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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104741

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104741

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104741
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCRABIERES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2021, Mme A D, représentée par Me Cloarec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 décembre 2019 par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que la décision du 28 décembre 2020 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation au regard de l'article L. 313-11 (2° bis) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante congolaise née le 10 novembre 2001, est entrée en France en 2017 et a été prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance. Elle a sollicité un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par une décision du 13 décembre 2019, confirmée par une décision du 20 décembre 2020, le préfet de la Sarthe a refusé de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 2° bis A l'étranger dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entrant dans les prévisions de l'article L. 311-3, qui a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance et sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée / (). ".

3. Aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité et, le cas échéant, de ceux de son conjoint, de ses enfants et de ses ascendants. ". Aux termes de l'article L. 111-6 de ce code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. / () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce

pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

4. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

5. Il incombe aux autorités administratives françaises de tenir compte des jugements rendus par un tribunal étranger relativement à l'état et à la capacité des personnes sauf à ce qu'ils aient fait l'objet d'une déclaration d'inopposabilité, laquelle ne peut être prononcée que par le juge judiciaire, ou, à établir l'existence d'une fraude ou d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.

6. Pour justifier de son identité, Mme D produit un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance rendu le 1er décembre 2018 par le tribunal pour enfants de B, ainsi que l'extrait de l'acte de naissance enregistré sous le n° 073/2019 dressé dans les registres le

19 janvier 2019 par transcription de ce jugement supplétif.

7. Pour renverser la présomption de validité qui s'attache aux actes d'état civil établis à l'étranger et affirmer qu'en raison de leur caractère inauthentique, l'intéressée ne justifiait pas de son identité, le préfet de la Sarthe produit un rapport d'analyse documentaire de la police aux frontières du 26 septembre 2019 faisant état d'une irrégularité formelle tenant à la législation requise des autorités françaises basées en République démocratique du Congo et d'une incohérence sur la déclaration de la naissance de l'intéressée devant un officier d'état civil. Le préfet produit également un rapport établi le 24 septembre 2020, dont il ressort que l'identité de l'intéressée est enregistrée à plusieurs reprises sous plusieurs références dans les registres de deux communes. Ces circonstances ne suffisent toutefois pas à établir le caractère frauduleux du jugement supplétif valant acte de naissance, lequel a précisément pour objectif de pallier l'absence de déclaration régulière à l'état civil d'une naissance, et le caractère irrégulier de l'acte de naissance pris pour sa transposition. Par ailleurs, Mme D verse au dossier un passeport dont l'authenticité n'est pas contestée. Par suite, Mme D est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les décisions par lesquelles le préfet de la Sarthe a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme D doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard aux motifs énoncés au point 6 du présent jugement, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que Mme D ne remplirait pas les autres conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions dont elle s'est prévalue dans sa demande, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer une carte de séjour temporaire à Mme D, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cloarec renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 13 décembre 2019 et du 28 décembre 2020 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer à Mme D un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cloarec, avocate de Mme D, la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Cloarec et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

La rapporteuse,

M. C

SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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