vendredi 22 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2105446 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mai 2021, complétée par des productions de pièces les 2 septembre 2021 et 30 décembre 2021, M. C D, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle ne répond pas à la demande de titre de séjour " salarié " ;
- elle méconnaît l'article 6, 4. de l'accord franco-algérien dès lors qu'il justifie participer à l'éducation et l'entretien de son enfant depuis au moins un an, condition alternative à celle tenant à l'entretien de relations régulières et constantes avec l'enfant ;
- elle méconnaît les articles 6, 5. de cet accord et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le motif tiré de l'atteinte à l'ordre public ne peut lui être opposé ;
- l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est méconnu ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle méconnaît l'article L. 511-4, 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2022 le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mai 2021.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mlle Wunderlich, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant algérien né le 4 février 1983, déclare être entré en France en septembre 2017. Sa demande de délivrance d'un certificat de résidence en qualité de parent d'enfant français a été rejetée par arrêté du 28 septembre 2018, portant en outre obligation de quitter le territoire français, qui a été annulé comme entaché d'erreur de droit le 30 janvier 2019 par jugement n° 1810111 de ce tribunal enjoignant au préfet de procéder à un nouvel examen de cette demande dans un délai de deux mois. En exécution de ce jugement, la commission du titre de séjour, saisie le 15 février 2021, ayant émis un avis défavorable le 29 mars 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a pris le 20 avril 2021 un nouvel arrêté portant refus de délivrance d'un certificat de résidence, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision litigieuse vise les articles de l'accord franco-algérien dont elle fait application et comporte des éléments, dont l'administration avait connaissance et qu'elle a pris en considération, relatifs à la biographie, la situation personnelle, professionnelle et familiale de M. D. Elle est, par suite, suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.
3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient l'intéressé, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a tenu compte des éléments que M. D a fait valoir pendant l'instruction de sa demande et postérieurement à l'avis de la commission du titre de séjour, tenant au souhait du requérant d'être autorisé à séjourner en France pour y exercer une activité salariée, et a répondu à cette demande.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4. Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résident en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an. ".
5. Le refus de délivrance d'un certificat de résidence en qualité de parent d'enfant français une nouvelle fois opposé à M. D est fondé sur ce que l'intéressé ne justifie pas participer à l'entretien et à l'éducation de son fils depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an et que l'exercice exclusif de l'autorité parentale a été attribué à la mère de l'enfant par ordonnance du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Nantes en date du 17 mai 2018.
6. M. D est le père de l'enfant Amir D, né le 19 septembre 2017 à Lyon de sa relation avec une ressortissante française, Mme A B, et reconnu par ses deux parents le 26 juin 2017. Par ordonnance en date du 17 mai 2018, rectifiée le 21 novembre 2019, le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Nantes, constatant la séparation du couple depuis février 2018, a attribué à la mère l'exercice exclusif de l'autorité parentale sur cet enfant, fixé sa résidence au domicile de cette dernière, le père bénéficiant d'un droit de visite devant s'exercer dans les locaux de l'UDAF une heure au plus deux fois par mois pour une durée de six mois renouvelable une fois à compter de la première visite, et fixé la contribution mensuelle à l'entretien et l'éducation de l'enfant, devant être versée par le père à la mère, à la somme de 120 euros par mois payable d'avance au domicile de la mère avant le 5 de chaque mois par virement bancaire.
7. M. D, auquel il appartient de démontrer qu'il subvient effectivement aux besoins de son fils, fait valoir qu'il a produit au soutien de sa requête dirigée contre le précédent refus de délivrance d'un certificat de résidence diverses factures attestant de l'achat de matériel et produits destinés à l'enfant au cours de la période allant du mois d'août 2017 au mois de juin 2018 ainsi que des mandats de versements mensuels au bénéfice de Mme B d'un montant de 100 euros de juin à octobre 2018. Il précise que la première visite a eu lieu le 27 juillet 2018 et qu'il y a eu reprise de la vie commune de mars à octobre 2020 -période pendant laquelle il a néanmoins continué à verser à la mère de l'enfant la contribution, mais pas par virement bancaire pour les mois de juin, juillet et août 2020 au cours desquels il n'avait ni emploi ni revenus-, la mère faisant par la suite obstacle à l'exercice de ses droits. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la preuve du versement par M. D de la pension alimentaire n'est rapportée que pour la période allant de juin à octobre 2018, pour huit mois en 2020 et quatre des mois en 2021, aucun justificatif n'étant produit pour l'année 2019. Aucune pièce du dossier ne vient par ailleurs corroborer les allégations M. D tenant à la reprise de la vie commune et aux difficultés rencontrées pour exercer son droit de visite en raison de l'attitude et de la situation matérielle de Mme B. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 6, 4. de l'accord franco-algérien en estimant que M. D ne pouvait bénéficier de plein droit de la délivrance d'un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'ascendant direct d'un enfant français mineur résident en France.
8. En quatrième lieu, le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est en outre délivré de plein droit, aux termes du 5. de l'article 6 de l'accord-franco algérien, au ressortissant algérien " qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. M. D se prévaut de ce qu'il a quitté l'Algérie en 2011, est le père d'un enfant français mineur, qui réside en France, aux besoins duquel il contribue à proportion de ses revenus et avec lequel il a vécu jusqu'en février 2018 puis de mars à octobre 2020, bénéficie d'un droit de visite qu'il peine désormais à exercer et a travaillé d'avril à septembre 2018 et depuis avril 2019 en contrat à durée déterminée puis indéterminée (depuis août 2019) pour une société de transport en qualité de livreur puis manager. Il indique par ailleurs " regretter profondément " les actes pour lesquels il a été condamné. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé réside en France depuis moins de quatre ans et a nécessairement conservé des attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-huit ans avant de s'installer en Allemagne en 2011, ne vit pas avec la mère de son enfant -à laquelle a été attribué l'exercice exclusif de l'autorité parentale- et ne peut être regardé, ainsi qu'il vient d'être dit au point 7, comme subvenant effectivement aux besoins de son fils. Dans ces conditions, en dépit de la volonté d'intégration, notamment professionnelle, de l'intéressé, les liens personnels et familiaux en France de M. D à la date de l'arrêté litigieux ne présentent pas les caractéristiques décrites à l'article 6, 5. précité de l'accord franco-algérien, et le refus de délivrance d'un certificat de résidence ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris.
10. En cinquième lieu, si l'arrêté fait par ailleurs état de ce que M. D a été condamné en février 2018 à une peine de quatre mois de prison avec sursis assortie d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour violences habituelles n'ayant pas entraîné d'incapacité supérieure à trois jours par une personne étant ou ayant été conjoint ou concubin, " faits constitutifs d'une atteinte à l'ordre public, d'un non-respect des principes républicains et de l'absence d'intégration dans la société française -ce que l'intéressé ne conteste au demeurant nullement- les stipulations, citées au point 4, de l'accord franco-algérien ne privent pas l'autorité compétente, contrairement à ce qui est soutenu par le requérant, du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
11. En sixième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés au point 9, le refus de certificat de résidence litigieux ne méconnaît pas les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.
13. En deuxième lieu, aux termes du 6° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans. ".
14. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés au point 11, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
16. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E:
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Rodrigues Devesas et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 29 avril 2022, à laquelle siégeaient :
Mlle Wunderlich, présidente,
Mme Diniz, première conseillère,
Mme Martel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.
La présidente-rapporteure,
A.-C. WUNDERLICHL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
I. DINIZLe greffier,
E. LE LUDEC
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
mt/ell
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026