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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2105987

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2105987

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2105987
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHAUMETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 mai 2021 et 9 février 2023, M. B, représenté par Me Chaumette, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 juillet 2020 par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 75 euros par jour de retard à compter d'un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir ou de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente du réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est infondé ;

- la décision méconnaît le 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du 30 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin, première conseillère,

- les observations de Me Chaumette, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, se disant ressortissant de la République démocratique du Congo né le 11 novembre 1999, indique être entré en France le 10 février 2016. Par une ordonnance de placement provisoire du 2 mai 2016, il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Sarthe et le juge aux affaires familiales a ouvert par ordonnance du 23 mai 2013 une tutelle confiée à ce même département. Par un arrêté du 9 février 2017, la préfète de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un jugement n° 1701298 du 13 février 2017, ce tribunal a rejeté la requête formée par M. A contre cet arrêté. Le 5 avril 2017, le préfet de la Sarthe a retiré l'arrêté du 13 février 2017 au motif que le tribunal correctionnel du Mans s'était déclaré incompétent pour statuer sur les faits de faux et usage de faux documents administratifs dont il était saisi à l'encontre de M. A. L'intéressé a sollicité auprès du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour " salarié " ou " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou d'un titre " vie privée et familiale " sur le fondement du 6° ou du 7° de l'article L. 313-11 ou de l'article L. 313-14 de ce code. Par la décision attaquée du 15 juillet 2020, le préfet de la Sarthe a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A.

2. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A, le préfet de la Sarthe s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé ne justifie pas de son état civil, en méconnaissance de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. Aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ". L'article L. 111-6 du même code dispose que : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". L'article 47 du code civil précise que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

4. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

5. Pour justifier de son identité, M. A a produit une copie intégrale d'acte de naissance délivrée par le service de l'état-civil de la commune de Lingwala de la ville de Kinshasa selon laquelle il est né le 11 novembre 1999. Le requérant n'apporte pas d'explication sur l'incohérence entre le numéro du volume du registre d'état-civil et le numéro d'acte de naissance, relevée par les services de la police aux frontières pour conclure au caractère apocryphe de l'acte de naissance. Par ailleurs, M. A ne conteste pas qu'il a sollicité et obtenu la délivrance d'un visa le 27 octobre 2015 auprès des autorités consulaires italiennes à Kinshasa en présentant un passeport selon lequel il est né le 11 novembre 1988, soit une date de naissance différente de celle figurant sur l'acte de naissance susmentionné et sur le passeport délivré le 19 septembre 2019 sur la base de ce document. Par ailleurs, la circonstance que le tribunal de grande instance de Nantes se soit déclaré incompétent pour juger des faits de détention frauduleuse de faux document administratif et d'usage de faux document administratif n'est pas de nature à établir l'authenticité des documents d'état civil produits. Enfin, alors que les dispositions de l'article R. 611-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable désignent les agents des préfectures comme destinataires des données du traitement " Visabio " et qu'aucune pièce du dossier ne laisse supposer que la consultation du fichier n'a pas été effectuée par un agent des services du préfet de la Sarthe, les seules allégations du requérant relatives à un prétendu défaut d'habilitation, qui ne sont étayées par aucun élément, ne sont, dès lors, pas de nature à faire naître un doute sur l'habilitation de l'agent qui a procédé à cette consultation. Dans ces conditions, le préfet de la Sarthe a pu, sans commettre d'erreur de droit, estimer que M. A ne justifiait pas de son état civil et refuser de lui délivrer, pour ce seul motif, un titre de séjour.

6. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le refus de titre de séjour est fondé sur le seul motif du défaut de justification de l'état civil du requérant. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet de la Sarthe aurait fait une inexacte application des dispositions du 6° et du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des articles L. 313-15 et L. 313-14 de ce code doivent être écartés comme inopérants.

7. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il ressort des pièces du dossier que la décision refusant le séjour de M. A en France n'a ni pour objet ni pour effet de le séparer de sa fille de nationalité française. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant assurerait de manière habituelle la garde, l'entretien et l'éducation de cette enfant. Il n'en ressort pas davantage que le refus de délivrer un titre de séjour au requérant serait de nature à exposer cette enfant à un risque particulier pour sa santé, sa sécurité, sa moralité ou son éducation. Il en résulte que l'arrêté attaqué ne méconnaît pas son intérêt supérieur.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir, que les conclusions de M. A à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. M. A, à Me Chaumette et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Iselin, président du tribunal,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.

La rapporteure,

C. MILIN

Le président,

B. ISELIN

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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