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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2105608

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2105608

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2105608
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCHAUVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 mai et le 8 juin 2021, M. C B, représenté par Me Chauviere, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre la décision préfectorale du 20 octobre rejetant sa demande de réintégration dans la nationalité française ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours et sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros qui devra être versée à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision préfectorale est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.

M. B, a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mars 2021 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 11 septembre 2024 à 10h45.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant algérien, né le 28 mars 1959, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par la voie de la réintégration. Par une décision du 20 octobre 2020, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande. L'intéressé a, pour contester cette décision et comme il y était tenu en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation ou de réintégration, saisi d'un recours administratif préalable obligatoire le ministre de l'intérieur, lequel recours a été rejeté par une décision implicite née le 21 avril 2021. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision () rejetant une demande () de naturalisation () doit être motivée ". Selon l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ().

3. Il résulte de ces dispositions qu'une décision de rejet, née du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur le recours formé à l'encontre de la décision préfectorale rejetant la demande de naturalisation ou de réintégration, n'est pas illégale du seul fait qu'elle est dépourvue d'une motivation. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait, dans le délai de recours contentieux, demandé que lui soient communiqués les motifs de cette décision implicite de rejet. En tout état de cause, la circonstance que la décision préfectorale ne serait elle-même pas motivée serait sans incidence sur la légalité de la décision prise par le ministre de l'intérieur qui s'y est substituée. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 24-1 du code civil : " La réintégration par décret peut être obtenue à tout âge et sans condition de stage. Elle est soumise, pour le surplus, aux conditions et aux règles de la naturalisation ", et aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ".

5. Aux termes de l'article 21-24 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République. / A l'issue du contrôle de son assimilation, l'intéressé signe la charte des droits et devoirs du citoyen français. Cette charte, approuvée par décret en Conseil d'Etat, rappelle les principes, valeurs et symboles essentiels de la République française ". L'article 21-25 du même code énonce : " Les conditions dans lesquelles s'effectuera le contrôle de l'assimilation et de l'état de santé de l'étranger en instance de naturalisation seront fixées par décret'". Aux termes de l'article 41 du décret du 30 décembre 1993 : " () / Lors d'un entretien individuel et après réception des enquêtes prévues à l'article 36, l'agent vérifie l'assimilation du demandeur à la communauté française, selon les critères prévus par l'article 21-24 du code civil et établit un compte rendu de l'entretien ".

6. Pour rejeter la demande de réintégration de M. B, qui se prévaut d'une durée de séjour en France de 54 ans à la date de la décision attaquée, ainsi que d'une scolarisation en France de ses 8 à 16 ans, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif qu'il ne justifiait pas de connaissances suffisantes concernant les éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France, aux règles de vie en société, aux principes, symboles et institutions de la République et aux principaux droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté française. Le ministre de l'intérieur a porté cette appréciation en constatant que, lors de l'entretien d'assimilation de l'intéressé conduit, dans le cadre de l'instruction de sa demande, par une agente des services de la préfecture des Hauts-de-Seine, M. B n'a pas su indiquer la date de la séparation de l'Église et de l'État en France, définir même sommairement la démocratie et préciser les dates des deux guerres mondiales ainsi que la fonction du Parlement. Le ministre de l'intérieur a également constaté, lors de l'examen de ce compte-rendu d'entretien, que M. B n'avait pas davantage été en mesure de définir correctement les droits du citoyen, citant, en exemple, le fait de travailler dans la fonction publique, ou les devoirs du citoyen qu'il illustre par celui de " respecter ". Ainsi, alors même que le requérant a répondu correctement à certaines des questions qui lui ont été posées, le ministre de l'intérieur a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, rejeter sa demande de réintégration dans la nationalité française au motif qu'il ne justifiait pas d'un niveau suffisant d'assimilation à la communauté française, notamment par sa méconnaissance des grands repères de l'histoire, de la culture et de la société françaises.

7. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision implicite du ministre de l'intérieur doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, doivent, être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au ministre de l'intérieur et à Me Chauviere.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

Mme Claire Martel, première conseillère,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La rapporteure,

J-K. A

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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