mardi 14 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2105008 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GREENLAW AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 mai 2021, le 3 janvier 2022 et le 24 février 2022, M. D F et M. A C, représentés par Me Catry, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2020 par lequel le préfet de la Vendée a accordé à la société Inject Environnement un permis de construire pour une unité de méthanisation agricole, sur la parcelle cadastrée section XR n°055 au lieudit la Renaudière sur la commune des Brouzils, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux contre cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- le dossier de demande de permis de construire était incomplet, en l'absence d'éléments quant à la propriété du terrain, et en raison de l'insuffisance du projet architectural, en méconnaissance des articles R. 431-5, R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme, en l'absence de consultation du préfet de région en matière d'archéologie préventive, d'ENEDIS, de la commission départementale des espaces naturels, agricoles et forestiers, de la chambre d'agriculture et de la direction départementale des territoires ;
-l'arrêté attaqué est illégal en raison de l'absence de production d'une étude d'impact du projet d'unité de méthanisation qui aurait dû être soumis à la procédure d'autorisation environnementale ;
- il est illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté préfectoral du 11 juin 2020 dispensant le plan d'épandage d'étude d'impact, entaché d'un vice d'incompétence, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;
-il méconnaît les dispositions du plan local d'urbanisme du Pays de Saint-Fulgent-Les-Essarts, relatives aux constructions autorisées en zone agricole, et à leur insertion dans l'environnement et à la protection du petit patrimoine protégé au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme ;
-il méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
-il méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 novembre 2021, le 16 février 2022, le 30 juin 2022 et le 3 février 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés le 27 août 2021, le 24 février 2022, le 30 juin 2022, le 23 janvier 2023 et le 6 février 2023, la société Inject Environnement, représentée par Me Gandet, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer en enjoignant au préfet de la Vendée de régulariser tout vice régularisable entachant l'arrêté attaqué, et à ce qu'il soit mis à la charge de chaque requérant la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir des requérants ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,
- les observations de Me Catry, avocat de MM. F et C ;
- les observations de Me Becue, substituant Me Gandet, avocate de la société Inject Environnement,
- et les observations de Mme G, représentant le préfet de la Vendée.
Considérant ce qui suit :
1. M. F et M. C, résidant au lieudit de la Renaudière aux Brouzils (Vendée), demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2020 par lequel le préfet de la Vendée a accordé à la société Inject Environnement un permis de construire pour une unité de méthanisation agricole, sur la parcelle cadastrée section XR n°055 au lieudit la Renaudière sur la commune des Brouzils, ainsi que le rejet implicite de leur recours gracieux présenté contre cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir :
2.Aux termes de l'article L. 600-1-2 du même code : " " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Il appartient ensuite au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe d'un intérêt à agir, lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
3.Il ressort des pièces du dossier que M. F et M. C justifient être propriétaires d'habitations situées respectivement à 80 mètres et à 262,24 mètres environ de l'unité de méthanisation qui sera visible depuis leur propriété. Contrairement à ce que soutient la société pétitionnaire en défense, l'implantation du projet à proximité des habitations des requérants est susceptible de créer des nuisances, notamment olfactives et sonores, et d'entraîner une perte de valeur de leurs propriétés. Compte tenu de ces éléments, M. F et M. C justifient d'un intérêt suffisant pour contester le permis de construire en litige. La fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants doit, par suite, être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence de la signataire de l'arrêté attaqué :
4. Aux termes de l'article L. 422-2 du code de l'urbanisme : " Par exception aux dispositions du a de l'article L. 422-1, l'autorité administrative de l'Etat est compétente pour se prononcer sur un projet portant sur : / () b) Les ouvrages de production, de transport, de distribution et de stockage d'énergie, ainsi que ceux utilisant des matières radioactives ; un décret en Conseil d'Etat détermine la nature et l'importance de ces ouvrages () ". Aux termes de l'article R. 422-2 de ce code : " Le préfet est compétent pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable dans les communes visées au b de l'article L. 422-1 et dans les cas prévus par l'article L. 422-2 dans les hypothèses suivantes : / () b) Pour les ouvrages de production, de transport, de distribution et de stockage d'énergie lorsque cette énergie n'est pas destinée, principalement, à une utilisation directe par le demandeur () ". Aux termes de l'article R. 422-2-1 du même code : " Les installations de production d'électricité à partir d'énergie renouvelable accessoires à une construction ne sont pas des ouvrages de production d'électricité au sens du b de l'article L. 422-2. ".
