mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2105738 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SMATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 mai 2021, Mme A B, représentée par Me Smati, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'alinéa 1er du titre III du protocole annexé à l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles du 27 décembre 1968 et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- elle est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2022, le préfet de de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 3 octobre 1997 à Kouba (Algérie), est entrée en France le 22 août 2017, sous couvert d'un visa de long séjour. Elle a sollicité du préfet de Maine-et-Loire le renouvellement de son certificat de résidence algérien en qualité d'étudiante. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 9 avril 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. Mme B soutient que le préfet de Maine-et-Loire a entaché sa décision d'un défaut de motivation en tant que celle-ci emploie des formules stéréotypées et qu'elle est dépourvue d'éléments de fait. Toutefois, la décision attaquée prise notamment au visa des dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code des relations entre le public et l'administration, ainsi que des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien et qui reprend par ailleurs les éléments essentiels de sa situation personnelle, notamment le fait qu'elle a redoublé plusieurs fois en licence 2 d'anglais avant de se réorienter en BTS management commercial opérationnel, mentionne avec suffisamment de précisions et sans employer de formules stéréotypées les circonstances de droit et de fait qui la fondent. Dès lors, le préfet, qui n'est en tout état de cause pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments qu'il a pris en considération mais uniquement ceux sur lesquels il a entendu fonder sa décision, a suffisamment motivé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'alinéa 1er du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". ".
5. Mme B soutient que le préfet de Maine-et-Loire a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation personnelle en tant qu'elle méconnaît les stipulations de l'accord franco-algérien précitées. Elle fait valoir qu'elle a brillamment obtenu son premier semestre de BTS et que ses redoublements ainsi que sa réorientation s'expliquent non pas par son manque de sérieux dans ses études, mais par le fait qu'elle a subi des violences conjugales de la part de son ex-conjoint au cours de ses études de langues et que la Licence 2 pour laquelle elle s'était inscrite en France contenait essentiellement des enseignements de littérature et de civilisation alors que le cursus qu'elle suivait auparavant en Algérie, où elle avait validé deux années de licence d'anglais, était orienté vers la maîtrise de l'anglais commercial. Il ressort des pièces du dossier que la requérante s'est inscrite pour les années universitaires 2017-2018, 2018-2019 et 2019-2020 en Licence 2 d'anglais, sans parvenir à valider ce niveau d'étude. Elle s'est ensuite inscrite en BTS management commercial opérationnel à l'école supérieure des Pays de Loire d'Angers pour l'année 2020-2021. Tout d'abord, si Mme B allègue, comme cela a été dit, qu'elle a obtenu son premier semestre de BTS, ce changement d'orientation n'a aucun lien avec les motifs pour lesquels elle a obtenu son visa étudiant. Par ailleurs, si elle fait valoir, comme cela a été dit, que ces redoublements et cette réorientation s'expliquent par les violences conjugales qu'elle aurait subies de la part de son ex-conjoint, la requérante ne produit aucun document susceptible de justifier de ses allégations tels que des certificats médicaux ou une déclaration de main courante, la seule attestation de son ex-employeur produite, chez lequel elle résidait au demeurant, étant dépourvue de valeur probante. De même, si la requérante établit qu'elle a réalisé une interruption volontaire de grossesse et soutient que le préfet en avait eu connaissance à l'occasion du renouvellement de son certificat de résidence, le seul fait que la requérante ait réalisé une telle intervention n'établit pas qu'elle a subi des violences conjugales qui auraient eu une influence sur son parcours scolaire. Au surplus, Mme B n'ayant pas informé le préfet qu'elle subissait des violences conjugales à la date de la décision attaquée, celui-ci n'a pas été mis en mesure d'apprécier pleinement sa situation sur cette base. Enfin, si Mme B fait valoir, comme cela a été dit, qu'elle n'a pas pu valider sa Licence 2 d'anglais en raison du type d'enseignement et parce qu'elle aurait éprouvé des difficultés d'adaptation, ces circonstances ne sont pas de nature à remettre en cause le défaut de caractère réel et sérieux de ses études, alors que l'intéressée a eu trois années pour s'adapter aux enseignements dispensés au sein de l'université qu'elle a choisie. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut d'examen et de la méconnaissance de l'alinéa 1er du titre III de l'accord franco-algérien n'est pas fondé et doit dès lors être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. En l'espèce, Mme B soutient qu'en refusant de faire droit à sa demande de renouvellement de son titre de séjour, le préfet de Maine-et-Loire a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et qu'il a dès lors méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée en France pour suivre des études et qu'elle a à ce titre bénéficié d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante pour l'obtention duquel elle s'est engagée à regagner son pays d'origine à l'issue de son cursus. Ainsi, le renouvellement du titre de séjour de Mme B ayant été sollicité seulement afin de permettre à sa titulaire de poursuivre des études en France, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est, en l'espèce, inopérant.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. Eu égard à ce qui a été dit au point 3, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation.
9. Eu égard à ce qui a été dit aux points 2 à 7, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que la requérante invoque à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
10. Eu égard à ce qui a été dit au point 7, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :
11. Eu égard à ce qui a été dit aux points 8 à 10, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que la requérante invoque à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire, ne peut qu'être écarté.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
12. Eu égard à ce qui a été dit aux points 8 à 10, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que la requérante invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Karim Smati et au préfet de Maine-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Degommier, président,
Mme Frelaut, première conseillère,
Mme Martel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.
Le président-rapporteur, L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
S. C L. FRELAUT
La greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
bg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026