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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2105849

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2105849

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2105849
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2021, M. B A, représenté par Me Traoré, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a maintenu l'ajournement à deux ans sa demande de réintégration dans la nationalité française ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition de ressources ne lui était pas opposable ;

- l'absence d'autonomie matérielle ne lui était pas opposable ;

- il remplit les conditions requises par le code civil pour l'obtention de la nationalité française ;

- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Brémond, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1955, demande au tribunal d'annuler la décision du 26 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique contre la décision du 10 août 2020 par laquelle le préfet du Val de Marne avait ajourné à deux ans sa demande de réintégration dans la nationalité française.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :

2. Aux termes de l'article 24-1 du code civil : " La réintégration par décret peut être obtenue à tout âge et sans condition de stage. Elle est soumise, pour le surplus, aux conditions et aux règles de la naturalisation ".

3. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, la décision du ministre de l'intérieur prise sur le recours préalable obligatoire se substitue à la décision initiale de refus prise par l'autorité préfectorale. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être regardées comme uniquement dirigées contre la décision ministérielle du 26 mars 2021 qui s'est entièrement substituée à la décision préfectorale du 10 août 2020.

4. En premier lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte la durée comme les perspectives de la présence du postulant sur le territoire français.

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour ajourner à deux ans la demande de M. A, le ministre s'est fondé sur son arrivée récente en France en 2019. En outre, cette décision s'est entièrement substituée à la décision préfectorale du 10 août 2020 rejetant la demande du requérant. Si M. A soutient que ni la condition de ressources ni l'absence d'autonomie matérielle ne lui sont opposables, il ne conteste pas utilement le motif tiré de ce qu'il ne réside en France que de manière récente, ayant fondé cette décision. Dès lors, les moyens tirés de l'inopposabilité de la condition de ressources et de l'absence d'autonomie matérielle sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

6. En deuxième lieu, la circonstance que M. A remplisse les autres conditions fixées par le code civil pour l'obtention de la nationalité française est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, et ce eu égard au motif qui la fonde.

7. En troisième lieu, la décision par laquelle une demande de réintégration dans la nationalité française est rejetée ou ajournée n'est pas, par nature, susceptible de porter atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale de la personne qui la sollicite. La décision attaquée n'emporte par elle-même aucune modification dans les conditions d'existence de M. A. Il ne peut dès lors utilement se prévaloir de stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

Le président,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

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