5.Il ressort des pièces du dossier que par arrêté du préfet de la Vendée du 22 septembre 2020 et régulièrement publié, et dont les mentions sont suffisamment précises, Mme Tagand, secrétaire générale de la préfecture, a reçu délégation de signature, à l'effet notamment de signer les autorisations en matière d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.
En ce qui concerne l'absence de saisine du préfet de région au titre de l'archéologie préventive :
6.Aux termes de l'article L. 522-5 du code du patrimoine : " Avec le concours des établissements publics ayant des activités de recherche archéologique et des collectivités territoriales, l'Etat dresse et met à jour la carte archéologique nationale. Cette carte rassemble et ordonne pour l'ensemble du territoire national les données archéologiques disponibles. / Dans le cadre de l'établissement de la carte archéologique, l'Etat peut définir des zones où les projets d'aménagement affectant le sous-sol sont présumés faire l'objet de prescriptions archéologiques préalablement à leur réalisation. ". Aux termes de l'article R. 425-31 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet entre dans le champ d'application de l'article R. 523-4 du code du patrimoine, le dossier joint à la demande de permis comprend les pièces exigées à l'article R. 523-9 de ce code. La décision ne peut intervenir avant que le préfet de région ait statué, dans les conditions prévues à l'article R. 523-18 de ce code sur les prescriptions d'archéologie préventive. Dans le cas où le préfet de région a imposé des prescriptions, les travaux de construction ou d'aménagement ne peuvent pas être entrepris avant l'exécution de ces prescriptions ". Aux termes l'article R. 523-1 du code du patrimoine : " Les opérations d'aménagement, de construction d'ouvrages ou de travaux qui, en raison de leur localisation, de leur nature ou de leur importance, affectent ou sont susceptibles d'affecter des éléments du patrimoine archéologique ne peuvent être entreprises que dans le respect des mesures de détection et, le cas échéant, de conservation et de sauvegarde par l'étude scientifique ainsi que des demandes de modification de la consistance des opérations ". Aux termes de l'article R. 523-4 du code du patrimoine : " Entrent dans le champ de l'article R. 523-1 : / 1° Lorsqu'ils sont réalisés dans les zones prévues à l'article R. 523-6 et portent, le cas échéant, sur des emprises au sol supérieures à un seuil défini par l'arrêté de zonage, les travaux dont la réalisation est subordonnée : / a) A un permis de construire en application de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme ". Aux termes de l'article R. 523-6 de ce code : " Les projets d'aménagement affectant le sous-sol qui sont réalisés dans les zones prévues par les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 522-5 sont présumés faire l'objet de prescriptions archéologiques préalablement à leur réalisation. Ces zones sont définies dans le cadre de l'établissement de la carte archéologique nationale, par arrêté du préfet de région pris après avis de la commission interrégionale de la recherche archéologique, en fonction des informations scientifiques conduisant à envisager la présence d'éléments du patrimoine archéologique. / L'arrêté du préfet de région est adressé au préfet du département ou des départements intéressés par le zonage aux fins de publication au recueil des actes administratifs de la préfecture, ainsi qu'aux maires des communes intéressées. Il fait l'objet d'un affichage en mairie pendant un mois à compter du jour où il a été reçu. Il est tenu à la disposition du public dans les préfectures et dans les mairies ".
