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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104936

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104936

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104936
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantANDUJAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2021, M. A B, représenté par Me Andujar, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours formé contre la décision du 29 septembre 2020 par laquelle le préfet du Rhône a ajourné pour une durée de deux ans sa demande de naturalisation, ainsi que cette décision préfectorale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer la naturalisation au besoin en procédant à une nouvelle instruction ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du préfet est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;

- les décisions préfectorale et ministérielle sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent la règle non bis in idem dès lors qu'elles sont fondées sur des faits qui ont donné lieu à des condamnations judiciaires.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Benoist a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais, a sollicité l'acquisition de la nationalité française. Par une décision du 29 septembre 2020, le préfet du Rhône a ajourné sa demande pour une durée de deux ans. Saisi d'un recours hiérarchique formé à l'encontre d'une décision du préfet, le ministre de l'intérieur a, le 15 avril 2021, rejeté sa demande de naturalisation au motif que l'intéressé a été l'auteur de violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte de solidarité et de violence sur un mineur de quinze ans sans incapacité, le 25 avril 2014. M. B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 susvisé : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () ".

3. D'une part, si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, se substitue à la première décision. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours contre la décision du 29 septembre 2020 par laquelle le préfet du Rhône a ajourné sa demande pour une durée de deux ans Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, par une décision expresse du 15 avril 2021, le ministre de l'intérieur a rejeté le recours de l'intéressé. Dès lors, les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation d'une décision implicite d'ajournement du ministre de l'intérieur doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du ministre.

4. D'autre part, l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 instituant un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge, la décision du 15 avril 2021 du ministre de l'intérieur s'est substituée à celle du préfet du Rhône du 29 septembre 2020. Par suite, les conclusions de la requête de M. B à fin d'annulation doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision du ministre de l'intérieur.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée. ". Aux termes de l'article 49 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 de la loi n° 98-170 du 16 mars 1998 relative à la nationalité ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise sur le fondement des articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et comporte, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de fait sur lesquelles elle est fondée. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la demande de M. B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen approfondi de la demande doivent être écartés.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

7. Pour rejeter la demande de naturalisation de M. B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif que l'intéressé a été l'auteur de violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte de solidarité et de violence sur un mineur de quinze ans sans incapacité, le 25 avril 2014.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a, par un jugement du 11 février 2015, été déclaré coupable de ces faits par le tribunal correctionnel de Lyon. Si l'intéressé a obtenu l'effacement de la mention de la condamnation dont il a fait l'objet, il ne conteste pas la matérialité des faits en cause, lesquels sont suffisamment récents et graves pour être pris en compte. Dans ces conditions, le ministre a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, se fonder sur la commission de ces faits pour rejeter la demande de naturalisation de M. B, compte tenu du large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite.

9. En dernier lieu, la décision de rejet de sa demande d'acquisition de la nationalité française ne revêtant pas le caractère d'une sanction, M. B n'est pas fondé à soutenir que le principe du non bis in idem a été méconnu.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.

La rapporteure,

L-L. BENOISTLa présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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