mercredi 10 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2104692 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SADEK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 avril 2021, et un mémoire enregistré le 4 octobre 2021, M. A C, représenté par Me Saliha Sadek, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de deux cents euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. C soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'un vice d'incompétence ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est entachée de vices de procédure :
° dès lors que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne lui a pas été communiqué ;
° un médecin rapporteur n'a pas été saisi préalablement à l'édiction de l'avis ;
° la régularité de la composition du collège de médecins n'est pas établie ;
° l'avis est incomplet et n'a pas été émis au terme d'une délibération collégiale ;
- est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;
- n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;
- méconnait le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnait le 7 quater de l'accord franco-tunisien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.
Par une ordonnance du 28 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
13 décembre 2023.
Par un courrier du 16 février 2024, les parties ont été informées, en application des
dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'inapplicabilité de l'article
L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à la situation d'espèce.
Par un mémoire enregistré le 21 février 2024, M. C a répondu qu'à défaut
d'application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il doit être regardé comme soutenant que le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant le titre de séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa
proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique du 20 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant tunisien né en 1977 est entré en France, selon ses déclarations, au mois d'octobre 2011. Il a fait l'objet le 24 septembre 2015 d'un refus de titre de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français. Par un arrêté du 31 aout 2017, la préfète de la Loire Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour au titre des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours. Par jugement n° 1802078 du 30 mai 2018, le tribunal a annulé les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de
destination et enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer la situation de l'intéressé. Le 17 juillet 2018, M. C a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le
fondement des articles 7 quater de l'accord franco-tunisien, L. 313-11, 11° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 mars 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a, une nouvelle fois, refusé de délivrer un titre de séjour à M. C, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. Par un jugement
n° 1912837 du 6 novembre 2020, le tribunal administratif de Nantes a annulé cet arrêté et enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer la situation de M. C. Par un arrêté du
22 mars 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a, à nouveau, refusé de délivrer un titre de séjour à M. C et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par sa requête M. C demande l'annulation de cette décision.
2. Par un arrêté du 30 septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a assigné à
résidence M. C pour une durée de quarante-cinq jours. L'intéressé a également contesté cette décision et, par un jugement n° 2111006 du 20 octobre 2021, la magistrate désignée par le président du tribunal a renvoyé les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre devant la formation collégiale et a rejeté le surplus des conclusions. Ce jugement a été annulé par l'arrêt n° 22NT01173 du 17 mars 2023 de la cour administrative d'appel mais le recours de M. C a été également rejeté. Dans le dernier état de ses écritures, M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision de refus de titre de séjour du
22 mars 2021.
Sur la légalité externe :
3. En premier lieu, l'arrêté du 22 mars 2021 a été signé par Mme B, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du
17 mars 2021, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la
préfecture, le préfet de ce département l'a habilitée à signer " tous arrêtés et décisions relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception des arrêtés réglementaires et des circulaires au maire ". Si M. C soutient que le préfet de la Loire-Atlantique ne justifie pas avoir été empêché, il ne ressort pas des termes de cet arrêté que la délégation donnée à Madame B soit conditionnée à l'empêchement du préfet ou du secrétaire général. Par suite, le moyen tiré de la compétence de l'autrice de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'indication des considérations utiles de droit et de fait qui constituent le fondement du refus de séjour opposé à M. C. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée.
5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 7 quater de l'accord
franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ".
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à
l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les
médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les
informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une
décision spécialement motivée. () ". L'article R. 313-22 de ce code dispose : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Enfin, l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énonce : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. / () " et, selon l'article 6 de cet arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut
délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
7. Les dispositions citées au point précédent, issues de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France et de ses textes d'application, ont modifié l'état du droit antérieur pour instituer une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du
27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.
