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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104544

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104544

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104544
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantKUMMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête enregistrée le 13 février 2021 sous le n° 2101761, M. A B, représenté par Me Kummer, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours administratif formé le 20 août 2020 contre la décision du préfet de l'Isère du 9 juin 2020 ayant ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française, ensemble la décision préfectorale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française par naturalisation ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de naturalisation.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision préfectorale est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les décisions attaquées sont attachées d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ; il a conduit sans assurance le véhicule qu'il venait d'acquérir pour aller travailler car son ancienne voiture était tombée en panne ; cela ne signifie pas qu'il n'est pas de bonnes vie et mœurs au sens des dispositions de l'article 21-23 du code civil ; ces faits sont anciens et d'une gravité relative et doivent être pris en compte de manière proportionnée en conformité avec les dispositions de la circulaire du 21 juin 2013 ; il n'a jamais été condamné pour cambriolage ; il a uniquement récupéré, au sein d'une décharge, en 2007, soit 13 ans avant la décision attaquée et alors qu'il venait d'entrer sur le territoire français et ne disposait d'aucun revenu, un vieux vélo cassé qu'il a réparé pour son fils ; il vit en France depuis de nombreuses années, est intégré d'un point de vue professionnel et familial et est fiable et honnête.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale du 9 juin 2020 sont irrecevables dès lors que sa décision explicite du 27 janvier 2021 s'est substituée à cette décision ;

- les conclusions à fin d'annulation de sa décision implicite de rejet sont dépourvues d'objet dès lors que sa décision explicite du 27 janvier 2021 s'est substituée à cette décision ;

- les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 21-23 du code civil et de la circulaire du 21 juin 2013, abrogée, sont inopérants ;

- aucun des autres moyens invoqués n'est fondé.

La demande d'aide juridictionnelle de M. B a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 6 août 2021.

II - Par une requête enregistrée le 21 avril 2021 sous le n° 2104544, M. A B, représenté par Me Kummer, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 janvier 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours administratif formé le 20 août 2020 contre la décision du préfet de l'Isère du 9 juin 2020 ayant ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française, ensemble la décision préfectorale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française par naturalisation ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande de naturalisation.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les décisions attaquées sont attachées d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ; il a conduit sans assurance le véhicule qu'il venait d'acquérir pour aller travailler car son ancienne voiture était tombée en panne ; cela ne signifie pas qu'il n'est pas de bonnes vie et mœurs au sens des dispositions de l'article 21-23 du code civil ; ces faits sont anciens et d'une gravité relative et doivent être pris en compte de manière proportionnée en conformité avec les dispositions de la circulaire du 21 juin 2013 ; s'il a effectivement séjourné de manière irrégulière à son arrivée sur le territoire français, il a obtenu la délivrance de son premier titre de séjour en 2013, plus de huit ans avant la date de la décision ministérielle attaquée ; il vit en France depuis de nombreuses années, est intégré d'un point de vue professionnel et familial et est fiable et honnête.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale du 9 juin 2020 sont irrecevables dès lors que sa décision explicite du 27 janvier 2021 s'est substituée à cette décision ;

- les conclusions à fin d'annulation de sa décision implicite de rejet sont dépourvues d'objet dès lors que sa décision explicite du 27 janvier 2021 s'est substituée à cette décision ;

- les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 21-23 du code civil et de la circulaire du 21 juin 2013, abrogée, sont inopérants ;

- aucun des autres moyens invoqués n'est fondé.

Vu les pièces des dossiers.

Vu :

- le code civil ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Baufumé a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 9 juin 2020, le préfet de l'Isère a ajourné à deux ans la demande de naturalisation présentée par M. A B, ressortissant algérien. Saisi d'un recours administratif préalable obligatoire reçu le 20 août 2020, le ministre de l'intérieur a, par une décision du 27 janvier 2021, qui s'est substituée à la décision du préfet de l'Isère et à sa propre décision implicite de rejet, rejeté ce recours et confirmé l'ajournement à deux ans de la demande de naturalisation formulée par l'intéressé. Par la requête n° 2101761, M. B demande l'annulation de la décision implicite de rejet du ministre de l'intérieur ainsi que celle de la décision préfectorale du 9 juin 2020. Par la requête n° 2104544, il demande l'annulation de cette même décision préfectorale et celle de la décision ministérielle du 27 janvier 2021. Ces requêtes concernent la situation d'un même ressortissant étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du préfet de l'Isère du 9 juin 2020 (requêtes n° 2101761 et 2104544) :

2. Aux termes de l'article 45 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. / Le silence gardé par le ministre chargé des naturalisations sur ce recours pendant plus de quatre mois vaut décision de rejet du recours ".

3. Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont soumises. Par suite, la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours administratif formé le 20 août 2020 s'est substituée à la décision explicite du préfet de l'Isère du 9 juin 2020. Dès lors, les conclusions de l'intéressé tendant à l'annulation de cette dernière décision ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision implicite de rejet du ministre de l'intérieur (requête n° 2101761) :

4. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B dirigées contre la décision implicite née du silence gardé par le ministre doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 27 janvier 2021, par laquelle le ministre a explicitement ajourné à deux ans sa demande de naturalisation.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 27 janvier 2021 du ministre de l'intérieur :

6. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret susvisé du 30 décembre 1993 : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur son comportement.

7. Il ressort des termes de la décision explicite du 27 janvier 2021 que, pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation de M. B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que ce dernier avait, d'une part, fait l'objet d'une procédure, le 26 mars 2015, pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le même jour, qui a donné lieu à une composition pénale réussie le 8 mars 2019 et, d'autre part, avait séjourné irrégulièrement sur le territoire français de 2009 à 2013 et avait, ainsi, méconnu la législation relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France.

8. En premier lieu, la circonstance que M. B a séjourné irrégulièrement en France de 2009 à 2013 soit entre 12 et 8 ans avant la décision attaquée, ne saurait, eu égard à son caractère ancien, suffire à justifier une décision portant ajournement de naturalisation. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que l'intéressé a fait l'objet, en qualité d'auteur, d'une procédure pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le 26 mars 2015, qui a donné lieu à une composition pénale réussie le 8 mars 2019. La circonstance que cette procédure a fait l'objet d'une telle composition pénale ne fait pas obstacle à l'appréciation faite par le ministre de l'intérieur lorsqu'il doit examiner une demande de naturalisation. Par suite, eu égard à la gravité des faits qui sont reprochés au requérant, qui n'étaient pas anciens à la date de la décision attaquée, le ministre, qui dispose d'un large pouvoir pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française, a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni d'erreur de fait, ajourner à deux ans la demande de naturalisation présentée par M. B sur le motif cité au point 7 du présent jugement et pour les seuls faits tirés de la conduite d'un véhicule à moteur sans assurance.

9. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de l'article 21-23 du code civil, lequel est relatif à la recevabilité des demandes de naturalisation, alors que sa demande n'a pas été rejetée pour irrecevabilité, ni de la circulaire du 21 juin 2013 relative aux procédures d'accès à la nationalité française, qui, en tout état de cause, est dépourvue de caractère réglementaire et dont les énonciations ne constituent pas des lignes directrices dont l'intéressé pourrait se prévaloir devant le juge.

10. En dernier lieu, les circonstances selon lesquelles M. B serait inséré, notamment professionnellement et familialement, dans la société française et y résiderait depuis de nombreuses années sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, compte tenu du motif qui la fonde.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B aux termes de ses deux requêtes doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2101761 et n° 2104544 de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice

à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

La greffière,

N°2101761, 2104544

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