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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104689

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104689

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104689
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantVERNON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 avril 2021, Mme A E née D, représentée par Me Vernon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 février 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 19 août 2020 par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

Par une décision du 2 mars 2021, Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Un mémoire a été enregistré le 8 février 2024 pour la requérante et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Milin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante syrienne née en 1960, demande au tribunal d'annuler la décision du 15 février 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 19 août 2020 par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de naturalisation. Il ressort des pièces du dossier que par la décision du 15 février 2021, le ministre de l'intérieur a rejeté le recours hiérarchique formé par Mme E mais a substitué à la décision préfectorale de rejet une décision d'ajournement à deux ans.

2. En premier lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'intégration et de la citoyenneté dispose de la délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre 2016, Mme C a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, et modifiée par la décision du 12 septembre 2019, publiée au Journal officiel du 14 septembre 2019, Mme C a accordé à M. B, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux à la sous-direction de l'accès à la nationalité française, une délégation de signature à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite des attributions qui lui sont confiées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision comporte, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, le ministre de l'intérieur n'étant pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments de fait caractérisant la situation de la postulante.

4. En troisième lieu, pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation présentée par Mme E, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur la circonstance que l'intégration professionnelle de la postulante était insuffisante compte tenu du caractère récent de son emploi.

5. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". D'autre part, aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation, ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, l'intégration de l'intéressé dans la société française, son insertion sociale et professionnelle et le fait qu'il dispose de ressources lui permettant de subvenir durablement à ses besoins en France.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date à la laquelle la décision attaquée a été prise,

Mme E avait conclu depuis six mois un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet en qualité de boulangère. Si ce recrutement témoigne des efforts d'intégration professionnelle de Mme E, il présentait toutefois à la date à laquelle la décision a été prise un caractère récent et faisait suite à une longue période d'inactivité durant laquelle Mme E n'avait perçu, outre une pension de réversion d'un faible montant, que le revenu de solidarité active, de sorte qu'il ne permet pas de justifier d'une intégration professionnelle stable et durable, Mme E expliquant d'ailleurs qu'elle n'avait jusqu'alors jamais travaillé en France dans la mesure où elle pouvait compter sur les revenus de son époux, décédé en 2015. Par ailleurs, la circonstance que Mme E dispose d'une épargne n'est pas de nature à démontrer son intégration professionnelle, ni son indépendance financière, compte tenu du montant de cette épargne et alors que la requérante a perçu le revenu de solidarité active durant plusieurs années . Par ailleurs, les legs du défunt époux de la requérante à des associations caritatives sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, relative à la demande de naturalisation de Mme E présentée en son nom propre. Dans ces conditions, le ministre, a pu, sans commettre d'erreur de fait ou d'erreur manifeste d'appréciation, faire usage de son large pouvoir d'appréciation de l'opportunité d'accorder ou non la nationalité à l'étranger qui la sollicite pour ajourner à deux ans la demande présentée par Mme E, afin de lui permettre de parfaire durant cette période son intégration professionnelle.

7. En dernier lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans l'examen des demandes d'accès à la nationalité française par la circulaire du 16 octobre 2012 relative aux procédures d'accès à la nationalité française, qui est dépourvue de valeur réglementaire et ne constitue pas des lignes directrices. Elle ne peut davantage faire utilement valoir sa maîtrise de la langue française et l'achat d'une concession funéraire en France, circonstances qui sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, compte tenu du motif qui fonde celle-ci.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E née D, à

Me Vernon et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELONLa greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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