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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104854

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104854

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104854
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOEZEC CARON BOUCHE AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 avril 2021, Mme A D, représentée par Me Boezec, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 26 avril 2021 par lesquels le préfet de la Loire-Atlantique, d'une part, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'une année et l'a signalée aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour, d'autre part, l'a assignée à résidence pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du présent jugement, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Mme D soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 512-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et méconnait les dispositions et stipulations des articles 6-5 de l'accord franco-algérien, L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour et de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles ne sont pas suffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen ;

- elles sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de délivrance du titre de séjour ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de délivrance du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 novembre et 1er décembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme D n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique du 2 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante algérienne née en 1987, est entrée en France le 7 septembre 2015 sous couvert d'un visa de court séjour et s'est maintenue sur le territoire au-delà de la durée de validité de son visa. Elle a présenté une première demande de titre de séjour qui a été rejetée par un arrêté du préfet de la Loire-Atlantique le 23 novembre 2017, et son recours contre cette décision a été rejeté le 27 avril 2018 par le jugement n° 1801088 du tribunal. Son appel contre ce jugement a été rejeté par ordonnance de la cour administrative d'appel le 10 septembre 2018. Par des arrêtés du 26 avril 2021, le préfet de la Loire-Atlantique, a, d'une part, refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'elle a de nouveau sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'une année et l'a signalée aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour, et d'autre part, l'a assignée à résidence pour une durée d'un an. Par sa requête, Mme D sollicite l'annulation de ces décisions.

2. Compte tenu de l'édiction de l'assignation à résidence à l'égard de Mme D, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nantes a, en application de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, statué sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, de la décision fixant le pays de destination, de l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un an et de l'assignation à résidence. Il a rejeté ces conclusions par un jugement du 21 décembre 2021. Il appartient à la formation collégiale du tribunal de statuer, d'une part, sur les conclusions de la requérante tendant à l'annulation de la décision relative au séjour prise par le préfet de la Loire-Atlantique dans son arrêté du 26 avril 2021, d'autre part, sur ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 18 mars 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relatifs à l'éloignement de étrangers pris dans le cadre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autrice de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'indication des considérations utiles de droit et de fait qui constituent le fondement du refus de séjour opposé à Mme D. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, eu égard notamment aux motifs de la décision contestée, que le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme D avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été opéré doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 512-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / L'obligation de quitter le territoire français ne peut faire l'objet d'une exécution d'office ni avant l'expiration du délai de départ volontaire ou, si aucun délai n'a été accordé, avant l'expiration d'un délai de quarante-huit heures suivant sa notification par voie administrative, ni avant que le tribunal administratif n'ait statué s'il a été saisi. L'étranger en est informé par la notification écrite de l'obligation de quitter le territoire français ". L'éventuelle méconnaissance de ce texte est inopérante pour contester un refus de titre. Le moyen tiré de sa méconnaissance doit donc être écarté.

7. En cinquième lieu, si Mme D entend soulever le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les énonciations de cette circulaire ne constituent toutefois pas des lignes directrices dont les intéressés peuvent utilement se prévaloir devant le juge administratif. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cette circulaire ne peut qu'être écarté.

8. En sixième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () " et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. En l'espèce, il est constant que Mme D est entrée en France le 5 septembre 2015 sous couvert d'un visa de court séjour qui expirait le 24 janvier 2016 et qu'elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire national à l'expiration de ce délai, après avoir fait l'objet d'un refus de titre de séjour et d'une décision portant obligation de quitter le territoire français le 23 novembre 2017 à laquelle elle n'a pas déféré. Les circonstances que ses enfants soient nés en France en 2016 et en 2019, qu'elle ait retrouvé en France six frères, dont trois ont la nationalité française, et qu'elle se sente intégrée à la société française ne sont pas de nature à eux seuls à établir que le centre de ses intérêts et de sa vie privée soient désormais en France, alors qu'il est constant qu'elle a vécu près de vingt-huit ans en Algérie, qu'elle s'est mariée le 18 aout 2015 avec M. B F lui-même en Algérie - dont il n'est pas établi qu'une procédure tendant à une séparation avec celui-ci serait en cours - et qu'elle a conservé dans son pays d'origine ses attaches culturelles et de nombreuses attaches familiales. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision litigieuse aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 septembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. En septième lieu, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier et de la situation de l'intéressée évoquée dans le présent jugement que Mme D justifie de considérations humanitaires ou de circonstances exceptionnelles permettant au préfet de la Loire-Atlantique de régulariser sa situation. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation à titre exceptionnel sur le fondement des dispositions de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

12. En huitième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

13. Mme D expose que ses deux enfants, âgés de cinq ans et deux ans sont scolarisés en maternelle et pris en charge dans une crèche et dès lors, bien intégrés dans le système scolaire et social français. Toutefois, sauf circonstance exceptionnelle, l'intérêt supérieur des enfants est de rester auprès de leurs parents. En l'espèce, la décision litigieuse ne fait pas obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Algérie où la poursuite de la scolarité des enfants est possible et ne pose pas de difficulté particulière. Par suite, le moyen tiré de ce que ladite décision -qui prend en compte la présence des deux enfants mineurs - aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris en ce qu'elle comporte des conclusions à fin d'injonction et une demande fondée sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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