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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106138

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106138

mercredi 14 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mai 2021 et 31 mai 2022, M. C B, représenté par Me Lavenant, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au Préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, celui-ci renonçant alors à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Lavenant, avocat de M. B, en présence de celui-ci.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1994, déclare être entré irrégulièrement en France le 20 octobre 2015. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 19 avril 2017, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 20 septembre 2017. Sa demande de réexamen a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 9 mars 2018, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 12 octobre 2018. Par arrêté du 14 novembre 2018, le préfet de Maine et Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français, décision dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Nantes du 17 avril 2019, puis par arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 30 janvier 2020. S'étant néanmoins maintenu sur le territoire français, il a sollicité du préfet de Maine-et-Loire l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par arrêté du 12 avril 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. B sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement en France, puis s'y est maintenu irrégulièrement après avoir fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 14 novembre 2018, à laquelle il n'a pas déféré. S'il se prévaut de sa présence en France depuis près de six ans à la date de la décision attaquée, ainsi que d'une promesse d'embauche en qualité de maçon, sous contrat à durée indéterminée, ces seuls éléments sont insuffisants à justifier d'une particulière intégration à la société française ni de l'existence de liens d'une forte intensité. Enfin, il n'est pas établi ni même allégué que le requérant ne disposerait pas d'attaches personnelles et familiales en Afghanistan, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses parents et ses frères et sœurs. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiales et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 sur le fondement du troisième alinéa de cet article peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7. / () L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. ".

5. Les éléments relatifs à la vie privée et familiale de M. B énoncés au point 3 ne constituent, ni des considérations humanitaires, ni des motifs exceptionnels, au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas méconnu ces dispositions, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressé.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

6. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3.

7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard aux motifs exposés au point 3, que le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire sur la situation personnelle de M. B.

8. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la décision méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire dès lors que celle-ci n'a pas pour objet d'éloigner M. B vers l'Afghanistan.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

10. M. B soutient qu'en cas de retour en Afghanistan, il risque d'être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations citées au point 8. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 1, sa demande d'asile initiale a été définitivement rejetée et sa demande de réexamen a également été rejetée. M. B n'apporte aucun élément tangible venant remettre en cause cette appréciation et ne justifie donc pas qu'il existerait un risque pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, ni qu'il ferait effectivement partie d'un groupe systématiquement exposé à des traitements inhumains ou dégradants. Enfin, si le requérant fait état de son " occidentalisation ", cette assertion est dépourvue de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Lavenant et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 30 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2022.

La rapporteure,

C. A

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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