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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106004

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106004

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDE BAYNAST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2021, M. A B, représenté par Me Genty, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2020 par lequel le maire de Brétignolles-sur-Mer (Vendée) a autorisé la construction d'un cabinet dentaire et d'un logement de fonction au bénéfice de la SCI Elément sur un terrain sis 2 ter, rue de la Roulière à Brétignolles-sur-Mer ;

2°) d'annuler la décision du 31 mars 2021 rejetant sa demande de retrait de ce permis pour fraude ;

3°) d'enjoindre au maire de Brétignolles-sur-Mer de procéder au retrait de ladite autorisation ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Brétignolles-sur-Mer la somme de 3 000 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le délai de recours contentieux n'est pas opposable, l'autorisation d'urbanisme ayant été obtenue par fraude ;

- l'arrêté méconnaît l'article Uc3 du plan local d'urbanisme et R 111-2 du code de l'urbanisme

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2021, la commune de Brétignolles-sur-Mer, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, en l'absence de fraude, la requête est tardive et irrecevable ;

- à titre subsidiaire les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, la SCI Eléments, représentée par Me de Baynast, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive et irrecevable ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Brémond, premier conseiller

- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,

- les observations de Me Léon, substituant Me Marchand, avocate de la commune de Brétignolles-sur-Mer,

- les observations de Me Lenfant, substituant Me de Baynast, avocat de la SCI Eléments.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Elément a déposé le 19 mars 2020 une demande de permis de construire en vue d'édifier un cabinet dentaire et un logement de fonction pour une surface de plancher de 198,64 m², sur un terrain situé 2 ter, rue de la Roulière, à Brétignolles-sur-Mer. Par un arrêté du 9 juin 2020, le maire de Brétignolles-sur-Mer a délivré le permis de construire demandé. M. B, voisin immédiat du projet, a demandé, le 2 février 2021, le retrait de ce permis de construire pour fraude. Par une décision du 31 mars 2021, le maire de Brétignolles-sur-Mer a rejeté cette demande. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 juin 2020 ainsi que la décision du 31 mars 2021 rejetant sa demande de retrait du permis de construire.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 31 mars 2021 refusant de retirer le permis de construire du 9 juin 2020 :

2. Un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai de recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin. Dans un tel cas, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter soit du maintien de l'acte litigieux soit de son abrogation ou de son retrait.

3. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.

4. Par ailleurs, le permis de construire, qui est délivré sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la réglementation d'urbanisme. Dès lors, si l'administration et le juge administratif doivent, pour l'application des règles d'urbanisme relatives à la desserte et à l'accès des engins d'incendie et de secours, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne leur appartient de vérifier ni la validité de cette servitude ni l'existence d'un titre permettant l'utilisation de la voie qu'elle dessert, si elle est privée, dès lors que celle-ci est ouverte à la circulation publique.

5. Le requérant soutient que la déclaration du pétitionnaire serait inexacte et mensongère en ce qu'elle indique que les parcelles cadastrées BC N°728 et BC N°272, terrain d'assiette du projet, constituent une seule unité foncière dont la SCI Elément serait seule propriétaire, et que cela aurait faussé l'appréciation du service instructeur et du maire sur les conditions d'accès au terrain d'assiette du projet, révélant ainsi une fraude.

6. Il ressort des pièces du dossier que, si le pétitionnaire a indiqué dans la demande de permis de construire que le projet concernait les parcelles cadastrées BC N°728 et BC N°272, cette dernière constituant le chemin d'accès à la parcelle BC N° 728 où doit être implantée la construction, le plan de masse joint au dossier de permis de construire indiquait que la parcelle BC °272 était en indivision et que le muret situé à l'entrée de ce chemin d'accès, dont il réduisait la largeur à 3,27 mètres, qui appartient à M. B, était " à démolir ". Par conséquent, le requérant ne démontre pas que le pétitionnaire aurait procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme

7. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le requérant n'établit pas l'existence de la fraude par laquelle aurait été obtenu le permis de construire du 9 juin 2020, de sorte que le maire de Brétignolles-sur-Mer n'était pas tenu de retirer le permis en litige, ni même d'apprécier l'opportunité d'un tel retrait.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense contre les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de permis de construire du 9 août 2020 :

8. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. " Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ".

9. La circonstance qu'un permis de construire a été obtenu par fraude permet seulement au maire de le rapporter après l'expiration du délai de recours mais n'a pas pour effet de proroger le délai de recours au bénéfice des tiers.

10. Le requérant ne conteste pas que le permis de construire du 9 juin 2020 a fait l'objet d'un affichage continu sur le terrain d'assiette du projet pendant une durée de deux mois ayant commencé le 24 juillet 2020. Il résulte des points 2 à 7 du présent jugement que le requérant, qui a la qualité de tiers, n'est pas fondé à soutenir que le permis de construire aurait été obtenu par fraude pour contester la légalité de ce permis après l'expiration du délai de recours contentieux. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Brétignolles-sur-Mer et la SCI Eléments doit être accueillie.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fin d'annulation et d'injonction de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Brétignolles-sur-Mer, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B les sommes demandées par la commune de Brétignolles-sur-Mer et la SCI Eléments à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Brétignolles-sur-Mer et la SCI Eléments sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à la commune de Brétignolles-sur Mer et à la SCI Eléments.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

La présidente,

H. DOUETLe greffier,

F. LAINÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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