mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2106005 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CORNET VINCENT SEGUREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mai 2021, M. D C, représenté par Me Vendé, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Etienne-de-Montluc a délivré un permis de construire à M. B F sur la parcelle cadastrée n° 25 de la section YE sise " La Rigotais " à Saint-Etienne-de-Montluc modifié par l'arrêté du 12 avril 2022 portant permis de construire modificatif ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Etienne-de-Montluc une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la personne pétitionnaire ne justifie pas de sa qualité pour déposer la demande de permis de construire ;
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet en l'absence de signature du formulaire de taxe et de production de la notice PC04 et en l'absence d'éléments suffisants quant à l'insertion du projet dans son environnement ;
- les pièces de la demande du permis de construire sont contradictoires s'agissant de la clôture du projet ;
- la demande de permis de construire est entachée de fraude ;
-l'arrêté attaqué est illégal en raison de l'illégalité du classement en secteur Ava du terrain d'assiette ;
-il méconnaît l'article A.1 du PLUi en autorisant la construction d'une résidence décrite comme mobile ne présentant aucune intégration dans son environnement entouré d'une clôture en bois de 1,60 mètre de hauteur et sans prescription de plantation de végétation ;
-la décision méconnaît l'article A.2.2. du PLUi, les matériaux choisis notamment pour la toiture ne sont pas justifiés et la clôture prévue en bois ne respecte pas l'exigence d'un mur bahut maçonné de 0,60 m surmonté d'une grille ;
-la décision méconnaît l'article A.2.3. du PLUi en ce que le projet ne permet pas le maintien des plantations existantes pour lesquelles aucune compensation n'est prévue.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 octobre 2021 et le 13 décembre 2022, la commune de Saint-Etienne-de-Montluc, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir de M. C ;
-les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,
- les observations de Me Vendé, avocat de M. C,
- et les observations de Me Léon, substituant Me Marchand, avocat de la commune de Saint-Etienne-de-Montluc.
Une note en délibéré, produite par la commune de Saint-Etienne-de-Montluc, a été enregistrée le 11 janvier 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 6 avril 2021, le maire de la commune de Saint-Etienne-de-Montluc a délivré un permis de construire à M. B F sur la parcelle cadastrée section YE n° 25 sise " La Rigotais " à Saint-Etienne-de-Montluc et classée en secteur Ava correspondant à la création d'une aire de sédentarisation des gens du voyage. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir tirée de l'absence d'intérêt à agir du requérant :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du même code : " " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Il appartient ensuite au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe d'un intérêt à agir, lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. C est propriétaire d'une maison d'habitation implantée sur une parcelle séparée de la construction contestée par une route étroite. Par ailleurs l'intéressé est propriétaire de la parcelle boisée cadastrée section YE n°24 directement contiguë à l'ouest du terrain d'assiette du projet, sur toute sa longueur, de sorte qu'il est un voisin immédiat du projet. Contrairement à ce que soutient la commune en défense, l'implantation de la construction en fond de parcelle, au droit de la propriété et à proximité de l'habitation du requérant est susceptible de créer des nuisances, notamment sonores. Compte tenu de ces éléments, M. C justifie, compte tenu des atteintes aux conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de son bien, dont il fait état, d'un intérêt suffisant pour contester le permis de construire en litige. La fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir du requérant doit, par suite, être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Un permis de construire n'a d'autre objet que d'autoriser la construction d'immeubles conformes aux plans et indications fournis par le pétitionnaire. La circonstance que ces plans et indications pourraient ne pas être respectés ou que ces immeubles risqueraient d'être ultérieurement transformés et affectés à un usage non conforme aux documents et règles générales d'urbanisme n'est pas par elle-même, sauf le cas d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de la délivrance du permis, de nature à affecter la légalité de celui-ci.
