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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2105857

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2105857

vendredi 10 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2105857
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantLAMBALLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 mai et 19 août 2021, M. B A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2021 par lequel le maire du Lude lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quinze jours assortie d'un sursis de cinq jours ;

2°) de condamner la commune du Lude à lui verser une somme de 1500 euros au titre de son préjudice moral et financier.

Il soutient que :

- il conteste les faits relatifs à son comportement lors de l'entretien du 11 janvier 2021 ;

- la sanction prononcée est disproportionnée ;

- la demande de la commune du Lude présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative constitue une étape supplémentaire dans le processus de harcèlement dont il est victime.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juillet 2021, la commune du Lude, représentée par Me Lamballe, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 800 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est adjoint technique territorial, employé par la commune du Lude depuis le 16 avril 2004. Par un arrêté du 12 mai 2021, la maire du Lude l'a, à titre disciplinaire, temporairement exclu de ses fonctions pour une durée de quinze jours dont cinq avec sursis. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté et de condamner la commune du Lude à l'indemniser des préjudices qu'il allègue avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. / Premier groupe : / - l'avertissement ; / - le blâme ; / - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / Deuxième groupe : / la radiation du tableau d'avancement ; / l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / () ".

3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont établis, s'ils constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour prononcer la sanction en litige, le maire du Lude s'est fondé sur la circonstance que M. A a rédigé un courrier de protestation contre le non-renouvellement du contrat d'un agent recruté au sein du service de la voirie, dans le cadre d'un remplacement, de l'avoir fait signer aux agents du service technique et de l'avoir diffusé auprès de la population ludoise et sur l'attitude inappropriée et agressive adoptée par M. A à l'endroit de la directrice générale des services et du maire de l'intéressé lors de l'entretien ayant suivi la réception du courrier susmentionné, ce comportement étant qualifié de manquement aux obligations de probité, de neutralité, de discrétion et de secret professionnel ainsi qu'au devoir d'obéissance hiérarchique.

5. Il est constant que M. A a pris l'initiative le 7 novembre 2020 de la rédaction d'un courrier d' " opposition " au non-renouvellement du contrat de travail d'un agent recruté par la commune pour assurer un remplacement au sein des services techniques, adressé à la maire du Lude, et demandant à celle-ci de " bien y réfléchir car cela pourrait nuire à la qualité de travail des services ", qu'il a demandé à ses collègues des services techniques de signer ce courrier et qu'il a ensuite fait connaître ce courrier auprès de la population ludoise. M. A ne conteste pas la matérialité de ces faits mais en relativise la portée en soutenant qu'il n'était pas animé d'une intention malveillante. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a été convoqué le 11 janvier 2021 à un entretien " de recadrage ", aux termes de la convocation à cet entretien, avec la maire, la directrice générale des services et le directeur des services techniques et qu'il a à cette occasion adopté un comportement inadapté en coupant la parole à la maire, puis en coupant la parole à la directrice générale des services en intimant à celle-ci l'ordre de se taire, en demandant à la maire de " baisser de ton " quand celle-ci est intervenue à la suite des propos tenus par M. A à l'adresse de la directrice générale des services et a refusé de quitter les lieux après que la maire a mis fin à l'entretien. Si le requérant conteste avoir adopté ce comportement, la matérialité de ces faits est suffisamment établie par les compte-rendu convergents, précis et circonstanciés qu'ont réalisé la maire, la directrice générale des services et le directeur des services techniques. Il ressort en outre des compte-rendu que M. A a d'emblée reconnu être l'initiateur du courrier du 7 novembre 2020, a spontanément indiqué avoir diffusé le contenu de courrier à la population et aux élus et n'a pas manifesté de regrets sur ces diverses initiatives.

6. Si les faits mentionnés au point précédent constituent des manquements aux devoirs d'obéissance hiérarchique et de réserve s'imposant aux agents publics et constituent des fautes de nature à justifier une sanction, il ressort toutefois des pièces du dossier que par un courrier du 15 février 2021, l'intéressé a présenté à la maire du Lude des excuses relatives à son initiative du 7 novembre 2020 et il est constant que l'intéressé n'avait jusqu'alors fait l'objet d'aucune sanction disciplinaire et qu'il est considéré comme un agent compétent par ses responsables hiérarchiques. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la sanction d'exclusion temporaire d'une durée de quinze jours soit la sanction la plus élevée du deuxième groupe, bien qu'assortie d'un sursis de cinq jours, prononcée à son encontre est disproportionnée.

7. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté de la maire du Lude du 12 mai 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Dès lors que la commune du Lude, qui est représentée par un avocat, a exposé des frais dans le cadre de la présente instance initiée par M. A, elle est en droit, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de demander qu'une somme soit mise à la charge du requérant aux fins de remboursement de ces frais, sans que cette demande présente un quelconque caractère abusif qui pourrait être regardé comme constitutif d'un harcèlement qui pourrait engager la responsabilité de la commune. M. A ne justifie en outre ni du préjudice moral, ni du préjudice financier dont il demande l'indemnisation. Il s'ensuit que les conclusions indemnitaires ne peuvent être que rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune du Lude demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 mai 2021 de la maire du Lude est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la commune du Lude présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune du Lude.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2025.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELON

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2105857

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