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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104532

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104532

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104532
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête, enregistrée le 22 avril 2021 sous le n° 2104532, M. B A, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 novembre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu son droit aux conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au calcul des droits dont il a été privé dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à lui verser cette somme dans un délai de deux mois ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'un second vice de procédure au regard de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il a été préalablement informé dans une langue qu'il comprend que le non-respect des exigences des autorités de l'asile entraînait de plein-droit le retrait des conditions matérielles d'accueil ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne permet pas de suspendre les conditions matérielles d'accueil ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il s'est rendu aux convocations dans le cadre de sa première demande d'asile et a répondu aux demandes d'informations ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2021 sous le n° 2114391,

M. B A, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 avril 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au calcul des droits dont il a été privé dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à lui verser cette somme dans un délai de deux mois ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'un second vice de procédure au regard de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il a été préalablement informé dans une langue qu'il comprend que le non-respect des exigences des autorités de l'asile entraînait de plein-droit le retrait des conditions matérielles d'accueil ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il s'est rendu aux convocations dans le cadre de sa première demande d'asile et a répondu aux demandes d'informations ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions des 27 avril et 18 octobre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant érythréen né en 1986, a sollicité l'asile en France en 2020. Sa demande d'asile a été enregistrée en procédure accélérée le 30 octobre 2020 et il a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 19 novembre 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu ses conditions matérielles d'accueil. M. A a sollicité le rétablissement de ces conditions matérielles d'accueil, ce que l'OFII lui a refusé le 15 avril 2021. Par ses requêtes, M. A demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur la jonction :

2. Les affaires n° 2104532 et n° 2114391 concernent la situation d'une même personne et présentent à juger des questions communes. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que () le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. () ".

4. L'OFII a décidé de suspendre les conditions matérielles d'accueil de M. A au motif qu'il avait méconnu les exigences des autorités chargées de l'asile en dissimulant avoir obtenu la protection internationale en Grèce. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, entré en Grèce en 2014, y a obtenu la protection internationale le 30 janvier 2015. Toutefois, M. A soutient que si ses empreintes ont été relevées lors de son arrivée en Grèce le 17 mars 2014, il s'est rendu en Suisse où ses empreintes ont été relevées le 19 juin 2014 et n'a pas eu connaissance de l'obtention d'une protection internationale en Grèce. En se bornant à faire valoir qu'il ressort des informations communiquées aux autorités françaises que l'intéressé bénéficie depuis 2015 d'une protection délivrée par les autorités grecques, l'OFII n'établit pas que M. A a eu connaissance de l'obtention de cette protection internationale en Grèce, accordée alors qu'il avait quitté ce pays. Dès lors, l'OFII n'établit pas que M. A a dissimulé des informations utiles au sens de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. A est fondé à soutenir que l'unique motif sur lequel se fonde la décision attaquée est entaché d'erreur de fait.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 19 novembre 2020 doit être annulée.

6. Par voie de conséquence, la décision du 15 avril 2021 par laquelle l'OFII a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil de M. A doit également être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de M. A à compter de la date de leur suspension effective et jusqu'à la date à laquelle il a été définitivement statué sur sa demande d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que

Me Rodrigues Devesas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 19 novembre 2020 et du 15 avril 2021 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir M. A dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'OFII versera à Me Rodrigues Devesas la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Rodrigues Devesas et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

La rapporteuse,

M. C

SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2 et 2114391

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