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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2105431

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2105431

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2105431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL DESMARS BELONCLE BARZ CABIOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 mai 2021 et 8 février 2022, M. A C, représenté par Me Cabioch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et, en tout état de cause, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- sa motivation est insuffisante ; sa situation de concubinage avec une ressortissante française a été totalement éludée ; son projet de mariage n'est pas mentionné ;

- sa situation personnelle n'a pas fait l'objet d'un examen préalable approfondi ;

- il n'est pas démontré que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ait émis un avis régulier sur son état de santé ; le médecin rapporteur doit ne pas avoir participé à la délibération du collège ; la compétence de ce médecin rapporteur, dont on ignore s'il a été désigné par le directeur de l'OFII, n'est pas démontrée ;

- le préfet a commis une erreur de droit en se croyant en situation de compétence liée par rapport à l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il ne pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité d'étranger malade sur le fondement des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ; il est suivi pour deux pathologies, des troubles psychologiques et une pancréatite aigüe nécrosante ; il bénéficie d'un traitement médicamenteux régulier ; tant ce traitement que le suivi médical dont il a besoin sont inaccessibles dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- le préfet a méconnu les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le préfet a commis une erreur de fait en mentionnant qu'il était célibataire ; il réside depuis plus d'un an et demi avec Mme B, ressortissante française ; son projet de mariage préexistait à la décision attaquée ; il a trouvé en France la sérénité dont il ne bénéficiait pas dans son pays d'origine ; il justifie de la nécessité pour lui de rester en France auprès de Mme B devenue son épouse le 3 avril 2021 après plus d'une année de vie commune ; le refus de séjour litigieux est constitutif d'une erreur manifeste d'appréciation des faits de la cause ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il remplit les conditions pour bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour ; le préfet n'a pas examiné sa demande au regard de cet article ; il justifie d'un projet d'insertion professionnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- sa motivation est insuffisante ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a méconnu les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 20 janvier et 11 février 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 mai 2022 :

- le rapport de M. Martin, président-rapporteur,

- et les observations de Me Renaud, substituant Me Cabioch, avocat de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 26 avril 1986, déclare être entré irrégulièrement en France, via l'Espagne, le 28 août 2019. Il a déposé une demande d'asile le 27 septembre suivant et a été placé en " procédure Dublin ". Par un arrêté du 13 février 2020, le préfet de Maine-et-Loire a ordonné son transfert en Espagne. Le délai de transfert a toutefois expiré sans que l'intéressé ne justifie avoir quitté le territoire français. Le 18 avril 2019, il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé sur le fondement du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par un arrêté du 19 mars 2021, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé l'Algérie comme pays de renvoi. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. En l'espèce, l'arrêté en litige du 19 mars 2021, en tant qu'il porte refus de séjour, vise les textes dont il fait application, et notamment les article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et notamment son article 6, 7°. Il mentionne qu'un avis a été émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 29 décembre 2020, qu'il ressort de cet avis que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, son état de santé lui permet de voyager sans risque. Ce même arrêté ajoute qu'au regard des données relatives à la politique de santé en Algérie, de la densité des infrastructures sanitaires publiques et de la nature du système de santé fondé sur la gratuité, M. C peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, qu'il pourra ainsi y poursuivre les soins initiés en France dont il a besoin, que si l'intéressé, célibataire et sans enfant, est présent sur le territoire depuis un an, il ne peut se prévaloir de liens personnels et familiaux en France tels qu'au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, il serait porté une atteinte manifestement excessive à son droit au respect de la vie privée et familiale et que rien ne s'oppose à ce qu'il poursuive sa vie privée et familiale dans son pays d'origine, où il a vécu pendant trente-trois ans et où résident ses parents et sa fratrie. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit et en fait. Si M. C reproche au préfet de ne pas avoir fait état de sa relation de concubinage et de son projet de mariage avec une ressortissante française, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il en ait informé le préfet avant la prise de l'arrêté attaqué. Dès lors, cette omission ne saurait suffire à établir que le préfet n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation personnelle du requérant avant de rejeter sa demande de titre de séjour.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Aux termes de l'article R. 313-22 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux demandes de certificats de résidence présentées par des ressortissants algériens : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Selon l'article R. 313-23 alors en vigueur de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 313-22. Le médecin de l'office () transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () / Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".

5. Ni le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni aucun autre texte ne prévoient la communication à l'intéressé du rapport médical fondant l'avis du collège de médecins de l'OFFI, qui en l'espèce a été rendu le 29 décembre 2020 et est produit à l'instance par le préfet de la Loire-Atlantique. Il ressort des pièces du dossier que cet avis a été signé par les trois médecins qui composent le collège et, ainsi qu'en atteste le bordereau de transmission également produit dans le cadre de la présente instance, que le rapport préalable à cet avis a été établi le 24 novembre 2020 par un médecin qui n'a pas siégé au sein de ce collège. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne résulte pas des dispositions de l'article 5 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016 que le médecin chargé du rapport médical ne serait compétent à cet effet qu'à la condition de figurer sur une liste de médecins désignés pour participer au collège à compétence nationale de l'OFII, liste arrêtée par une décision du directeur général de l'OFII. Le moyen invoqué en ce sens ne peut dès lors qu'être écarté. Par ailleurs, l'avis du collège de médecins porte la mention : " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, et est revêtu de la signature des trois médecins composant le collège. Le caractère collégial de l'avis émis est ainsi établi. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'avis du collège de médecins de l'OFII aurait été émis au terme d'une procédure régulière doit être écarté en toutes ses branches.

