mardi 16 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2104712 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LEUDET |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête enregistrée le 27 avril 2021, sous le numéro 2104712, Mme H D C, agissant en qualité de représentante légale de son fils mineur F A, représentée par Me Leudet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de délivrer à son fils F A un passeport français et une carte d'identité française ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de délivrer à son fils F A un passeport français et une carte nationale d'identité française, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit.
La requête a été communiquée au préfet de la Sarthe.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une décision du 4 mai 2021, Mme D C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
II - Par une requête enregistrée le 2 décembre 2021, sous le numéro 2113554, Mme H D C, agissant en qualité de représentante légale de son fils mineur F A, représentée par Me Leudet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2021 par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de délivrer à son fils F A un passeport français et une carte d'identité française ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de délivrer à son F A un passeport français et une carte nationale d'identité française, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou à défaut de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la compétence du signataire de la décision attaquée doit être justifiée ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit.
Un mémoire a été enregistré le 22 septembre 2022 pour la requérante.
Par un mémoire enregistré le 23 juin 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Un émoire a été enregistré le 28 avril 2023 pour le préfet de la Sarthe.
Par une décision du 31 décembre 2021, Mme D C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;
- les observations de M. Sarda, rapporteur public,
- les observations de Me Leudet, avocate de la requérante, en présence de celle-ci.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, ressortissante camerounaise née en 1981, a déposé le 13 mars 2017 auprès de la commune de Saint-Ouen-L'Aumône (Val-d'Oise) une demande de délivrance d'une carte nationale d'identité pour son fils F E A, né le 5 janvier 2017 à Pontoise (Val-d'Oise). Par une décision du 9 mai 2017, le préfet des Yvelines, territorialement compétent pour instruire les demandes de cartes nationales d'identité déposées dans le département du Val-d'Oise, a sursis à statuer sur cette demande en raison d'une suspicion de reconnaissance frauduleuse de paternité de M. G A, père déclaré de l'enfant F Mirko A qu'il a avec la mère reconnu le 28 novembre 2016, et a saisi le procureur de la République en application de l'article 40 du code de procédure pénale. Un certificat de nationalité française a été délivré à cet enfant le 23 mars 2018. Le 7 juin 2018, Mme D C a déposé auprès de la mairie de Nantes, lieu de son nouveau domicile, une demande de passeport et une nouvelle demande de carte nationale d'identité pour son fils F E A, qui a été implicitement rejetée. Mme D C a présenté le 20 mars 2019 une nouvelle demande de délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport qui a également fait l'objet d'un rejet implicite. Mme D C a saisi, le 16 mars 2020, le préfet de la Sarthe, territorialement compétent pour instruire les demandes de cartes nationales d'identité déposées dans le département de la Loire-Atlantique, d'une demande d'information sur l'état de l'instruction de sa demande de carte nationale d'identité pour son fils F E A et a saisi le 21 avril 2021 les services de cette préfecture d'une demande de réponse à sa lettre du 16 mars 2020. Dans l'instance n°2104712, la requérante demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant deux mois sur sa demande du 21 avril 2021, regardée comme un refus implicite de délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport à l'enfant F A. Dans l'instance n°2113554, la requérante demande au tribunal d'annuler la décision expresse du 28 septembre 2021 par laquelle le préfet de la Sarthe a rejeté la demande de documents d'identité et de voyage français au profit du jeune F A.
2. Les requêtes n°s 2104712 et 2113554 présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
3. La décision du 28 septembre 2021 par laquelle le préfet de la Sarthe a rejeté la demande de documents d'identité et de voyage français au profit du jeune F A s'est substituée à la décision implicite attaquée dans l'instance n°2104712. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être regardées comme étant dirigées exclusivement contre la décision expresse du 28 septembre 2021 et les moyens dirigés contre la décision implicite doivent être écartés comme étant inopérants.
4. La décision du 28 septembre 2021 a été signée par M. Eric Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture. A cet effet, celui-ci disposait d'une délégation de signature du préfet du 1er mars 2021 régulièrement publiée. Le moyen tiré de son incompétence pour signer cette décision doit donc être écarté comme manquant en fait.
5. Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". L'article 310-1 du même code énonce que : " La filiation est légalement établie, dans les conditions prévues au chapitre II du présent titre, par l'effet de la loi, par la reconnaissance volontaire ou par la possession d'état constatée par un acte de notoriété. / () ". L'article 310-3 de ce code prévoit que : " La filiation se prouve par l'acte de naissance de l'enfant, par l'acte de reconnaissance ou par l'acte de notoriété constatant la possession d'état. / () ". L'article 2 du décret du 22 octobre 1955 modifié visé ci-dessus instituant la carte nationale d'identité dispose que : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande. / Elle est délivrée ou renouvelée par le préfet ou le sous-préfet. / () ". L'article 4-4 du même décret énonce que : " La demande de carte nationale d'identité faite au nom d'un mineur est présentée par une personne exerçant l'autorité parentale. / () ". Aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. / () ". Selon l'article 5 de ce même décret : " I.- En cas de première demande, le passeport est délivré sur production par le demandeur : / () 4° Ou à défaut de produire l'un des titres mentionnés aux alinéas précédents, de son extrait d'acte de naissance de moins de trois mois, comportant l'indication de sa filiation ou, lorsque cet extrait ne peut pas être produit, de la copie intégrale de son acte de mariage. / Lorsque la nationalité française ne ressort pas des pièces mentionnées aux alinéas précédents, elle peut être justifiée dans les conditions prévues au II. / II. -La preuve de la nationalité française du demandeur peut être établie à partir de l'extrait d'acte de naissance mentionné au 4° du I portant en marge l'une des mentions prévues aux articles 28 et 28-1 du code civil. / () ". Enfin, selon l'article 29 du code civil : " La juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité française ou étrangère des personnes physiques. / () ".
6. Pour l'application de ces dispositions, si la délivrance d'une carte nationale d'identité ou d'un passeport est un droit pour tout Français qui en fait la demande, il appartient aux autorités administratives compétentes, qui ne sauraient être considérées comme en situation de compétence liée, de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de carte nationale d'identité ou de passeport sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur ou, pour le cas d'un enfant mineur, de ses parents. Seul un doute suffisamment justifié à cet égard peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de la carte nationale d'identité ou du passeport.
7. En outre, si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ces compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas dans le cadre de l'examen d'une demande d'une carte nationale d'identité ou d'un passeport. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande d'une carte nationale d'identité pour le compte d'un enfant mineur, que la reconnaissance de cet enfant a été faite dans le seul but de faciliter l'obtention d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte nationale d'identité.
8. Il ressort de l'acte de naissance n° 88 versé au dossier que la paternité de l'enfant a été reconnue de manière anticipée devant l'officier d'état-civil de Pontoise le 28 novembre 2016 par M. G A, ressortissant français né en 1980. Pour refuser de faire droit à la demande de délivrance d'une carte nationale d'identité et de passeport présentée pour l'enfant, le préfet de la Sarthe s'est fondé sur la circonstance qu'un doute sérieux était apparu quant à la réalité de son lien de filiation à l'égard de M. A compte tenu de l'absence de communauté de vie entre les parents allégués, de l'absence de contribution de M. A à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, du délai de deux mois entre la naissance de l'enfant et la demande de carte nationale d'identité française, de ce que M. A a reconnu plusieurs enfants, nés de mères différentes, se trouvant en situation irrégulière sur le territoire français, le préfet en concluant que cette reconnaissance a été faite dans le seul but de faciliter l'obtention d'un titre de séjour par Mme D C, laquelle se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français à cette date.
9. Il ressort des pièces du dossier que les déclarations de Mme D C relatives à sa rencontre avec M. A sont variables, quant au lieu de cette rencontre, et que l'intéressée n'a pas su préciser dans quelle ville résidait M. A à l'époque où elle le fréquentait, alors qu'elle déclare lui avoir rendu visite à plusieurs reprises. Par ailleurs, M. A, qui était à l'époque de la conception et de la naissance du jeune F, marié, a reconnu, outre F né le 5 janvier 2017, deux autres enfants nés les 6 janvier 2016 et 30 novembre 2016, de deux mères différentes, toutes deux de nationalité camerounaise, et entrées irrégulièrement en France dans le courant de l'année 2015, comme Mme D C. En outre, M. A ne s'est jamais présenté aux services de la préfecture de l'Essonne, son département de résidence, aux fins d'audition sur sa reconnaissance du jeune F, en dépit de quatre convocations en ce sens. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que M. A ne contribue, et ce, depuis la naissance de l'enfant, ni à l'entretien, ni à l'éducation du jeune F. Dans ces conditions, nonobstant la délivrance d'un certificat de nationalité française au jeune F, les éléments invoqués par le préfet sont propres à établir que la reconnaissance de paternité du 28 novembre 2016 a été faite dans le seul but de faciliter l'obtention d'un titre de séjour par Mme D C et, par suite, qu'elle procède d'une fraude. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation, ou d'une erreur de droit.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°s 2104712 et 2113554 de Mme D C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H D C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Leudet.
Copie en sera adressée au préfet de la Sarthe.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2023 à laquelle siégeaient :
M. B de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.
La rapporteure,
C. MILIN
Le président,
A. B DE BALEINE La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°s 2104712, 2113554
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026