7.Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet n'est pas localisé dans une zone dite de présomption de prescription archéologique, prévue au deuxième alinéa de l'article L. 522-5 du code du patrimoine. Par suite, le préfet de région n'avait pas à être saisi pour avis en application des dispositions précitées. Le moyen tiré de l'absence de saisine de cette autorité au titre de l'archéologie préventive doit être écarté.
En ce qui concerne la consultation de diverses instances :
8.Si les requérants font état de l'absence de saisine d'ENEDIS, alors que le syndicat départemental d'énergie et d'équipement de la Vendée (SYDEV) a été saisi des conditions de desserte en électricité du projet, de la commission départementale des espaces naturels, agricoles et forestiers, de la chambre d'agriculture et de la direction départementale des territoires, ils ne démontrent ni même ne soutiennent que ces consultations auraient présenté un caractère obligatoire. Par suite, le moyen tiré du défaut de ces consultations doit être écarté.
En ce qui concerne la production d'une étude d'impact :
9.En premier lieu, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir à l'encontre de l'arrêté de permis de construire contesté, de l'illégalité par la voie de l'exception de l'arrêté du préfet de la Vendée 11 juin 2020 dispensant, à l'issue d'un examen au cas par cas, le plan d'épandage d'étude d'impact, dès lors que le premier n'est pas pris pour l'application du second qui n'en constitue pas non plus la base légale.
10.En second lieu, l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, relatif à certaines pièces complémentaires qui doivent être jointes à la demande de permis de construire en fonction de la situation ou de la nature du projet, dispose que : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : / a) L'étude d'impact, lorsqu'elle est prévue en application du code de l'environnement () ". L'obligation de joindre l'étude d'impact au dossier de demande de permis de construire prévue par l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme ne concerne que les cas où l'étude d'impact est exigée en vertu des dispositions du code de l'environnement pour des projets soumis à autorisation en application du code de l'urbanisme. En l'espèce, les requérants ne peuvent utilement soutenir, pour contester le permis de construire délivré, ni que le projet litigieux d'unité de méthanisation faisant l'objet de ce permis de construire aurait dû être soumis, par exception, à la procédure d'autorisation environnementale, dans les conditions et formes prévues à l'article L. 512-7-2 du code de l'environnement, ni par suite de l'absence de production d'une étude d'impact, dès lors que ce projet, qui relève de la procédure d'enregistrement, n'y était pas soumis. Ce moyen en tant qu'il est dirigé contre le permis de construire attaqué ne peut qu'être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la propriété du terrain d'assiette du projet :
11.Aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique ".
12.Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur.
13.En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la société Inject Environnement a justifié, par la production d'un acte notarié, être propriétaire de la parcelle cadastrée section XR n°55 dans le dossier de demande d'enregistrement d'une installation classée pour l'environnement déposé le 27 février 2020, visé dans l'arrêté attaqué, et dont le préfet de la Vendée a donc eu connaissance. Ainsi, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la Vendée n'aurait pas été valablement informé de la propriété du terrain d'assiette du projet.
En ce qui concerne la complétude du dossier de demande de permis de construire :
14. Aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / () b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants () ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : / () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".
15.Il ressort des pièces du dossier que les dossiers de demande de permis de construire en litige comportaient l'ensemble des pièces énumérées à l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme et notamment une notice d'insertion paysagère qui détaille les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement.
16.La notice du projet prévoit que " en ce qui concerne le paysage, les plantations existantes autour du siège d'exploitation seront toutes maintenues. Pour une meilleure intégration, il est prévu la plantation d'une haie bocagère et arbres de hautes tiges pour créer un écran paysager pluristatifié au Sud/ Ouest et à l'Est du site faisant office de masque végétal pour limiter l'impact visuel des cuves depuis le village de la Renaudière ". Les plans et photographies produites au soutien du dossier de permis de construire, comportant notamment des vues relativement éloignées et une vue en élévation permettent d'apprécier de façon suffisante l'insertion du projet dans son environnement. En outre, le plan de masse comportait de façon suffisante la mention des plantations mentionnées dans la notice du projet. Compte tenu des documents produits, le préfet de la Vendée a disposé des éléments utiles pour porter une appréciation en toute connaissance de cause sur le projet qui lui était soumis. Par suite, les dispositions précitées du code de l'urbanisme n'ont pas été méconnues.
