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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104556

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104556

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104556
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCELLUPICA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 avril 2021 et le 20 avril 2022, Mme C A, représentée par Me Cellupica, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre la décision du sous-préfet de Torcy du 15 octobre 2020 ajournant à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la nationalité française ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision préfectorale a été signée par une autorité compétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa situation aurait dû faire l'objet d'une appréciation globale, en vertu de la circulaire du 27 juillet 2010, et qu'elle est retraitée depuis le mois de juillet 2021.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 mars et 27 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il y a lieu de substituer au motif initial de la décision attaquée le motif tiré de ce que Mme A ne dispose pas de ressources personnelles lui assurant une autonomie matérielle ;

- les autres moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Frelaut a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante congolaise née le 14 février 1956, a déposé une demande de naturalisation auprès du sous-préfet de Torcy qui a ajourné à deux ans sa demande par une décision du 15 février 2020. Si Mme A demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre cette décision, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse intervenue le 1er avril 2021, qui s'y est substituée.

2. En premier lieu, d'une part, l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française instituant un recours administratif obligatoire préalablement à la saisine du juge, la décision du ministre de l'intérieur du 1er avril 2021 s'est substituée à la décision du sous-préfet de Torcy du 15 février 2020. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision préfectorale aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté comme inopérant. D'autre part, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'intégration et de la citoyenneté dispose d'une délégation pour signer au nom du ministre chargé des naturalisations l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre 2016, Mme D a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par une décision du 12 septembre 2019, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 14 septembre 2019, Mme D a accordé à M. B, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux et signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions des articles 45 et 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, et indique que l'examen du parcours professionnel de Mme A, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permettait pas de considérer qu'elle avait pleinement réalisé son insertion professionnelle puisqu'elle ne disposait pas de ressources suffisantes et stables. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4.En dernier lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 24-1 du même code : " La réintégration par décret peut être obtenue à tout âge et sans condition de stage. Elle est soumise, pour le surplus, aux conditions et aux règles de la naturalisation. ". Aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte l'insertion professionnelle du postulant ainsi que le niveau et la stabilité de ses ressources.

5. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a fait valoir ses droits à la retraite le 1er juillet 2021, soit postérieurement à la date de la décision attaquée. Dans ces circonstances, le seul fait que la requérante aurait été âgée de 64 ans à cette même date ne saurait suffire à entacher d'illégalité le motif tiré du caractère incomplet de son insertion professionnelle. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le revenu fiscal de référence qu'elle a perçu avec son époux au titre de l'année 2019 s'élevait à la somme de 6 653 euros, et que le foyer était bénéficiaire, au mois de juillet 2020, de l'allocation logement et du revenu de solidarité active, pour un montant total de 724,53 euros. Ainsi, au regard de la précarité de ces ressources, et en dépit du fait que Mme A justifiait d'un compte épargne créditeur de 15 000 euros et son époux de 177 000 euros au 28 mai 2020, et qu'ils seraient propriétaires d'un bien d'une valeur de 350 000 euros, le ministre n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ajournant à deux ans la demande de naturalisation de la requérante.

6. Enfin, si Mme A entend se prévaloir de l'interprétation issue de la circulaire du 27 juillet 2010, les énonciations qu'elle contient ne comporte aucune interprétation de la loi différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions, sans qu'il soit besoin de faire droit à la demande de substitution de motifs du ministre de l'intérieur.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

La rapporteure,

L. FRELAUT

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAULa greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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