lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2104822 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | GEFFROY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 avril 2021, Mme B F, représentée par Me Emmanuel Geffroy, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions, opposées par un arrêté du préfet de la Loire-Atlantique pris le 26 février 2021, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer, dans le délai d'un mois sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard, une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) à défaut d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente de la décision issue de cet examen une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le refus de séjour est entaché d'incompétence ;
- il méconnait les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'illégalité dès lors que le refus de séjour est lui-même illégal ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2022, le préfet de la Loire-Atlantique demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme F.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme F par une décision du 25 mars 2021 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 23 juin 2022 à partir de 9h45.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B F est une ressortissante camerounaise qui est née le 25 mai 1981. Elle est entrée en France le 28 octobre 2018. Elle a saisi les services de la préfecture de la Loire-Atlantique d'une demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" sur le fondement des dispositions alors inscrites au 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 février 2021 le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement. Mme F demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur les moyens d'annulation dirigés contre le refus de séjour :
2. En premier lieu, si l'arrêté du 26 février 2021 a été signé, non par le préfet de la Loire-Atlantique, mais "pour le préfet" par Mme C A en qualité de directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de ce département, cette dernière bénéficiait, par arrêté de ce préfet pris le 8 janvier 2021 et publié le même jour au recueil des actes administratifs de ce même département, d'une délégation à l'effet de signer les décisions relatives au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () A l'étranger () si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.() ". En vertu de ce même article et des articles R. 313-22 et R. 313-23 du même code, l'autorité préfectorale apprécie s'il y a lieu de délivrer cette carte de séjour temporaire au regard d'un avis d'un collège de médecins à compétence nationale du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).
4. Pour rejeter la demande présentée par Mme F, le préfet de la Loire-Atlantique a estimé que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir, pour elle, des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Cameroun, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.
5. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens des dispositions précitées du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressée, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.
6. Mme F souffre d'hypertension artérielle et d'un diabète de type II. Le compte-rendu établi le 26 avril 2021 par un médecin du service d'endocrinologie, de diabétologie et de nutrition du Centre hospitalier universitaire de Nantes précise : "Diabète de type II depuis 2018, traité actuellement par Metformine 1000 mg matin et soir et Ozempic 1 mg par semaine. L'équilibre glycémique est satisfaisant sous ce traitement. Sa surveillance nécessite une consultation diabétologique spécialisée annuelle et un bilan des complications annuelles (). Une hémoglobine glyquée est nécessaire tous les trois mois. ()". Pour justifier son allégation suivant laquelle elle ne peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Cameroun, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, Mme F se prévaut d'une attestation médicale du 19 avril 2021 établie par un médecin au Cameroun rédigé "à l'intention de l'administration française" dans les termes suivants : " Je soussigné, Dr E, en service au CMPY après consultation et évaluation du dossier médical de Madame F B G née le 25/05/1981, patiente souffrant d'un diabète de type II et d'une HTA chronique, au vu du coût des actes médicaux - consultation du spécialiste (25000FCFA/mois) en clinique et hôpitaux d'état sur rdv vu le monde qui afflue - bilans (examens) très coûteux au-dessus du camerounais moyens (SMIC relativement très bas environ 28000F/mois) - coût exorbitant des médicaments - rareté de certains médicaments (Jamunet 50, one touch presque inexistant dans nos pharmacies) - précarité des moyens financiers - et surtout de la non prise en charge des jeunes camerounais souffrant d'une telle pathologie par l'état camerounais. Après évaluation, souhaite que pour préserver la qualité humaine, qu'elle puisse suivre son traitement dans son pays d'accueil afin de jouir d'une bonne couverture sanitaire de haute qualité". Les termes de ce certificat, rédigé par un médecin exerçant au sein des services de police de Yaoundé, n'évoquent cependant aucun des médicaments formant le traitement de la requérante, dont les pièces produites en défense, qui ne sont pas contestées, permettent de constater qu'ils sont disponibles dans son pays d'origine. Il ressort par ailleurs des pièces produites en défense que des structures de prise en charge de patientes atteintes d'hypertension artérielle et de diabète existent par ailleurs au Cameroun. Si l'attestation médicale du 19 avril 2021 fait état du coût élevé d'un suivi médical dans ce pays pour ces patientes, il ressort des pièces du dossier, en particulier du passeport de la requérante, qu'elle y exerce la profession d'agent comptable. Elle n'allègue pas qu'elle ne l'exercerait plus, ni qu'elle ne pourrait bénéficier dans son pays d'un dispositif de remboursement, ne serait-ce que partiel, des dépenses rendues nécessaires par la poursuite de son suivi et de son traitement, ni que les revenus générés par cette profession, dont elle ne précise pas le montant, l'empêcheraient de prendre en charge l'éventuelle part des dépenses qui resterait à sa charge. Dans ces conditions, Mme F n'est pas fondée à soutenir que le refus de séjour qui lui a été opposé a été pris en méconnaissance des dispositions précitées du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En troisième lieu, un refus de séjour ne peut être légalement opposé s'il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale d'une ressortissante étrangère et s'il méconnait ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'autorité préfectorale d'apprécier notamment la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France.
8. Si l'une des sœurs de la requérante, dont la mère est décédée, séjourne en France, à Lyon, sous couvert d'une carte de résident, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles entretiendraient effectivement des liens depuis que Mme F est entrée dans ce pays. Leur père et une autre de leurs sœurs résident au Canada et leur frère réside en Allemagne. L'intéressée ne justifie que d'une durée de séjour de deux ans et quatre mois à la date de la décision attaquée, à laquelle s'apprécie sa légalité, et elle n'a jamais disposé d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le refus de séjour en litige ne peut être regardé comme portant une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme F et comme méconnaissant, par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision, opposée par l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 26 février 2021, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.
Sur les autres moyens d'annulation :
10. En premier lieu, la délégation de signature mentionnée au point 2 du présent jugement couvre également les décisions énonçant une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'obligation de quitter le territoire français opposée à Mme F ne peut qu'être écarté.
11. En deuxième lieu, l'ensemble des moyens critiquant la légalité du refus de séjour opposé à Mme F ayant été précédemment écartés, la requérante n'est pas fondée à invoquer l'illégalité de cette décision pour obtenir l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
12. En troisième lieu, au regard des éléments mentionnés au point 8, Mme F n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. En dernier lieu, dès lors que les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, opposée par l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 26 février 2021, doivent être rejetées, le moyen tiré de l'annulation, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme F doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Emmanuel Geffroy.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.
Le rapporteur,
D. D
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
S. BARBERA
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. BARBERA
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026