8. Il ressort des pièces versées au dossier par le préfet de la Loire-Atlantique que l'avis relatif à la situation de M. C du 4 février 2021, au vu duquel le préfet a pris sa décision a été signé par les docteurs Aranda-Grau, Ortega et Cizeron qui composent le collège, tandis que le rapport préalable à cet avis a été établi le 7 janvier 2021 par la doctoresse Dekerros, médecine qui n'a pas siégé au sein de ce collège. La circonstance que l'avis n'ait pas été communiquée à
l'intéressé est sans incidence sur la régularité de la procédure dès lors qu'une telle formalité n'est pas prévue par l'arrêté du 27 décembre 2016. Enfin, si le requérant soutient que l'avis serait
incomplet dès lors qu'il ne précise pas quel serait le traitement approprié à sa situation, cette
circonstance est sans incidence sur la régularité de l'avis médical, une telle formalité n'étant pas prévue par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 précité. Dans ces conditions, l'avis du
collège de médecins de l'OFII doit être regardé comme ayant été pris au terme d'une procédure régulière. Ainsi, le moyen tiré l'irrégularité de la procédure doit être écarté.
Sur la légalité interne :
9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, eu égard notamment aux motifs de la décision contestée, que le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été opéré doit être écarté.
10. En deuxième lieu, si le préfet de la Loire-Atlantique s'est approprié la teneur de l'avis du collège des médecins de l'OFII, il ressort des termes mêmes des décisions attaquées que le préfet a porté une appréciation propre aux cas d'espèce pour estimer que l'intéressé, eu égard à l'ensemble des circonstances relatives à sa situation personnelle, ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet se serait estimé lié par l'avis du collège de médecins pour refuser le titre de séjour sollicité.
11. En troisième lieu, M. C soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il établit ne pas être entré en France pour la dernière fois en situation irrégulière mais sous couvert d'un titre de séjour italien. Cette erreur, pour regrettable qu'elle soit, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
12. En quatrième lieu, en vertu des dispositions citées au point 6, le collège des
médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'avis est requis
préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue au 11° de l'article L. 313-11, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du
27 décembre 2016 cité au point précédent, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. S'il est saisi, à l'appui de
conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge
administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de
l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le
concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
13. Pour refuser la délivrance du titre de séjour à M. C, le préfet de la Loire-Atlantique s'est notamment fondé sur l'avis émis le 4 février 2021 par le collège des médecins de l'OFII qui a estimé que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité.
14. Il ressort des pièces du dossier que M. C souffre de différentes pathologies constituées d'un syndrome dépressif, d'une perte de mobilité due à une fracture non consolidée à la cheville gauche et de douleurs à la cheville droite en raison d'une chute en 2020 qui nécessitent un suivi orthopédique. Il ressort par ailleurs des documents médicaux qu'il produit que, à la suite d'une grave double agression subie le 14 juillet 2017 dans le squat où il vivait, il lui manque désormais trois incisives, et présente un préjudice esthétique et fonctionnel important. S'il est
certain qu'il nécessite un suivi médical pluridisciplinaire, il ne ressort pas des pièces qu'il produit qu'une absence de soins entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de
sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au
respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
16. Il est constant que M. C, célibataire sans personne à charge, vivait en France, à la date de la décision attaquée, depuis plus de neuf années. S'il ressort d'une pièce du dossier qu'à la date de la décision attaquée il était hébergé à titre gratuit par une connaissance, il ne démontre pas avoir noué sur le territoire national des liens anciens, intenses et stables. S'il allègue avoir de la famille en France, cette circonstance n'est établie par aucune pièce dossier. À cet égard, et compte tenu notamment des conditions de son séjour, la circonstance qu'un de ses oncles vivrait en France ne suffit pas à établir que l'intéressé aurait transféré le centre de ses
intérêts personnels et familiaux en France. Il ne se prévaut par ailleurs d'aucune insertion sociale et professionnelle significative au sein de la société française. Ainsi, la décision refusant
d'admettre au séjour M. C ne porte pas au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit et ne méconnait dès lors pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés
fondamentales.
17. En sixième et dernier lieu, portant sur la délivrance des catégories de cartes de
séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 313-14 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut
utilement invoquer les dispositions de l'article L. 313-14 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point,
d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé,
l'opportunité d'une mesure de régularisation.
18. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 16, les circonstances que fait valoir le requérant ne constituent pas des motifs exceptionnels ou des circonstances humanitaires permettant d'établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'admettre, à titre exceptionnel, M. C au séjour en vertu de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la
Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 20 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Jégard, premier conseiller,
Mme El Mouats St Dizier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.
Le rapporteur,
X. JÉGARDLa présidente,
S. RIMEU
La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026