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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2105244

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2105244

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2105244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mai 2021, Mme E C, représentée par Me Hamid Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement, opposées par arrêté du préfet de Maine-et-Loire pris le 26 avril 2021 ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Kaddouri de la somme de 1 800 euros en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le refus de séjour est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- il a été opposé en méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles ne sont pas suffisamment motivées ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors que le refus de séjour est lui-même illégal ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est également entachée d'illégalité ;

- cette décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préfet s'étant par ailleurs estimé lié par les décisions rejetant sa demande d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2021, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme C.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme C par une décision du 23 novembre 2021 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 septembre 2022 à partir de 9h20.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E C est une ressortissante de nationalité arménienne qui est née le 19 janvier 1955. Elle est entrée en France le 21 août 2018 après avoir obtenu un visa d'entrée et de court séjour délivré par les autorités grecques. La demande d'asile, qu'elle a présentée le 24 août suivant, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 14 février 2019 puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 20 mai 2019. Mme C a, le 10 septembre 2020, saisi le préfet de Maine-et-Loire d'une demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions alors inscrites à l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 avril 2021, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande, obligé l'intéressée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement. Mme C demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de séjour :

2. Aux termes des dispositions alors inscrites à l'article L. 313-14 du même code : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir () ".

3. En premier lieu, l'arrêté du 26 avril 2021 a été signé, non par le préfet de Maine-et-Loire, mais "pour le préfet" par Mme A B en qualité de secrétaire générale de la préfecture de ce département. Cette dernière bénéficiait, par arrêté de ce préfet, pris le 22 février 2021 et publié le 24 février suivant au recueil des actes administratifs de ce département, d'une délégation à l'effet de signer les décisions relatives au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, en vertu des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être motivée, c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

5. Il ressort de la lecture de l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 26 avril 2021 qu'il vise les dispositions citées au point 2 et qu'il expose les raisons pour lesquelles il a estimé que Mme C ne justifiait d'aucun motif exceptionnel ou considération humanitaire permettant la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus de séjour doit être écarté.

6. En troisième lieu, il résulte de la combinaison des dispositions alors inscrites aux articles L. 312-2 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsqu'une ressortissante étrangère sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de ce dernier article, le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour uniquement lorsque cette ressortissante justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de 10 ans. Dans ces conditions, Mme C, qui est entrée en France en 2018, ne peut utilement soutenir que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie.

7. En quatrième lieu, à la date de la décision attaquée, Mme C ne séjournait sur le territoire français que depuis 2 ans et 7 mois et s'est maintenue sur ce territoire malgré une obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée le 29 mars 2019 à la suite du rejet de sa demande d'asile. Elle se prévaut de la présence en France de ses 3 enfants, dont l'un est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention "vie privée et familiale", valable jusqu'en janvier 2023. Toutefois, elle n'apporte aucun élément montrant la réalité des liens qu'elle entretiendrait avec eux, seule l'indication d'une domiciliation chez ce dernier ressortant du dossier. Elle se borne par ailleurs à alléguer qu'elle est dépourvue d'attaches familiales dans son pays en avançant que son mari est décédé. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet de Maine-et-Loire n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission au séjour de Mme C ne répondait à aucune considération humanitaire et ne se justifiait pas par des motifs exceptionnels. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, le refus de séjour en litige ne peut être regardé, d'une part, comme portant une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante et, par suite, comme méconnaissant l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'autre part, comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation de l'intéressée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, la délégation de signature mentionnée au point 3 du présent jugement couvre également les décisions énonçant une obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'obligation de quitter le territoire français opposée à Mme C ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, en vertu des dispositions alors inscrites à l'avant-dernier alinéa du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas, lorsqu'elle est, comme en l'espèce, fondée sur les dispositions alors mentionnées au 3° de ce même I, à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de séjour. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5, le refus de séjour opposé à Mme C est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre doit être écarté.

11. En troisième lieu, l'ensemble des moyens critiquant la légalité du refus de séjour opposé à la requérante ayant été écartés aux points 3 à 8, elle n'est pas fondée à invoquer l'illégalité de cette décision pour obtenir l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

12. En quatrième lieu, pour les motifs auxquels se réfère le point 8, l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi ne peuvent être regardées, d'une part, comme méconnaissant l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'autre part, comme entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation de l'intéressée.

13. En cinquième lieu, la délégation de signature mentionnée au point 2 du présent jugement couvre aussi les décisions fixant le pays de renvoi d'une ressortissante étrangère faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision fixant le pays de renvoi de Mme C ne peut qu'être écarté.

14. En sixième lieu, il ressort des termes de l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 26 avril 2021 qu'il vise l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il énonce qu'il ne ressort pas de la situation de Mme C qu'elle serait exposée à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision fixant son pays de renvoi doit être écarté.

15. En septième lieu, l'ensemble des moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, la requérante n'est pas fondée à invoquer l'illégalité de cette mesure d'éloignement pour obtenir l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

16. En dernier lieu, il ressort de la motivation de cette décision que le préfet de Maine-et-Loire ne s'est pas estimé lié par les décisions rejetant la demande d'asile de Mme C pour considérer qu'une décision fixant son pays d'origine comme pays de renvoi pouvait être prononcée à son encontre. L'intéressée ne justifiant pas, et ne précisant d'ailleurs pas, les risques qu'elle allègue encourir en cas de retour en Arménie, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales auquel renvoie l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 26 avril 2021 pris par le préfet de Maine-et-Loire à l'encontre de Mme C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Hamid Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

Le rapporteur,

D. D

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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