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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2105374

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2105374

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2105374
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPECHEUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 mai 2021 et le 2 janvier 2022, M. et Mme A B demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 mars 2021 lequel le maire de Talmont-Saint-Hilaire a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif pour la construction d'une maison d'habitation sur un terrain situé au chemin du Grand Quézeau, sur la parcelle cadastrée section CX n°238.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il se fonde sur le motif tiré de ce que la servitude d'espace boisé classé sur l'ensemble du terrain d'assiette du projet ferait obstacle à toute nouvelle construction, alors qu'elle est classée en zone UBb du plan local d'urbanisme de la commune ;

- le motif tiré de l'atteinte à l'espace boisé classé identifié est entaché d'une erreur d'appréciation, dès lors que le projet de construction d'une habitation avec une surface de plancher limitée n'entraîne pas de changement de l'affectation des sols ni ne compromet la conservation et la protection du boisement en cause alors que la parcelle présente les caractéristiques d'une " dent creuse ", accessible depuis la voie publique, viabilisée et entourée de constructions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2021, la commune de Talmont-Saint-Hilaire, représentée par Me Pécheul, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- l'arrêté attaqué peut être légalement fondé sur un autre motif tiré de ce que l'opération projetée par les requérants, tenant à la construction d'une maison d'habitation compromet la conservation et la protection de l'espace boisé classé identifié par le plan local d'urbanisme sur l'ensemble du terrain d'assiette du projet, qui est entièrement boisé ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,

- et les conclusions de M. Marowki, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a déposé le 20 janvier 2021 une demande de certificat d'urbanisme opérationnel pour la construction d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée section CX n°238, d'une superficie de 358 m2 située chemin du Grand Quézeau à Talmont-Saint-Hilaire, classée en zone UBb du plan local d'urbanisme de la commune. Par un arrêté du 18 mars 2021, dont M. et Mme B demandent l'annulation, le maire de Talmont-Saint-Hilaire a délivré un certificat d'urbanisme négatif pour la réalisation de ce projet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer, qu'ils relèvent ou non du régime forestier, enclos ou non, attenant ou non à des habitations. Ce classement peut s'appliquer également à des arbres isolés, des haies ou réseaux de haies ou des plantations d'alignements " et aux termes de l'article L. 113-2 du même code : " Le classement interdit tout changement d'affectation ou tout mode d'occupation du sol de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements. / () ". Pour refuser une autorisation de travaux sur la base des dispositions de l'article L. 113-2 du code de l'urbanisme, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'apprécier si la construction ou les travaux projetés sont de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création de boisements.

3. L'arrêté attaqué a été pris au motif que " l'ensemble du terrain d'assiette du projet était situé en espaces boisés classés à conserver ou à créer au titre de l'article L. 130-1 [du code de l'urbanisme] et ne peut donc pas recevoir de nouvelle construction. ".

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du règlement graphique du plan local d'urbanisme de Talmont-Saint-Hilaire, que l'ensemble de la parcelle cadastrée section CX n°238 est grevée d'une servitude d'espace boisé classé. Si cette servitude interdit, en application des dispositions précitées de l'article L. 113-2 du code de l'urbanisme, tout mode d'occupation du sol de nature à compromettre la conservation ou la création des boisements, elle ne fait pas obstacle à toute construction qui répondrait aux exigences posées par ces dispositions. Il en résulte que les requérants sont fondés à soutenir qu'en s'opposant au projet au motif que la servitude d'espace boisé classé identifiée sur l'ensemble de la parcelle " ferait obstacle à toute construction ", le maire de Talmont-Saint-Hilaire a fait une inexacte application des dispositions précitées du code de l'urbanisme.

5. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. La commune de Talmont-Saint-Hilaire fait valoir en défense que le projet de construction d'une maison d'habitation sur la parcelle en cause est de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création de l'espace boisé classé identifié sur cette parcelle. Le mémoire de la commune a été communiqué aux requérants, qui ont été mis à même de formuler des observations sur la substitution de motifs ainsi sollicitée.

7. La parcelle cadastrée section CX n°238, non bâtie, recouverte de végétation et comprenant de nombreux arbres de haute tige, qui s'insère dans un vaste massif boisé identifié par le règlement graphique du plan local d'urbanisme et recoupant en partie la zone Natura 2000 " Marais de Talmont et zones littorales entre Les Sables et Jard-sur-Mer ", est grevée, dans sa totalité, d'une servitude d'espace boisé classé. La construction d'une maison d'habitation, quand bien même la surface de plancher créée serait limitée à 40 m2, est de nature, par sa proximité immédiate avec les parties boisées du terrain, à compromettre la conservation et la protection de cet espace boisé classé, caractérisé par la présence d'arbres de haute tige, en faisant obstacle, en particulier, à l'intérieur de cette fraction, à leur développement racinaire ainsi qu'au maintien des hauts faîtages présents. La circonstance que la parcelle soit classée en zone constructible, entourée pour partie de constructions, accessible depuis la voie publique et viabilisée, est sans incidence. Ainsi, la décision attaquée est légalement fondée sur le motif tiré de ce que le projet présenté par les requérants est de nature à compromettre la conservation et la protection de l'espace boisé classé qui grève le terrain d'assiette du projet. Il résulte de l'instruction que le maire de Talmont-Saint-Hilaire aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif. Dans ces conditions, il y a lieu de procéder à la substitution de motif demandée par la commune de Talmont-Saint-Hilaire, qui ne prive les requérants d'aucune garantie.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et à la commune de Talmont-Saint-Hilaire.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

S. THOMAS

La présidente,

H. DOUET

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée

en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

le greffier,

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