mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2104479 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | FLOCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 avril 2021, M. F G, représenté par Me Floch, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 février 2021 par laquelle la ministre des armées a fixé la date de consolidation de son état de santé au 27 mai 2020 et son taux d'incapacité permanente partielle à 10 % à la suite de l'accident de service dont il a été victime le 10 juillet 2018 ;
2°) d'enjoindre à la ministre des armées de reprendre l'instruction de son dossier et de rentre une nouvelle décision concernant son invalidité, son taux d'incapacité et la date de consolidation de son état de santé ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite et 63 de la loi du 11 janvier 1984, dès lors qu'il ne lui a pas été fait de proposition de mise à la retraite pour invalidité et que l'administration n'a pas satisfait à son obligation de reclassement ; qu'elle a en outre manqué à son obligation d'information ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation quant au taux d'incapacité permanente partielle et à la date de consolidation retenue.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 décembre 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Martel,
- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. G, agent technique du ministère de la défense affecté au sein de l'antenne de l'unité du service d'infrastructure de la Défense (USID) à Angers en qualité de contrôleur de chantier, a été victime, le 10 juillet 2018, d'un accident reconnu imputable au service par une décision du 27 juin 2019. Le 4 novembre 2019, M. G a, à nouveau, été victime d'une chute alors qu'il était en service. Il a été placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 4 novembre au 20 décembre 2019 au titre d'une rechute de l'accident de service du 10 juillet 2018. Lors de la visite de reprise du 7 janvier 2020, M. G a été regardé comme définitivement inapte à des travaux sur échafaudages, échelles ou escabeaux, à des travaux pour tous les sites à accès difficile et au port de charges d'un poids supérieur à 5 kg. Le 16 janvier 2020, l'intéressé a été affecté à un poste sédentaire au sein de l'USID. Le 21 octobre 2020, il a été à nouveau placé en congé pour maladie pour une rechute de l'accident de service précité. Par une décision du 18 février 2021, faisant suite à une expertise médicale du 21 décembre 2020, la ministre des armées a fixé la date de consolidation de cet accident au 27 mai 2020 et le taux d'incapacité permanente partielle en résultant à 10 %. M. G demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur la légalité de la décision attaquée :
2. En premier lieu, en vertu de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux
délégations de signature des membres du Gouvernement, le chef des services des pensions et des risques professionnels, service à compétence nationale, bénéficie d'une délégation pour signer, au nom du ministre des armées, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. En vertu de l'article 3 du même décret, ce chef de service est habilité à déléguer lui-même cette signature. En l'espèce, par une décision du 4 janvier 2021, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 6 janvier suivant, M. B D, chef des services des pensions et des risques professionnels, renouvelé dans ces fonctions pour une durée de trois ans par arrêté du Premier ministre et de la ministre des armées du 23 mai 2019, régulièrement publié, a donné à Mme E C, attachée d'administration de l'Etat, adjointe au chef du bureau des invalidités civiles et militaires et des réversions, une délégation pour signer tous actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets, dans la limite des attributions du bureau. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " I. Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service ( ) ". Aux termes de l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Lorsqu'un fonctionnaire est reconnu, par suite d'altération de son état de santé, inapte à l'exercice de ses fonctions, le poste de travail auquel il est affecté est adapté à son état de santé. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ce fonctionnaire peut être reclassé dans un emploi d'un autre corps ou cadre d'emplois en priorité dans son administration d'origine ou, à défaut, dans toute administration ou établissement public mentionnés à l'article 2 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, s'il a été déclaré en mesure de remplir les fonctions correspondantes () ". Enfin, aux termes de l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladie contractées ou aggravées soit en service, () et qui n'a pu être reclassé dans un autre corps en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée peut être radié des cadres par anticipation soit sur sa demande, soit d'office à l'expiration d'un délai de douze mois à compter de sa mise en congé si cette dernière a été prononcée en application de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ainsi que du deuxième alinéa des 2° et 3° de l'article 34 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée () "
4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le fonctionnaire dont les blessures proviennent d'un accident de service, et qui se trouve dans l'incapacité permanente d'exercer ses fonctions au terme d'un délai de douze mois à compter de sa mise en congé de maladie, sans pouvoir bénéficier d'un congé de longue maladie ou d'un congé de longue durée, doit bénéficier de l'adaptation de son poste de travail ou, si celle-ci n'est pas possible, être mis en mesure de demander son reclassement dans un emploi d'un autre corps ou cadre d'emploi, s'il a été déclaré en mesure d'occuper les fonctions correspondantes. S'il ne demande pas son reclassement ou si celui-ci n'est pas possible, il peut être mis d'office à la retraite par anticipation. Il appartient à l'autorité compétente de se prononcer sur la situation de l'intéressé au vu des avis émis par le comité compétent, sans être liée par ceux-ci. En l'absence de modification de la situation de l'agent, l'administration a l'obligation de le maintenir en congé de maladie avec plein traitement jusqu'à la reprise de service ou jusqu'à sa mise à la retraite, qui ne peut prendre effet rétroactivement.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. G n'était pas en congé de maladie depuis plus de douze mois. Dès lors, en application des dispositions citées au point 3, l'administration n'avait ni l'obligation de lui proposer un reclassement ni celle de le placer d'office en retraite pour invalidité. En outre, si M. G soutient que l'administration a failli à son obligation de l'informer de la possibilité de solliciter une retraite pour invalidité, aucune disposition légale ou réglementaire ne met à la charge de l'administration une telle obligation. Dans ces conditions, M. G n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que la décision du 18 février 2021, qui ne se prononce pas sur la demande de retraite pour invalidité qu'il indique avoir formulée en octobre 2020, est entachée d'une erreur de droit.
6. En troisième lieu, s'il ressort des pièces du dossier que l'expertise réalisée par la Pr A mentionne par erreur que M. G a présenté une rechute de l'accident de service " le 4 novembre 2018 " lui ayant occasionné un traumatisme du genou droit, alors que cette nouvelle chute est intervenue le 4 novembre 2019, cette erreur de plume, purement matérielle, est sans incidence ni sur le bien-fondé des conclusions expertales ni sur la légalité de la décision attaquée.
7. En quatrième lieu, les divergences existant entre le rapport d'expertise du 29 décembre 2020 dans lequel l'expert a estimé que " pour l'heure, la mise à la retraite pour invalidité ne semble en revanche pas justifiée ", et le questionnaire médical pour l'allocation temporaire d'invalidité daté du 21 décembre 2020 dans lequel elle mentionne que l'état de santé de M. G justifie l'examen d'une telle demande, sont sans incidences sur la légalité de la décision en litige, dont le seul objet est de fixer la date de consolidation de l'état de santé de l'intéressé et un taux d'incapacité permanente partielle à la suite de l'accident du 10 juillet 2018.
8. En cinquième lieu, la circonstance que, le 21 octobre 2020, l'intéressé a connu une rechute pouvant être mise en lien avec l'accident de service du 10 juillet 2018, ne fait pas obstacle à ce que, préalablement à cette rechute, l'état de santé de M. G ait été consolidé. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en fixant une première date de consolidation au 27 mai 2020, suite à l'accident de service du 10 juillet 2018, la ministre des armées a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
9. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour fixer le taux d'incapacité permanente partielle à 10 % à la suite de l'accident du 10 juillet 2018, l'expert a retenu une raideur et une impotence fonctionnelle du genou gauche. Si M. G soutient que l'expert aurait dû prendre également en compte son impotence du genou droit, il ne produit aucun élément de nature à en justifier, alors, d'une part, qu'il ressort du rapport d'expertise que l'intéressé présentait un état antérieur préexistant, résultant d'une gonarthrose des deux genoux et, d'autre part, que la décision attaquée a pour seul objet de se prononcer sur le taux d'incapacité résultant du seul accident du 10 juillet 2018 au cours duquel seul son genou gauche a été blessé. Dans ces conditions, M. G n'est pas fondé à soutenir que la ministre a entaché sa décision du 18 février 2021 d'une erreur d'appréciation en fixant à 10 % le taux d'incapacité permanente partielle suite au seul accident du 10 juillet 2018.
10. Il résulte de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation de M. G, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F G et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cantié, président,
Mme Martel, première conseillère,
M. Delohen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
La rapporteure,
C. MARTEL
Le président,
C. CANTIÉLa greffière,
C. DUMONTEIL
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. DUMONTEIL
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026