mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2105021 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GUERIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoires enregistrés les 3 mai 2021 et 20 avril 2023, M. E A et la société Le Bosphore, représentés par Me Guérin, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 mars 2021 par laquelle le préfet de la région des Pays de la Loire a rejeté leur demande d'autorisation de travail ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Région Pays de la Loire de délivrer à M. A une autorisation de travail et ce, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande d'autorisation de travail et de munir M. A, dans l'attente de ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas de sa compétence ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il appartenait à l'administration de solliciter la communication des éléments manquants ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit en tant qu'elle est fondée sur les articles L. 313-8 à L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que M. A n'avait pas sollicité de changement de statut ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit en tant que le préfet devait vérifier si l'emploi en cause présentait des spécificités avant de se prononcer sur la situation du marché du travail ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit en tant que M. A pouvait exercer toute activité professionnelle à l'issue d'une période de deux ans, sur le fondement du 8° de l'article R. 5221-3 du code du travail ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait dans le montant du salaire de M. A ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le préfet n'a pas apprécié la situation de l'emploi et que le profil de M. A est en adéquation avec le poste.
Par un mémoire enregistré le 17 juin 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- l'arrêté interministériel du 18 janvier 2008 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Milin, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Une note en délibéré a été enregistrée pour le préfet de la Loire-Atlantique le 16 mai 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Le 29 septembre 2019, M. A, ressortissant turc né en 1991, est entré régulièrement en France sous le couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité de salarié valable du 13 septembre 2018 au 13 septembre 2019. Au mois de février 2019, il a quitté l'emploi de maçon-coffreur qu'il occupait au sein de l'entreprise qui avait sollicité son introduction en France. A une date qui ne ressort pas des pièces du dossier, la société Le Bosphore, qui exploite un restaurant, a sollicité de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire une autorisation de travail au profit de M. A, pour un emploi de cuisinier. Par la décision attaquée du 3 mars 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer l'autorisation de travail sollicitée.
2. La décision attaquée a été signée par M. C, directeur régional adjoint de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique a, par un arrêté du 26 février 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du département, donné délégation à M. D F, directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire par intérim, à l'effet de signer, dans le cadre des attributions dévolues à la partie de son service placée sous l'autorité du préfet de la Loire-Atlantique, toutes correspondances administratives et décisions à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives aux autorisations de travail aux ressortissants étrangers. M. F a, par un arrêté du 1er mars 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique, subdélégué cette compétence à son adjoint, M. B, directeur du travail, responsable de l'unité départementale de la Loire-Atlantique de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi et, en cas d'empêchement de celui-ci, à M. C. Il n'est pas soutenu que M. B n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait.
3. La décision attaquée comporte, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
4. La décision attaquée n'est pas fondée sur l'incomplétude de la demande d'autorisation de travail de M. A, de sorte que le moyen tiré de ce que l'administration aurait dû solliciter auprès de l'intéressé la production de documents complémentaires, sur le fondement de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, doit être écarté.
5. Aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : / 1° La situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, compte tenu des spécificités requises pour le poste de travail considéré, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail ; / 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule ; / Lorsque la demande concerne un étudiant ayant achevé son cursus sur le territoire français cet élément s'apprécie au regard des seules études suivies et seuls diplômes obtenus en France ; / 3° le respect par l'employeur, l'utilisateur mentionné à l'article L. 1251-1 ou l'entreprise d'accueil de la législation relative au travail et à la protection sociale ; / 4° Le cas échéant, le respect par l'employeur, l'utilisateur, l'entreprise d'accueil ou le salarié des conditions réglementaires d'exercice de l'activité considérée ; / 5° Les conditions d'emploi et de rémunération offertes à l'étranger, qui sont comparables à celles des salariés occupant un emploi de même nature dans l'entreprise ou, à défaut, conformes aux rémunérations pratiquées sur le marché du travail pour l'emploi sollicité ; / 6° Le salaire proposé à l'étranger qui, même en cas d'emploi à temps partiel, est au moins équivalent à la rémunération minimale mensuelle mentionnée à l'article L. 3232-1 ; (). ".
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée ne se fonde pas sur l'article L. 313-8 ou l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais se borne à citer ces articles à titre d'illustration des cas de figure dans desquels la délivrance d'une autorisation de travail peut ou doit être sollicitée. D'autre part, contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'administration était fondée à prendre en compte la situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande était formulée, l'emploi en cause, de cuisinier, ne présentant pas en tout état de cause de spécificités telles que la situation de l'emploi n'était pas opposable. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être, dans ses deux branches, écarté.
7. Aux termes de l'article R. 5221-3 du code du travail : " L'autorisation de travail peut être constituée par l'un des documents suivants : () 8° La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", délivrée en application du 1° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou le visa de long séjour valant titre de séjour mentionné au 7° de l'article R. 311-3 du même code, accompagné du contrat de travail visé. / Elle autorise à exercer une activité professionnelle salariée dans le respect des termes de l'autorisation de travail accordée. / A l'issue de la deuxième année de validité, elle autorise à exercer toute activité professionnelle salariée. / () ".
8. M. A s'est vu délivrer un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité de salarié valable du 13 septembre 2018 au 13 septembre 2019 pour occuper un emploi de maçon - coffreur. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce visa de long séjour aurait été renouvelé par la délivrance d'une carte de séjour temporaire par le préfet de la Loire-Atlantique pour une durée d'un an. Dès lors, M. A ne peut être regardé comme ayant sollicité le renouvellement de cette carte à l'issue de sa deuxième année de validité et ce, peu important la circonstance que l'intéressé ait été mis en possession de récépissés pendant l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que M. A pouvait exercer toute activité professionnelle sans avoir à solliciter d'autorisation de travail.
9. Pour rejeter la demande d'autorisation de travail de M. A, l'administration s'est fondée sur les motifs tirés de ce que cette demande portait sur un emploi de cuisinier ne figurant pas sur la liste annexée à l'arrêté du 18 janvier 2008, que la société employeuse ne justifiait pas de l'impossibilité de pourvoir cet emploi, que le salaire proposé était inférieur au salaire minimum et que, M. A ayant obtenu une première autorisation de travail en qualité de maçon-coffreur, " le métier occupé de cuisinier n'est pas en adéquation avec l'introduction déposée pour le métier de maçon-coffreur. ".
10. S'agissant du dernier motif de refus, l'administration ne pouvait pas se fonder uniquement sur la nature de l'emploi pour lequel M. A avait précédemment obtenu une autorisation de travail pour apprécier l'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postulait, de sorte que ce motif est entaché d'une erreur d'appréciation.
11. Toutefois, il est constant que, d'une part, l'emploi de cuisinier auquel était destiné M. A par la société Le Bosphore ne figurait pas au nombre des métiers pour lesquels, en ce qui concerne la région Pays de la Loire, la situation de l'emploi n'était pas opposable à une demande d'autorisation de travail aux termes de l'annexe de l'arrêté du 18 janvier 2008 susvisé et que, d'autre part, la société employeuse ne justifie pas de vaines tentatives de recrutement sur le poste. Par ailleurs, quand bien même la décision qui fait état d'un salaire mensuel brut de 1 113,51 euros au lieu de 1 173,51 euros est entachée d'une erreur matérielle, ce montant de 1 173,51 euros reste inférieur au montant du salaire minimum mensuel brut. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur ces motifs. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur de fait ou d'erreur d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A et de la société Le Bosphore doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A et de la société Le Bosphore est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Guérin.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2023 à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
La rapporteure,
C. MILIN
Le président,
A. DURUP DE BALEINE La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026