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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2105776

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2105776

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2105776
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBAOUZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés le 25 mai 2021, le 7 avril et le 24 octobre 2022, Mme A C, représentée par Me Baouz, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre la décision préfectorale du 27 août 2020 déclarant sa demande de naturalisation irrecevable et a substitué à ce constat d'irrecevabilité un ajournement à deux ans de sa demande ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation française, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur de droit et d'une erreur de fait ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'ensemble des moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 25 septembre 2024 à 10 heures 45.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante marocaine, née en 1957, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation auprès de la préfète de l'Orne, laquelle a déclaré sa demande irrecevable par une décision du 27 aout 2020. Mme C a exercé auprès du ministre de l'intérieur le 30 octobre 2020, conformément à l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, un recours administratif préalable obligatoire, lequel a été rejeté par une décision du 12 mars 2021, substituant à la décision préfectorale d'irrecevabilité un ajournement à deux ans de la demande de naturalisation de Mme C. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de la décision du 12 mars 2021.

2. Aux termes de l'article 21-24 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue française et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ". Aux termes de l'article 37 du décret du 30 décembre 1993 : " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : () 2° Le demandeur doit justifier d'un niveau de connaissance de l'histoire, de la culture et de la société françaises correspondant aux éléments fondamentaux relatifs : / a) Aux grands repères de l'histoire de France : il est attendu que le postulant ait une connaissance élémentaire de la construction historique de la France qui lui permette de connaître et de situer les principaux événements ou personnages auxquels il est fait référence dans la vie sociale ; / b) Aux principes, symboles et institutions de la République : il est attendu du postulant qu'il connaisse les règles de vie en société, notamment en ce qui concerne le respect des lois, des libertés fondamentales, de l'égalité, notamment entre les hommes et les femmes, de la laïcité, ainsi que les principaux éléments de l'organisation politique et administrative de la France au niveau national et territorial () ".

3. Pour ajourner la demande de naturalisation de la requérante, il ressort des termes de la décision attaquée, laquelle, comme en atteste sa motivation, a bien été précédée d'un examen approfondi de la situation particulière de la requérante, que le ministre s'est fondé sur le motif tiré de l'insuffisance des connaissances de l'intéressée sur les éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France, ses institutions, les règles de vie en société et les principaux droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté.

4. Il ressort du compte-rendu de l'entretien d'assimilation du 17 août 2020 auquel

Mme C a été convoquée que, malgré près de quarante-cinq ans de présence en France, cette dernière n'a pas su répondre correctement aux questions lui demandant d'indiquer des acteurs français, le nom D ministre, la date des deux guerres mondiales, ce qui est célébré en France le 14 juillet, ou encore le nombre d'États membres de l'Union européenne. S'il est constant qu'elle a pu apporter des réponses correctes à d'autres questions qui lui ont été posées, cette circonstance ne suffit pas à établir que Mme C aurait une connaissance suffisante de l'histoire de France, des règles de vie dans la société française et des principaux droits et devoirs liés à la citoyenneté française. Par suite, le ministre de l'intérieur a pu, sans commettre d'erreur de fait, de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation, se fonder sur ce constat pour ajourner à deux ans sa demande de naturalisation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 12 mars 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de naturalisation de Mme C doivent être rejetées. De même, doivent être rejetées les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

Mme Claire Martel, première conseillère,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La rapporteure,

J-K. B

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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