lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2105070 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | MARTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 mai 2021, Mme A B, représentée par Me Anne-Laure Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, opposées par un arrêté du préfet de la Sarthe pris le 22 avril 2021 ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" ou "vie privée et familiale" dans le délai d'un mois ;
3°) à défaut, d'enjoindre à cette même autorité de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente de la décision issue de cet examen une autorisation provisoire de séjour ;
4°) d'assortir l'une ou l'autre de ces injonctions d'une astreinte d'un montant de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le refus de séjour est entaché d'incompétence ;
- il a été opposé en méconnaissance de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît également ce dernier article 8.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2021, le préfet de la Sarthe demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme B.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée par ordonnance au 22 novembre 2021 à 12h00.
Des pièces, présentées pour Mme B, ont été enregistrées le 8 juin 2022. Elles n'ont pas été communiquées.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme B par une décision du 4 novembre 2021 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 23 juin 2022 à partir de 9h45.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B est une ressortissante congolaise (République du Congo) qui est née le 27 mai 1997. Elle est entrée sur le territoire français le 13 septembre 2018 au moyen d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante. Elle a sollicité du préfet de la Sarthe, le 11 août 2020, la délivrance d'une carte de séjour temporaire en invoquant sa volonté de poursuivre ses études en France et sa situation familiale. Par un arrêté du 22 avril 2021 pris par ce préfet, cette demande de titre de séjour a été rejetée et le refus de séjour ainsi opposé a été assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes des dispositions alors inscrites à l'article L. 313-7 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études () porte la mention "étudiant" () ".
3. Pour refuser de délivrer à Mme B ce titre de séjour, le préfet de la Sarthe a considéré que l'intéressée était inscrite au sein d'un établissement dispensant une formation à distance de sorte que le suivi de cette formation ne nécessitait pas son séjour en France.
4. Il ressort des pièces du dossier qu'au titre de l'année universitaire 2020-2021 pour laquelle elle a sollicité la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant", Mme B était, en vue de l'obtention d'un master, inscrite au sein de l'Institut d'enseignement à distance (INEAD) situé à Vitrolles (Bouches-du-Rhône) et que l'ensemble des enseignements et des examens attachés à ce diplôme de master se déroulent à distance. Quand bien même l'inscription dans cet établissement s'explique par la nécessité de concilier la prise en charge de son enfant né le 29 décembre 2018 avec la poursuite de ses études, en refusant de délivrer ce titre de séjour au motif que le suivi et l'obtention du master préparé par Mme B au sein de cet établissement ne nécessitait pas son séjour en France, le préfet de la Sarthe n'a pas entaché cette décision d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation.
5. Toutefois, en troisième lieu, la demande de titre de séjour présentée par Mme B a également été instruite par le préfet de Maine-et-Loire au regard des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile interdisant de porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale d'une ressortissante étrangère. Le préfet de Maine-et-Loire a, par l'arrêté attaqué, rejeté cette demande et relevé, par suite, que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales interdisant également de porter une telle atteinte n'était pas méconnu. Contrairement à ce que soutient le préfet de Maine-et-Loire dans son mémoire en défense, la méconnaissance de cet article ne suppose pas nécessairement de démontrer que la décision en cause est de nature à emporter des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle au regard de sa santé ou de son insertion.
6. Il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué que, pour estimer que Mme B ne pouvait prétendre à un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relever que ce refus de séjour ne méconnaissait pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préfet de Maine-et-Loire a retenu que l'intéressée était célibataire, qu'elle était entrée en France à l'âge de 21 ans, trois mois avant la naissance de son enfant, qu'elle ne justifiait pas d'une vie commune avec le père de l'enfant, qu'elle avait vécu auparavant en République du Congo et aux Etats-Unis et que son propre père vivait encore dans son pays d'origine.
7. Il ressort des pièces du dossier que depuis qu'elle est entrée en France, Mme B a toujours séjourné de manière régulière dès lors qu'elle a disposé d'un visa de long séjour et d'un titre de séjour en qualité d'étudiante, et que si le père de son enfant, dont la nationalité congolaise est au demeurant justifiée par les pièces produites au dossier, l'a reconnu, il vit à Dubaï (Emirats arabes unis) et ne s'y intéresse pas, de sorte que le préfet de Maine-et-Loire ne saurait opposer à la requérante l'absence de vie commune avec le père de cet enfant. Il ressort également des pièces du dossier que Mme B a accouché alors qu'elle suivait des études à Montpellier (Hérault) et qu'au regard des conséquences de son accouchement sur son état de santé et de la difficulté de concilier ses études avec la prise en charge de son enfant, sa mère, qui séjourne régulièrement en France depuis l'année 2007, l'a convaincue de venir s'installer au Mans (Sarthe). Il ressort encore des pièces du dossier que le frère de la requérante, né en 1999, et ses trois sœurs nées en 2003, 2007 et 2010, dont l'une est française, vivent également au Mans avec leur mère et que des liens ont été maintenus avec ces membres de la famille de Mme B lorsqu'elle étudiait aux Etats-Unis. Au regard de l'ensemble de ces éléments qui démontrent que l'essentiel des attaches familiales de la requérante se trouvent en France, le refus de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" doit être regardé comme portant une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B et comme méconnaissant, par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Au regard de ces mêmes éléments, l'obligation de quitter le territoire français méconnaît également ces mêmes stipulations.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation des décisions, opposées par l'arrêté du préfet de la Sarthe pris le 22 avril 2021, lui refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement annule la décision refusant la délivrance à Mme B d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au motif qu'elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Eu égard à ce motif et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'un changement de circonstances serait intervenu depuis la décision annulée, le présent jugement implique nécessairement la délivrance de ce titre de séjour à Mme B. En conséquence, il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer cette autorisation de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir le prononcé de cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme B n'est pas la partie perdante dans la présente instance et a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Martin, avocate de Mme B, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée à la requérante.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions, opposées par l'arrêté du préfet de la Sarthe du 22 avril 2021, refusant à Mme B la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer à Mme B, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale".
Article 3 : L'Etat versera à Me Martin la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par Mme B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de la Sarthe et à Me Anne-Laure Martin.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.
Le rapporteur,
D. D
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
S. BARBERA
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. BARBERA
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026