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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2105812

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2105812

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2105812
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat : M. CATROUX - R. 222-13
Avocat requérantGAUDRE COEUR-UNI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 mai 2021 et 29 mars 2022, M. B A, représenté par Me Gaudre Cœur-Uni, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 6 623,90 euros, assortie des intérêts au taux légal depuis le 22 octobre 2020 et de leur capitalisation;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les retraits de points du capital de points attachés à son permis de conduire, à la suite des infractions des 12, 13 et 19 juin 2018, sont illégaux, dès lors qu'aucune de ces infractions n'a été relevée à son encontre et ne lui est imputable, les amendes forfaitaires ayant été réglées par des tiers ; l'administration ne lui a pas délivré, pour ces infractions, l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la décision du 28 juin 2019 est, du fait de l'illégalité des décisions de retrait de points, également illégale ;

- ces illégalités constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- ces fautes lui ont causé directement :

* des troubles dans les conditions d'existence qui doivent être évalués à la somme de 5 000 euros ;

* des préjudices matériels, consistant dans des dépenses d'acquisition d'un scooter, dans des dépenses d'assurance de ce véhicule et dans des frais exposés pour repasser l'examen du permis de conduire, qui doivent être évalués à la somme globale de 1 623,90 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 novembre 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Catroux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Catroux a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 SI " du 28 juin 2019, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la perte de validité du permis de conduire de M. A à la suite des infractions au code de la route commises les 9 juin 2018, 12 juin 2018, 13 juin 2018 et 19 juin 2018 et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. Par courrier du 20 octobre 2020, reçu le 22 octobre 2020, M. A a formé, auprès du ministre, une demande indemnitaire préalable tendant à la réparation des préjudices qu'il estime avoir subi suite à la perte de validité de son permis de conduire initial. A la suite de la décision de rejet de cette réclamation, née du silence gardé par l'administration sur cette demande, M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 6 623,90 euros en réparation de ses préjudices.

2. En premier lieu, il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

3. S'agissant des infractions des 12, 13 et 19 juin 2018, le relevé d'information intégral du requérant mentionne que les infractions ont donné lieu au paiement d'amendes forfaitaires. S'il résulte de l'instruction que l'intéressé a bien contesté ces infractions par une réclamation du 12 juillet 2019, auprès de l'officier du ministère public compétent, il n'établit pas que sa réclamation aurait été regardée comme recevable. Il résulte au contraire du courrier du 23 juillet 2019 de l'Agence nationale de traitement automatisé des infractions que les éléments de la réclamation de l'intéressé ont été regardés comme insuffisants pour permettre de faire un lien avec un dossier d'infraction au sein du Centre National de Traitement. Le ministre était, dans ces conditions, tenu de retirer les points à la suite de ces infractions. De même, si le requérant soutient, en se fondant principalement sur la circonstance qu'il se trouvait à Rennes au moment des faits en litige pour suivre un stage et non à Laval lieu où ont été relevées les infractions, qu'il n'a commis ces infractions et que les amendes ont été réglées par des tiers qui ont usurpé son identité, le grief qu'il soulève ainsi tenant à l'imputabilité de ces infractions ne peut être utilement invoqué devant le juge administratif, son examen relevant du juge pénal. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la réalité des infractions des 12, 13 et 19 juin 2018 ne serait pas établie et que les retraits de points correspondants seraient, pour cette raison, illégaux ou fautifs.

4. En second lieu, la délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Son accomplissement conditionne dès lors la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Cette information doit porter, d'une part, sur l'existence d'un traitement automatisé des points et la possibilité d'exercer le droit d'accès et, d'autre part, sur le fait que le paiement de l'amende établit la réalité de l'infraction dont la qualification est précisée et entraîne un retrait de points correspondant à cette infraction. Ni l'article L. 223-3, ni l'article R. 223-3 du code de la route n'exigent que le conducteur soit informé du nombre exact de points susceptibles de lui être retirés, dès lors que la qualification de l'infraction qui lui est reprochée est dûment portée à sa connaissance.

5. Le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

6. S'agissant des infractions des 12 juin 2018, 13 juin 2018 et 19 juin 2018, l'intéressé doit être regardé comme s'étant acquitté des amendes forfaitaires, comme cela résulte des mentions figurant au système national des permis de conduire, et, dès lors, comme ayant nécessairement reçu les avis de contravention se rapportant aux infractions en cause. Par suite, et alors que M. A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait été destinataire d'avis de contravention inexacts ou incomplets, le moyen tiré de ce que l'information préalable prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui aurait pas été délivrée, et que les retraits de points correspondants seraient pour cette raison illégaux, et donc fautifs, doit, dès lors, être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les illégalités fautives invoquées par M. A ne sont pas établies. Dès lors, ses conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

Le magistrat désigné,

X. CATROUX

La greffière,

V. MALINGRELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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