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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104818

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104818

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2021, complétée par un mémoire enregistré le 8 mars 2022, Mme F E, représentée par Me Pollono, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2020 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter du rétablissement des liaisons terrestres, maritimes ou aériennes, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an dont le délai commence à courir à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf pour l'intéressée à justifier de l'exécution de cette obligation dans le délai imparti et au plus tard de deux mois suivant l'expiration du délai de départ volontaire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer le titre sollicité, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de la munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée de plusieurs erreurs de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle méconnaît les articles 6, 5° de l'accord franco-algérien et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article L. 511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense enregistrés les 4 mars 2022 et 10 mars 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme E a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mlle Wunderlich, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Pollono, représentant Mme E, en présence de l'intéressée, qui a pris la parole.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F E, ressortissante algérienne née le 3 octobre 1963, est entrée en France le 18 août 2015 munie d'un visa de court séjour valable du 9 juin 2015 au 5 décembre 2015. La demande de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale qu'elle a présentée le 24 mars 2016 a été rejetée par arrêté de la préfète de la Loire-Atlantique en date du 27 juin 2017 portant en outre obligation de quitter le territoire français, que Mme E a vainement contesté devant ce tribunal, dont le jugement n° 1707169 du 8 novembre 2017 a été confirmé par ordonnance n° 18NT00854 du président de la 4e chambre de la cour administrative d'appel de Nantes en date du 1er février 2018. La demande de reconnaissance du statut de réfugié qu'elle a déposée le 11 mars 2019, examinée selon la procédure accélérée, a été clôturée par décision du 17 juin 2019 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Mme E a ensuite sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par arrêté du 22 décembre 2020 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel l'intéressée pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré et portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an. Mme E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'accord franco-algérien dont elle fait application, ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle fait, en outre, état d'éléments concernant la biographie, le parcours en France et la situation personnelle de Mme E. Elle est, par suite, suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante avant son édiction. La circonstance que l'arrêté contesté indique à tort que Mme E ne justifie pas d'une entrée régulière en France et qu'il ne mentionne ni que l'intéressée a sollicité l'asile ni que sa fille réside avec son mari en Espagne ne révèle pas que la décision litigieuse procède d'une appréciation erronée de la situation personnelle de la requérante.

4. En troisième lieu, l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, dont les dispositions sont reprises, depuis le 1er mai 2021, à l'article L. 435-1 du même code, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

5. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen de la situation professionnelle de Mme E au regard des stipulations de l'accord franco-algérien, et a pris en compte des éléments de sa vie personnelle. Ainsi, et contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet a statué sur sa demande sans méconnaître l'étendue de son pouvoir de régularisation exceptionnelle, applicable aux ressortissants algériens. En tout état de cause, l'intéressée ne peut utilement invoquer la circulaire du 28 novembre 2012, dont les critères de régularisation ne présentent pas le caractère de lignes directrices susceptibles d'être opposées à l'autorité administrative.

6. D'autre part, Mme E se prévaut de sa présence en France depuis cinq ans, de son intégration au plan social et d'une promesse d'embauche en qualité d'aide à domicile. Toutefois, ainsi que le relève notamment le préfet en défense, Mme E n'a jamais été en situation régulière sur le territoire français depuis l'expiration de son visa, dont elle a détourné l'objet, et s'y est maintenue en dépit d'une mesure d'éloignement dont elle a échoué à obtenir l'annulation par le juge administratif, tandis qu'une promesse d'embauche ne saurait constituer, par elle-même, un motif exceptionnel de nature à justifier la régularisation de l'intéressée. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de Mme E.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Ainsi qu'il vient d'être dit, Mme E se prévaut de l'ancienneté de sa présence et de celle de son fils sur le territoire, où ils ont été hébergés pendant plus de quatre ans par sa sœur de nationalité française. Elle précise dans le dernier état de ses écritures que sa fille D, née le 23 mai 1987, qui résidait en Espagne, est désormais installée à Nantes avec son mari et leurs deux enfants. Elle fait par ailleurs valoir son engagement associatif et son souhait d'intégrer professionnellement le secteur des services d'aide à la personne. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme E se maintient en France, où elle est arrivée alors qu'elle était âgée de cinquante-et-un ans et n'a jamais exercé d'activité professionnelle, en dépit d'une première mesure d'éloignement prise à son encontre le 27 juin 2017, que son fils G C, né le 22 février 2001, confié aux services de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité, a vainement sollicité la délivrance d'un titre de séjour et fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté du préfet de la Loire-Atlantique en date du 31 octobre 2019 contesté devant ce tribunal qui a rejeté sa requête n° 2101981 par jugement du 16 février 2022 devenu définitif, et que ce n'est que postérieurement à l'édiction de l'arrêté contesté que Mme H épouse A B a emménagé à Nantes. Dans ces conditions, les liens personnels et familiaux en France de Mme E ne peuvent être regardés comme présentant les caractéristiques définies à l'article 6 précité de l'accord franco-algérien, et le refus de séjour qui lui est opposé ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 précité de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris.

9. En cinquième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme E.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, Mme E n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

11. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de l'intéressée doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être énoncés aux points 8 et 9.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle se réfère notamment à l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'absence de justification par l'intéressée de l'existence d'une menace personnelle en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est, par suite, suffisamment motivée et a été précédée d'un examen particulier de la situation de Mme E.

13. En second lieu, Mme E n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

Sur la décision portant interdiction de retour pour un durée d'un an :

14. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 : " () III. - L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de sa notification, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger ou lorsque l'étranger n'a pas satisfait à cette obligation dans le délai imparti. () [huitième alinéa] La durée de l'interdiction de retour () [est] décidé[e] par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

15. La décision litigieuse, après avoir cité ces dispositions, énonce que Mme E n'a pas exécuté la précédente mesure l'obligeant à quitter le territoire français du 27 juin 2017, et que, au regard de la nature et de l'ancienneté de ses liens en France, une interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale.

16. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'interdiction de retour faite à Mme E et du défaut d'examen préalable de sa situation personnelle ne peuvent, dans ces conditions, qu'être écartés comme manquant en fait.

17. En deuxième lieu, Mme E, qui se maintient irrégulièrement sur le territoire français au mépris des lois relatives au séjour des étrangers depuis cinq ans, n'est pas fondée à soutenir que cette décision est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions précitées.

18. En troisième lieu, au regard de ce qui a été exposé quant à la vie privée de Mme E, l'interdiction de retour litigieuse ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

19. En quatrième et dernier lieu, Mme E n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire n'étant pas établie, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

20. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, à Me Pollono et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 18 mars 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Wunderlich, présidente,

Mme Diniz, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

A.-C. WUNDERLICHL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

I. DINIZ

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

lt/cm

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