5. Il ressort des pièces du dossier que la limite séparative ouest et nord de la parcelle cadastrée YE n°25 était constituée d'une haie classée par le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) applicable à Saint-Etienne-de-Montluc comme à préserver, protéger ou renforcer, au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme. Les dispositions du règlement du PLUi relatives à la trame verte et bleue et au paysage prévoient que cette haie doit être maintenue et que tous travaux autres que ceux qui sont nécessaires à son entretien courant doivent faire l'objet d'une déclaration préalable. Elles ajoutent que cette déclaration " pourra être refusée ou soumise à des conditions particulières si les travaux sont de nature à leur porter atteinte de manière irrémédiable, les principaux critères de décision étant l'état sanitaire des arbres, la fonctionnalité de la haie ou de l'alignement, la sécurité, la fonctionnalité agricole ou la fonctionnalité des accès (inférieurs à 5m). / En cas d'arrachage, en tant que mesure compensatoire, une haie devra être plantée dans les mêmes proportions que celle détruite (linéaire supérieur ou équivalent) et présenter une fonctionnalité identique ou supérieure. ".
6. La demande de permis de construire présentée le 21 octobre 2020, en particulier la notice descriptive du projet, ne faisaient pas état de cette haie ainsi protégée par le PLUi. Cette haie figurait néanmoins sur le plan de masse de l'existant initial du projet, alors que le projet prévoyait l'implantation d'une habitation en limite séparative ouest de la parcelle, ce qui faisait nécessairement obstacle au maintien de celle-ci. Par un courrier du 17 novembre 2020, le maire de Saint-Etienne-de-Montluc a sollicité la production de pièces complémentaires, notamment une modification de la notice descriptive du projet afin que soient expliquées " les modalités d'installation () de la maison sur les limites du terrain et l'impact sur les plantations existantes situées sur ou à proximité du tracé de la clôture ". Ce courrier rappelait également que " le linéaire végétal situé en limites Ouest et Nord de la parcelle devra être intégralement conservé (conformément à l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme). Or le projet de maison est situé en limite de parcelle où se situe la haie à protéger identifiée au règlement graphique du PLUi ". En réponse à cette demande, le pétitionnaire a, le 17 février 2021, adressé un nouveau plan de masse de l'existant, qui ne figurait ni l'arbre de haute tige situé au sud-est du terrain ni la haie protégée au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme, l'espace boisé à l'Ouest étant au demeurant déplacé de plusieurs mètres par rapport à la limite séparative du terrain d'assiette du projet. La nouvelle notice descriptive indiquait néanmoins qu'il sera pris soin de la végétation environnante " en protégeant si nécessaire la végétation et en particulier sur les limites ouest et nord de la parcelle qui sont protégées conformément à l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme ". Il ressort des pièces du dossier que cette haie a, en fait, été supprimée. Toutefois, aucun élément au dossier n'établit que cette suppression serait intervenue avant l'approbation par une délibération du 4 juillet 2019 du PLUi. Il en résulte que la dissimulation par le pétitionnaire de cette haie puis de sa destruction, a constitué une manœuvre frauduleuse destinée à éluder les dispositions du PLUi en assurant la protection et en soumettant la suppression à des conditions particulières. Contrairement à ce que soutient la commune, la prescription dont est assorti le permis de construire attaqué, qui n'a du reste pas la même portée que celles des règles propres à la suppression de plantations protégées au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme, ne saurait être regardée, compte tenu de ce qui précède, comme étant de nature à couvrir la fraude commise par le pétitionnaire. Il suit de là que le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté du 6 avril 2021 a été obtenu à la suite d'une demande de permis de construire frauduleuse.
7. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible, en l'état du dossier soumis au tribunal, d'entraîner l'annulation de l'arrêté attaqué.
8. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 avril 2021 modifié par l'arrêté du 12 avril 2022 portant permis de construire modificatif.
9. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité précédemment mentionnée, qui porte sur la présentation frauduleuse de la demande de permis de construire initial, ne peut être régularisée. Par conséquent, il y a lieu d'annuler cette décision, sans faire application de l'article L. 600-5 ou de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante, au titre des frais liés au litige. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la commune de Saint-Etienne-de-Montluc la somme de 1 500 euros à verser à M. C à ce même titre.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté attaqué du 6 avril 2021 du maire de Saint-Etienne-de-Montluc est annulé.
Article 2 : La commune de Saint-Etienne-de-Montluc versera à M. C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Etienne-de-Montluc au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à la commune de Saint-Etienne-de-Montluc et à M. B F.
Copie en sera transmise, en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nantes.
Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. A de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
La rapporteure,
S. E
Le président,
A. A DE BALEINELa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne
au préfet de la Loire-Atlantique
en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce
requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026