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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104727

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104727

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104727
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLACROIX JOUSSE BOURDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 avril 2021, le 26 avril 2023, le 20 juin 2023 et le 10 novembre 2023, M. B C et Mme D A, épouse C, représentés par Me Piperaud, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 février 2021 par laquelle le maire de Saint-Vincent-du-Lorouër (Sarthe) a refusé le rétablissement d'une prise d'eau destinée à participer à l'alimentation en eau de la douve située sur la parcelle cadastrée n°1120 section A leur appartenant, ainsi que la décision implicite de rejet de la demande formulée le 14 mars 2017 et la décision du maire de Saint-Vincent-du-Lorouër du 31 mai 2017 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Vincent-du-Lorouër de rétablir une prise d'eau destinée à participer à l'alimentation en eau de la douve située sur la parcelle cadastrée n°1120 section A leur appartenant dans un délai de deux mois suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Vincent-du-Lorouër la somme de 2 500 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils sont titulaires d'un droit fondé en titre ;

- le maire de Saint-Vincent-du-Lorouër a porté illégalement atteinte à ce droit fondé en titre, n'étant pas titulaire du pouvoir de police de l'eau ;

- la destruction de l'ouvrage a été effectuée à tort, le vannage à crémaillère n'étant pas la cause des inondations.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 octobre 2022 et le 4 juillet 2023, la commune de Saint-Vincent-du-Lorouër, représentée par Me Jousse, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive dès lors que la décision du 26 février 2021 est une décision confirmative des décisions du 14 mars 2017 et du 31 mai 2017 devenues définitives, et est de ce fait irrecevable,

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Brémond, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Marowski, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, épouse C, et M. C, son fils, sont propriétaires d'une maison d'habitation et d'un terrain situés 4, rue Max Cochard à Saint-Vincent-du-Lorouër (Sarthe), dénommés " Le Prieuré " et correspondant à la parcelle alors cadastrée n°1120, section A. Un dispositif de retenue d'eau, consistant en un vannage à crémaillère, permettait d'alimenter les douves de leur propriété. Suite à une inondation survenue en 2016 dans les propriétés voisines, dans laquelle le dispositif de retenue d'eau a été mis en cause, la commune de Saint-Vincent-du-Lorouër a fait procéder le 17 février 2017 à la destruction complète de l'ouvrage, privant les douves situées sur leur propriété de leur alimentation en eau. Le 28 décembre 2020, les consorts C ont demandé au maire de Saint-Vincent-du-Lorouër de procéder au rétablissement de cette prise d'eau. Par une décision du 26 février 2021, dont les requérants demandent l'annulation, le maire de Saint-Vincent-du-Lorouër a rejeté cette demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 214-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions des articles L. 214-2 à L. 214-6 les installations, les ouvrages, travaux et activités réalisés à des fins non domestiques par toute personne physique ou morale, publique ou privée, et entraînant des prélèvements sur les eaux superficielles ou souterraines, restitués ou non, une modification du niveau ou du mode d'écoulement des eaux, la destruction de frayères, de zones de croissance ou d'alimentation de la faune piscicole ou des déversements, écoulements, rejets ou dépôts directs ou indirects, chroniques ou épisodiques, même non polluants ". Aux termes de l'article L. 214-3 du même code : " I. Sont soumis à autorisation de l'autorité administrative les installations, ouvrages, travaux et activités susceptibles de présenter des dangers pour la santé et la sécurité publique, de nuire au libre écoulement des eaux, de réduire la ressource en eau, d'accroître notablement le risque inondation, de porter gravement atteinte à la qualité ou à la diversité du milieu aquatique, notamment aux peuplements piscicoles. (). ". Aux termes de l'article L. 214-4 du même code : " I.-L'autorisation est accordée après enquête publique et, le cas échéant, pour une durée déterminée. () / II.-L'autorisation peut être abrogée ou modifiée, sans indemnité de la part de l'Etat exerçant ses pouvoirs de police, dans les cas suivants : () / 2° Pour prévenir ou faire cesser les inondations ou en cas de menace pour la sécurité publique ; ". Aux termes de l'article L. 214-6 du même code : " " () II. Les installations, ouvrages et activités déclarés ou autorisés en application d'une législation ou réglementation relative à l'eau antérieure au 4 janvier 1992 sont réputés déclarés ou autorisés en application des dispositions de la présente section. Il en est de même des installations et ouvrages fondés en titre () ".