En ce qui concerne les dispositions du plan local d'urbanisme du Pays de Saint-Fulgent-Les-Essarts :
17.Il ressort en premier lieu des pièces du dossier que le plan local d'urbanisme du Pays de Saint-Fulgent-Les-Essarts autorise l'implantation en zone agricole des " exploitations agricoles et forestières " et des " équipements d'intérêt collectif et services publics ". En l'espèce, le processus de méthanisation est basé sur la dégradation par des micro-organismes de matières organiques en vue d'obtenir un digestat, produit humide riche en matières organiques destiné à retourner au sol et du biogaz, énergie renouvelable produisant de l'électricité ou du carburant. Eu égard à ses caractéristiques et à la finalité qu'elle poursuit, l'usine de méthanisation qui fait l'objet du permis en litige, destinée notamment à injecter du biogaz dans le réseau public de distribution, constitue un équipement d'intérêt collectif au sens des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme, dont par suite les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir de la méconnaissance.
18.En deuxième lieu, les dispositions du plan local d'urbanisme relatives à " la qualité urbaine, architecturale et environnementale ", applicables à la zone agricole, prévoient que : " Installations nécessaires à la gestion des eaux pluviales et de ruissellement : Les accès sur voirie privée ou publique (ainsi que les accotements des voiries (trottoirs, pistes cyclables) ou les zones de stationnement devront éviter au maximum le ruissellement des eaux de pluie en assurant la perméabilité du sol par des matériaux poreux (exemple : dalles type dalles alévolaires engazonnes, stabilisé). / Surfaces non imperméabilisées ou éco-aménageables, espaces libres et de plantations : Les haies bocagères et arbres existants devront être conservées sauf nécessité justifiée d'abattage. En cas d'abattage (justifié), un arbre ou une haie bocagère d'essence similaire ou choisi dans la palette devra être replanté en préservant au mieux les continuités écologiques préexistantes ". En l'espèce, le projet, qui est implanté au bord de la voie publique, prévoit de diriger les eaux pluviales par des canalisations vers " une fosse géomembrane étanche de 850 m2 ", équipée d'une vanne de stockage. En outre, il ne prévoit pas la destruction de plantations déjà existantes. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir d'une méconnaissance de ces dispositions.
19.En dernier lieu, s'agissant de la protection du petit patrimoine au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme, les dispositions du plan local d'urbanisme applicables à la zone agricole, prévoient que " tous les travaux réalisés sur ces éléments doivent préserver leurs caractéristiques historiques ou culturelles, leur ordonnancement et les proportions de leur volumétrie, l'usage des matériaux d'origine ".Si les requérants font état de la protection au titre de ces dispositions relatives au petit patrimoine d'une construction sur la parcelle XR n°242, le projet ne prévoit la réalisation d'aucun travaux sur cet élément du patrimoine, situé à environ 80 mètres du terrain d'assiette du projet. Par suite, les requérants ne peuvent valablement se prévaloir d'une méconnaissance de ces dispositions.
En ce qui concerne l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme :
20.Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
21.Les dispositions du plan local d'urbanisme relatives à la zone agricole imposent des exigences moindres que celles des dispositions précitées de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, dont il y a lieu, par suite, de faire application.
