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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2105740

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2105740

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2105740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDOMINGUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 mai 2021, le 16 septembre 2022 et le 24 juin 2024 (non communiqué), Mme C D, représentée par Me Domingues, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 janvier 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a déclaré sa demande de naturalisation irrecevable ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors qu'elle justifie avoir fixé en France ses attaches familiales ainsi que ses intérêts matériels.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Frelaut a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante centrafricaine née le 28 novembre 1999, a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet de la Vendée qui a ajourné à deux ans sa demande par une décision du 20 juillet 2020. Elle a formé un recours contre cette décision auprès du ministre de l'intérieur, qui y a substitué, le 15 janvier 2021, une décision déclarant irrecevable sa demande de naturalisation. Par sa requête, Mme D demande l'annulation de cette dernière décision.

2. En premier lieu, par une décision du 12 septembre 2019, publiée au Journal officiel de la République française le 14 septembre 2019, la directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, compétente à cet effet en vertu de l'article 3 du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, a donné délégation à M. B A, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux, à l'effet de signer au nom du ministre de l'intérieur la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, aux termes de l'article 21-16 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il n'a en France sa résidence au moment de la signature du décret de naturalisation ". Il résulte de ces dispositions que la demande de naturalisation n'est pas recevable lorsque l'intéressé n'a pas fixé en France de manière stable le centre de ses intérêts, tant matériels que familiaux.

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour déclarer irrecevable la demande de naturalisation de Mme D, le ministre s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée résidait à l'étranger, où elle exerçait son activité professionnelle, de sorte qu'elle ne pouvait être regardée comme ayant fixé en France, de manière stable, le centre de ses attaches familiales et de ses intérêts matériels.

5. Si Mme D soutient avoir réalisé toute sa scolarité en France et ne pas avoir trouvé d'emploi de cuisinière à l'issue de celle-ci, elle ne conteste toutefois pas qu'elle résidait et travaillait au Portugal à la date de la décision attaquée. Dans ces circonstances, quand bien même elle n'aurait pas l'intention de rester vivre dans ce pays, la requérante ne peut être regardée comme ayant fixé en France, à cette date, de manière stable, le centre de ses attaches familiales et de ses intérêts matériels. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le ministre a commis une erreur d'appréciation en déclarant sa demande irrecevable pour le motif cité au point 4.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

L. FRELAUT

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAULa greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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