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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2105225

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2105225

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2105225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantFLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2021, M. B F, représenté par Me Marie-Laure Floch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°A109-T04 du 8 mars 2021 de la présidente de Nantes Métropole, portant réglementation de la circulation et du stationnement des deux-roues motorisées dans les aires piétonnes de Nantes ;

2°) de mettre à la charge de Nantes Métropole une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- L'article 2 de cet arrêté porte une interdiction à caractère général et absolu relative à la circulation des deux-roues motorisés et une atteinte disproportionnée à la liberté du commerce et de l'industrie ainsi qu'à la liberté de circuler ;

- l'arrêté est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2021, Nantes Métropole, représentée par la SCP Chmidt Vergnon Pelissier Thierry Eard-Aminthas et Tissot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. F une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du 28 juillet 2021 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 11 septembre 2024 à 10h :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. E,

- et les observations de Me Tissot, représentant Nantes Métropole.

Une note en délibéré, enregistrée le 11 septembre 2024, a été présentée pour Nantes Métropole et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n°A109-T04 du 8 mars 2021, la présidente de Nantes Métropole a réglementé la circulation et le stationnement au sein des aires piétonnes de la ville de Nantes des deux-roues motorisés. Par la présente requête, M. B F, chauffeur-livreur pour une société de livraison de repas à domicile, demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques. () ". Aux termes de l'article L. 2213-1 du même code : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et l'ensemble des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'État dans le département sur les routes à grande circulation. A l'extérieur des agglomérations, le maire exerce également la police de la circulation sur les voies du domaine public routier communal et du domaine public routier intercommunal, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 2213-2 du même code : " Le maire peut, par arrêté motivé, eu égard aux nécessités de la circulation et de la protection de l'environnement : () / 2° Réglementer l'arrêt et le stationnement des véhicules ou de certaines catégories d'entre eux, ainsi que la desserte des immeubles riverains. () ". L'article L. 2213-4 du même code dispose que : " Le maire peut, par arrêté motivé, interdire l'accès de certaines voies ou de certaines portions de voies ou de certains secteurs de la commune aux véhicules dont la circulation sur ces voies ou dans ces secteurs est de nature à compromettre soit la tranquillité publique, soit la qualité de l'air, soit la protection des espèces animales ou végétales, soit la protection des espaces naturels, des paysages ou des sites ou leur mise en valeur à des fins esthétiques, écologiques, agricoles, forestières ou touristiques. () ".

4. Par ailleurs, aux termes du quatrième alinéa du A du I de l'article L. 5211-9-2 de ce même code : " Sans préjudice de l'article L. 2212-2 et par dérogation aux articles L. 2213-1 à L. 2213-6-1, lorsqu'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre est compétent en matière de voirie, les maires des communes membres transfèrent au président de cet établissement leurs prérogatives en matière de police de la circulation et du stationnement ".

5. En application des dispositions précitées, il appartient au maire de règlementer la circulation et le stationnement à l'intérieur de son agglomération. Il peut toutefois transférer ce pouvoir aux présidents des établissements publics de coopération intercommunale compétents en matière de police de la circulation et du stationnement, en application du quatrième alinéa du A du I de l'article L. 5211-9-2 de ce code.

6. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué, qu'il a été signé pour la présidente de Nantes Métropole par M. D A, 11ème vice-président en charge des finances, de l'évaluation des politiques publiques, des affaires générales et des polices spéciales, qui a reçu délégation, par un arrêté de la présidente de Nantes Métropole n°2020-539 du 21 juillet 2020, à l'effet de signer, sous la surveillance et la responsabilité de la présidente de Nantes Métropole : " tous actes, documents, lettres, convocations, contrats, conventions et avenants nécessaires à l'exécution des délibérations prises par le conseil de Nantes Métropole ou le bureau ", ou " tous actes, documents, lettres, convocations, contrats, conventions et avenants s'inscrivant dans les délégations accordées à la présidente de Nantes Métropole par le conseil métropolitain par délibération du 17 juillet 2020 ". Il ressort des termes de cette délégation que les actes dont la signature est déléguée sont ceux qui sont nécessaires à l'exécution de délibérations ou qui s'inscrivent dans les délégations accordées à la présidente de Nantes Métropole par le conseil métropolitain. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier, qu'une délibération soit intervenue pour règlementer le stationnement ou la circulation des deux-roues motorisés à l'intérieur dans les aires piétonnes de la ville de Nantes, ni que le conseil métropolitain ait entendu déléguer cette compétence à la présidente de Nantes Métropole. Par suite, en admettant que la maire de Nantes ait transféré à la présidente de Nantes Métropole ses prérogatives en matière de police de la circulation et du stationnement, en l'absence de délégation consentie par la présidente de Nantes Métropole à M. A à l'effet de signer les arrêtés pris dans cette matière, le vice-président était sans compétence pour prendre un arrêté règlementant la circulation et le stationnement des deux roues motorisées dans les aires piétonnes de la ville de Nantes.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B F est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 8 mars 2021 de la présidente de Nantes Métropole.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Nantes Métropole demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

9. M. F a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle au taux de 25%. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Nantes Métropole qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 400 euros au profit de Me Floch, son avocate, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cette avocate au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée au requérant.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté attaqué de la présidente de Nantes Métropole du 8 mars 2021 est annulé.

Article 2 : Nantes Métropole versera une somme de 400 euros à Me Floch en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 3 : Les conclusions présentées par Nantes Métropole au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à Nantes Métropole et à Me Floch.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

Mme Claire Martel, première conseillère,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La rapporteure,

J-K. C

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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