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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106136

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106136

mercredi 14 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2021, M. C A, représenté par Me Roulleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 avril 2021 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour pour raisons de santé, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Roulleau en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions des articles L. 313-11, 11° et L. 511-4, 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il a toujours besoin d'un traitement approprié et d'une prise en charge adaptée suite à son accident vasculaire cérébral d'août 2018, soigné en France après une évacuation sanitaire d'urgence ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que sa fille, sa mère et un de ses frères résident en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au présent litige ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais né le 4 juin 1971, est entré en France le 21 août 2018 sous couvert d'un visa de court séjour et s'est maintenu sur le territoire français. Il a, le 7 septembre 2020, sollicité auprès du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " pour raisons de santé sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 26 avril 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au présent litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (.) ".

3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour. Il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

4. Pour refuser la délivrance à M. A d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions citées au point 2, le préfet de Maine-et-Loire a considéré, notamment, que si l'état de santé de ce dernier nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut néanmoins, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Congo, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, s'appropriant ainsi l'avis de l'OFII du 14 janvier 2021.

5. S'il ressort des pièces du dossier que M. A a été hospitalisé le 21 août 2018 à l'hôpital américain de Paris en raison d'un accident vasculaire cérébral, le requérant n'apporte aucun élément tangible permettant d'apprécier son état de santé à la date de la décision qu'il conteste, ainsi que l'absence d'un traitement approprié au Congo. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, M. A, qui ne démontre pas en outre être dans l'incapacité de voyager vers son pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 ont été méconnues.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. M. A fait valoir que sa fille, sa mère et un de ses frères résident en France. Toutefois, d'une part, M. A n'a pas déclaré, dans son formulaire de demande de titre de séjour, avoir de frère. En outre, si le requérant produit malgré tout une attestation d'hébergement sur le territoire français de son frère allégué, M. D, il ressort des pièces du dossier qu'il a envoyé deux autres attestations d'hébergement à la préfecture, au nom de la même personne mais présentant une écriture et une signature différente, conduisant d'ailleurs le préfet à saisir le procureur de la République sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale. D'autre part, M. A a déclaré, dans sa demande de titre de séjour, que sa mère résidait au Congo. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que sa mère était présente selon ses propres termes pour raisons de santé sous couvert d'un visa de court séjour expiré à la date de la décision contestée. Enfin, l'attestation de sa fille indiquant qu'elle voit souvent le requérant pendant les vacances est insuffisante à caractériser des attaches d'une particulière intensité sur le territoire français. Par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. En vertu des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, le juge ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais de procédure à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent, dès lors, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Roulleau.

Délibéré après l'audience du 30 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2022.

La rapporteure,

L. B

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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