22.Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
23.Le projet litigieux consiste à implanter, en zone agricole, sur une parcelle cultivée, une unité de méthanisation composée d'un container technique, un hangar de stockage, de 1 000 m2 et de 9 mètres de hauteur, en béton armé de teinte grise et bardage en acier laqué, des cuves de digestion, de maturation, d'une hauteur de 10,70 m, en tôles laquées beiges, et de trois cuves de stockage du digestat liquide, d'une hauteur de 11,30 m, en béton armé de teinte grise, ainsi que d'un poste d'épuration, un poste d'injection et un pont à bascule. Il ressort des pièces du dossier que le lieudit au sein duquel s'insère le terrain d'assiette du projet comporte déjà une exploitation agricole, avec une stabulation de vaches laitières, et se caractérise également, à la Renaudière, par un habitat pavillonnaire récent, implanté de manière linéaire de part et d'autre de la voie publique. L'environnement proche du projet est un paysage rural dépourvu de caractère ou d'intérêt, paysager ou patrimonial, notable et ne fait pas l'objet d'une protection paysagère, patrimoniale ou écologique particulière, notamment en tant que zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique ou de site Natura 2000. Si l'unité de méthanisation sera visible depuis les alentours, du fait de son volume et de la configuration des lieux, compte tenu de la proximité d'habitations, son impact visuel sera néanmoins atténué par l'implantation de haies de haute tige au sud-ouest et à l'est. Par ailleurs, les requérants ne peuvent utilement contester le choix par la pétitionnaire du site d'implantation dès lors qu'il incombe à l'autorité compétente en matière d'autorisations d'urbanisme de se prononcer au seul vu des règles d'urbanisme. Il en résulte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur qui serait manifeste dans l'appréciation de l'atteinte susceptible d'être portée par le projet litigieux à l'intérêt des lieux avoisinants.
En ce qui concerne l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :
24.Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation ou leurs dimensions, sont de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique. ".
25.En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
26.Les requérants font état de risques de nuisances olfactives, sonores et de risques de fuites de gaz et d'explosion. Toutefois, il résulte de l'instruction que le projet qui fait l'objet du permis de construire vise à retraiter à hauteur de 40 % des effluents d'élevage entrants issus de l'élevage déjà implanté au lieudit de la Renaudière qui produit des substrats de types fumier et lisier stockés sur place à l'air libre, que le stockage des matières à méthaniser hors matières végétales sera couvert et fermé, les lieux de stockage étant équipés d'un extracteur d'air avec laveur d'air ou biofiltre, que les digesteurs seront fermés et étanches, le temps de séjour dans les digesteurs relativement prolongé, et les digestats stockés à couvert. En outre, le projet ne prévoit aucun captage ni déversement, par débordement ou infiltration, dans le milieu naturel d'eaux sales résiduelles non traitées. Par ailleurs, s'agissant des risques d'incendies et d'explosion, le projet, implanté au-delà de la distance réglementaire d'isolement d'habitations tierces, prévoit les conditions de stockage et de transport du biogaz produit dans des conditions conformes à la réglementation, ainsi qu'un bassin de 300 m2 destiné à la lutte contre l'incendie. Les équipements de méthanisation seront équipés d'un dispositif de torchère et, si le projet prévoit un traitement du biogaz par l'ajout d'oxygène, il résulte de l'instruction que celui-ci est conçu de façon à n'être pas susceptible de créer de risque de surdosage. Il ressort également des pièces du dossier que dans son avis du 14 avril 2020, le service départemental d'incendie et de secours de la Vendée n'a pas émis de réserve particulière quant à la desserte des bâtiments et la défense extérieure contre l'incendie. Enfin, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir à l'encontre des décisions attaquées, des conditions de transport des matières entrantes et digestats et des modalités de leur épandage. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.
27.Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions attaquées.
Sur les frais liés au litige :
28.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, au titre des frais liés au litige. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme que la société Inject Environnement demande au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F et de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Inject Environnement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D F, représentant unique des requérants, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la société Inject Environnement.
Copie en sera adressée au préfet de la Vendée.
Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. B de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.
La rapporteure,
S. E
Le président,
A. B DE BALEINELa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne
au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires
en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce
requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026