3. Sont notamment regardés comme fondés en titre ou ayant une existence légale, les plans d'eau et cours d'eau non domaniaux qui, soit ont fait l'objet d'une aliénation comme bien national, soit sont établis en vertu d'un acte antérieur à l'abolition des droits féodaux. Une prise d'eau ou une retenue d'eau est présumée établie en vertu d'un acte antérieur à l'abolition des droits féodaux dès lors qu'est prouvée son existence matérielle avant cette date. La preuve de cette existence matérielle peut être apportée par tout moyen.

4. Il ressort des pièces du dossier que les douves situées sur la propriété des requérants sont probablement issues de la présence d'une " garenne d'eau " datant du XIIIème siècle, antérieure à l'abolition des droits féodaux, et que le prieuré a fait l'objet d'une aliénation comme bien national en 1792. Toutefois, la mise en place d'un dispositif de captation des eaux à l'emplacement du vannage supprimé en 2017 n'étant avérée qu'à partir du XIXème siècle, les pièces produites par les requérants ne permettent pas d'établir l'existence matérielle d'une prise d'eau alimentant ces douves avant cette date. Dans ces conditions, les requérants n'apportent pas la preuve, qui leur incombe, de l'existence matérielle d'une prise d'eau antérieure à l'abolition des droits féodaux. Dès lors, les consorts C ne sont pas fondés à soutenir qu'ils sont titulaires d'un droit fondé en titre au sens des dispositions de l'article L. 214-6 du code de l'environnement précité.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () / 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies, les inondations, les ruptures de digues, les éboulements de terre ou de rochers, les avalanches ou autres accidents naturels, les maladies épidémiques ou contagieuses, les épizooties, de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, suite aux inondations survenues dans la commune le 28 mai 2016, le maire de Saint-Vincent-du-Lorouër a sollicité le 20 décembre 2016 l'avis préalable de la direction départementale des territoires de la Sarthe pour retirer le vannage en litige, compte tenu de l'enjeu de sécurité au regard du risque inondation, ce dispositif ayant joué un rôle aggravant dans ces inondations. Par un courrier du 6 février 2017, la direction départementale des territoires de la Sarthe a autorisé la réalisation de ces travaux, en précisant que ceux-ci n'étaient pas soumis à autorisation au titre de la loi sur l'eau et les milieux aquatiques. Dès lors, le maire de Saint-Vincent-du-Lorouër pouvait légalement engager les travaux de suppression de l'ouvrage, dans un but de prévention du risque inondation, en application des dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales précitées. Il en résulte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en engageant ces travaux, le maire de Saint-Vincent-du-Lorouër aurait porté illégalement atteinte à leur droit fondé en titre, par ailleurs non établi pour les motifs indiqués au point 4.

7. En troisième lieu, il ressort également des pièces du dossier qu'il existait un lien fonctionnel entre la prise d'eau des requérants et le vannage à crémaillère détenu et géré par la commune, le vannage permettant en position fermée de surélever la ligne d'eau. Les agents des services de l'Etat présents sur place lors des inondations survenues en 2016 ont constaté le rôle aggravant de ce dispositif. L'hypothèse de conserver la vanne en position ouverte a été écartée en raison du risque de manœuvres incontrôlées par des tiers. En outre, la destruction relativement rapide de l'ouvrage était justifiée par le contexte d'urgence - les inondations subies par la commune ayant donné lieu à un arrêté de catastrophe naturelle le 8 juin 2016 - et la nécessité d'améliorer à brève échéance l'écoulement des eaux dans ce secteur face au risque de nouvelles inondations. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir, en tout état de cause, que la destruction de cet ouvrage aurait été effectuée à tort, ni que cette mesure était disproportionnée par rapport au risque encouru.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Vincent-du-Lorouër, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction des consorts C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Vincent-du-Lorouër, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C et Mme A épouse C demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des consorts C la somme demandée par la commune à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des consorts C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Vincent-du-Lorouër au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme D A, épouse C et à la commune de Saint-Vincent-du-Lorouër.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

La présidente,

H. DOUETLa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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