6. En troisième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect du secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et d'établir l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi et de la possibilité pour l'intéressé d'y accéder effectivement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Pour refuser la délivrance du titre de séjour demandé, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé notamment sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 29 décembre 2020 selon lequel, comme il a été dit au point 3, si l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Algérie, pays dont il est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

8. D'une part, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet se serait cru lié par cet avis et aurait ainsi méconnu l'étendue de sa propre compétence en s'abstenant de procéder à un examen particulier de la situation du requérant dans son ensemble. D'autre part, M. C déclare souffrir de deux pathologies, des troubles psychologiques et une pancréatite aigüe nécrosante. S'agissant des troubles psychologiques, l'intéressé justifie être suivi par un psychiatre qui lui a prescrit du Loxapac, un neuroleptique, et du Lyrica, un antiépileptique. Il ne fournit cependant aucune indication sur l'évolution de son état, ni sur une indisponibilité de ces médicaments en Algérie. S'agissant de la pancréatite aigüe nécrosante, il ressort des pièces versées au dossier qu'il s'agit d'une maladie chronique qui nécessite, en cas de crise inflammatoire douloureuse, une hospitalisation et, entre les crises, un simple suivi. Le requérant soutient que la prise en charge dont il pourrait bénéficier en Algérie ne serait pas satisfaisante et que, de surcroît, ses revenus seraient insuffisants pour lui permettre de bénéficier des traitements requis. Toutefois, s'il produit un extrait d'un article sur " les nouveaux déterminants de la demande de sécurité sociale : le cas de la région d'Alger " paru en 2016 dans la revue Retraite et société, ce document ne suffit pas à établir que M. C, qui ne soutient pas qu'il serait dans l'impossibilité de travailler, ne pourrait bénéficier d'aucune couverture sociale et ne pourrait avoir accès, même dans le secteur public, aux soins nécessités par son état de santé. Par suite, en estimant que le requérant pouvait bénéficier effectivement d'un traitement adapté à sa pathologie en Algérie, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Dans ces conditions, en refusant le titre de séjour sollicité, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Il n'a pas non plus commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. C.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 sur le fondement du troisième alinéa de cet article peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7 () ".

10. Il est constant que M C n'a pas demandé de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel article n'est, en tout état de cause, pas applicable aux ressortissants algériens. Le préfet n'était nullement tenu d'examiner d'office la possibilité pour le requérant de bénéficier d'une régularisation exceptionnelle de sa situation administrative. Le moyen tiré par le requérant de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage à son profit de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, alors qu'il en remplirait toutes les conditions, ne peut, dès lors, qu'être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

12. D'une part, il est constant que M. C a n'a pas demandé de titre de séjour sur le fondement des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Le préfet n'était nullement tenu d'examiner d'office son droit au séjour à ce titre. Le moyen tiré par le requérant de ce que le préfet aurait méconnu ces stipulations en ne lui délivrant pas le titre de séjour qu'elles prévoient, alors qu'il en remplirait toutes les conditions, ne peut, dès lors, qu'être écarté.

13. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré sur le territoire français le 28 août 2019 et qu'il s'y est maintenu de façon irrégulière du fait de l'inexécution d'un arrêté ordonnant son transfert en Espagne. S'il se prévaut de sa relation avec une ressortissante française, avec laquelle il vivait en concubinage à la date de la décision attaquée, les documents qu'il produit, à savoir quelques photos du couple, des attestations peu circonstanciées selon lesquelles la vie commune a débuté le 12 janvier 2020 et des courriers de fournisseurs d'énergie justifiant d'une adresse commune, ne suffisent pas à établir qu'à la date du refus de séjour litigieux, la relation entre M. C et sa compagne, encore récente, présentait un caractère stable et durable. Si les intéressés se sont mariés le 3 avril 2021, cette union, célébrée deux semaines après la date de la décision attaquée, permet seulement à M. C, s'il s'y croit fondé et alors même que les démarches préalables au mariage avaient nécessairement été engagées avant cette dernière date, à solliciter pour l'avenir la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de Française. Ainsi, le préfet n'a pas commis d'erreur de fait en qualifiant M. C, dans son arrêté, de célibataire, ce que l'intéressé avait du reste lui-même déclaré dans sa demande de titre de séjour. En outre, le requérant n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans. S'il produit une déclaration préalable à l'embauche remplie à son intention, le 3 décembre 2021, par une boucherie nantaise pour un recrutement à compter du 3 janvier 2022, ce document est, en tout état de cause, postérieur à la décision attaquée. Dans ces conditions, le refus de séjour attaqué n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas annulée, eu égard à ce qui vient d'être dit, M. C n'est pas fondé à se prévaloir de cette annulation pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

15. En deuxième lieu, aux termes du I de l'article L. 511-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I () ". Le 3° du I de cet article est relatif à l'hypothèse, qui correspond à la situation de M. C, où l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. C s'est vu opposer un refus de titre de séjour suffisamment motivé. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français accompagnant ce refus de séjour n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Le moyen tiré par le requérant de l'insuffisante motivation de cette obligation doit, dès lors, être écarté.

16. En troisième lieu, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 13.

17. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 511-4 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ".

18. Ainsi qu'il a été dit au point 8 du présent jugement, si l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, l'Algérie, et voyager sans risque. Ainsi, pour ces mêmes raisons, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet aurait méconnu les dispositions, citées ci-dessus, du 10° de l'article 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

19. En l'absence d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, eu égard à ce qui vient d'être dit, M. C n'est pas fondé à se prévaloir de cette annulation pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision fixant le pays de renvoi.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 19 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

21. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. C entraine, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

22. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au profit de son conseil par M. C, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance..

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Cabioch.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2022, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

L. MARTINL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

D. LABOUYSSE

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

lf

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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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