mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2105506 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LAMY-RABU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 mai 2021, Mme B C, représentée par Me Lamy-Rabu, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 mars 2021 par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de lui renouveler une carte d'identité française ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer une carte nationale d'identité française ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 4-1 du décret n°55-1397 du 22 octobre 1955 modifié ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Une mise en demeure a été adressée le 18 octobre 2021 au préfet de la Sarthe qui n'a pas produit de mémoire.
L'instruction a été close le 13 juin 2022 par une ordonnance du 11 mai 2022.
Par une décision du 15 février 2022, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 73-42 du 9 janvier 1973 complétant et modifiant le code de la nationalité française et relative à certaines dispositions concernant la nationalité française ;
- la loi n° 93-933 du 22 juillet 1993 réformant le droit de la nationalité ;
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 modifié ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,
- et les conclusions de M. Marowski, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 31 août 2020, Mme C a sollicité auprès de la mairie de Chalonnes-sur-Loire le renouvellement de sa carte d'identité française. Après des demandes de compléments d'information, le préfet de la Sarthe a refusé, par la décision du 18 mars 2021 dont Mme C demande au tribunal l'annulation, de lui délivrer le document d'identité français sollicité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort de la décision attaquée que celle-ci a été signée pour le préfet de la Sarthe par Mme A D, " chef de CERT ". Toutefois, le préfet de la Sarthe qui n'a pas produit en défense dans la présente instance, ne justifie pas que celle-ci disposait d'une délégation pour signer en son nom la décision attaquée. Par suite, la compétence de la signataire de la décision attaquée n'est pas établie.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 30 du code civil : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants. ".
4. Par ailleurs, en vertu de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant une carte nationale d'identité et de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports, la carte nationale d'identité et le passeport sont délivrés, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. Il résulte des dispositions du II de l'article 4 du décret du 22 octobre 1955 et du II de l'article 5 du décret du 30 décembre 2005 que la preuve de la nationalité française du demandeur peut être établie à partir de l'extrait d'acte de naissance portant en marge l'une des mentions prévues aux articles 28 et 28-1 du code civil ou, lorsque l'extrait d'acte de naissance ne suffit pas à établir la nationalité française du demandeur, par la production de l'une des pièces justificatives mentionnées aux articles 34 ou 52 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, ou à défaut par la justification d'une possession d'état de Français de plus de dix ans ou, lorsque ne peut être produite aucune de ces pièces, par la production d'un certificat de nationalité française.
5. Pour l'application de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de passeport ou d'une carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de passeport ou de carte d'identité ou une demande de restitution de ces mêmes documents.
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est née le 3 novembre 1975 à Angers de parents de nationalité portugaise. A sa majorité, étaient en vigueur, et applicables à sa situation, les dispositions de l'article 44 du code de la nationalité, issu de la loi susvisée du 9 janvier 1973, aux termes desquelles : " Tout individu né en France de parents étrangers acquiert la nationalité française à sa majorité si, à cette date il a en France sa résidence et s'il a eu pendant les cinq années qui précèdent sa résidence habituelle en France () ". En effet, à cette date, la loi susvisée du 22 juillet 1993, entrée en vigueur le 1er janvier suivant, modifiant l'article 44 précité et subordonnant l'acquisition de la nationalité à une manifestation de volonté, n'était pas encore applicable. Par ailleurs, le préfet de la Sarthe qui, en dépit d'une mise en demeure, n'a pas produit avant la clôture de l'instruction, est réputé avoir acquiescé aux faits exposés par la requérante dans ses écritures et non contredits par les pièces du dossier, celle-ci faisant valoir qu'elle avait sa résidence habituelle en France pendant les cinq années ayant précédé sa majorité ainsi qu'à cette date. Par suite, par application des dispositions de l'article 44 du code de la nationalité alors applicable, Mme C doit être regardée comme justifiant de sa nationalité française. En conséquence, le préfet de la Sarthe, en lui refusant le renouvellement de sa carte nationale d'identité, a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.
7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée du 18 mars 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Compte tenu de ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Sarthe délivre à Mme B C une carte nationale d'identité française. Il y a lieu de lui adresser une injonction en ce sens, et de lui impartir un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement pour y procéder.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
9. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lamy-Rabu, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Lamy-Rabu d'une somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 18 mars 2021 du préfet de la Sarthe est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer à Mme C une carte nationale d'identité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera une somme de 1 200 euros à Me Lamy-Rabu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de la Sarthe et à Me Lamy-Rabu.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
S. THOMAS
La présidente,
H. DOUET Le greffier,
F. LAINÉ
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026