait été menée conformément à la méthodologie définie aux annexes 1 et 2 de l'arrêté du 24 juin 2008 précisant les critères de définition et de délimitation des zones humides, pris pour l'application de l'article L. 211-1 du code de l'environnement précité. Par ailleurs, si la société requérante se prévaut d'une expertise réalisée le 13 janvier 2021, les conclusions pédologiques de ce rapport ne sont assorties d'aucun élément de preuve permettant d'en justifier et ce rapport ne comporte aucune analyse botanique. Enfin, la société requérante ne peut valablement se prévaloir des documents graphiques issus de la révision du PLUi et en particulier d'une carte de la communauté urbaine d'Angers-Loire-Atlantique de 2023, dès lors qu'il ressort de ce document que les zones U et AU ont été exclues du nouvel inventaire des zones humides réalisé à cette occasion. Dans ces conditions, les éléments produits par la société requérante sont insuffisamment probants pour remettre en cause l'existence, sur le terrain d'assiette du projet, des zones humides, telles qu'elles ont été identifiées par les documents graphiques du PLUi applicables au projet.
21. Par conséquent, l'opération projetée porte atteinte à des zones humides avérées et identifiées au plan de zonage du PLUi, dont les dispositions générales du règlement précitées prévoient la préservation et il ne ressort pas des pièces du dossier que cette atteinte serait réduite au maximum ou ne pourrait faire l'objet d'alternatives. Par suite, nonobstant le classement par le PLUi en zone 1AU du terrain d'assiette et son inclusion dans le périmètre d'une orientation d'aménagement et de programmation, en l'espèce, sans incidence, le maire de Saint-Clément-de-la-Place, en considérant que cette opération n'était pas conforme aux dispositions de l'article 4 des dispositions générales du PLUi, n'a entaché sa décision de refus de délivrance d'un permis d'aménager ni d'une erreur de droit, ni d'une erreur de fait, ni d'une erreur d'appréciation.
22. Il résulte de l'instruction que le maire de Saint-Clément-la-Place aurait pris la même décision de refus en se fondant sur les deux seuls motifs précédemment analysés. Par suite, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de l'illégalité du troisième motif qui fonde l'arrêté attaqué, relatif au financement et à la réalisation des aménagements de voirie rendus nécessaires par l'opération projetée. Eu égard à ces deux motifs de refus précédemment analysés, il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire de Saint-Clément-la-Place aurait pu délivrer le permis d'aménager sollicité en l'assortissant de prescriptions spéciales qui n'auraient pas été de nature à modifier substantiellement la nature de projet présenté par la société requérante. Par suite, celle-ci n'est pas fondée à soutenir qu'un tel permis assorti de prescriptions spéciales aurait dû lui être délivré.
23. En dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que l'arrêté attaqué serait entaché d'un détournement de pouvoir.
24. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la substitution de motifs sollicitée par la commune en défense, que la société Besnier Aménagement n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
25. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
26. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Clément-de-la-Place, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que sollicite la société Besnier Aménagement au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société requérante le versement à la commune de Saint-Clément-de-la-Place d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Besnier Aménagement est rejetée.
Article 2 : La société Besnier Aménagement versera à la commune de Saint-Clément-de-la-Place une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Besnier Aménagement et à la commune de Saint-Clément-de-la-Place.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
S. THOMAS
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
F. LAINÉ
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2104462
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026