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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106191

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106191

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106191
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat : M. CATROUX - R. 222-13
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juin 2021, M. A B, représenté par Me Iosca, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision présentée le 4 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre cette décision ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points prises par le ministre de l'intérieur et des outre-mer au titre des infractions des 14 juillet 2018, 10 juin 2018, 25 avril 2018, 5 avril 2017, 16 février 2017, 12 février 2016 et 13 février 2013 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points qu'il conteste dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir.

Il soutient que :

- la réalité des infractions ayant donné lieu aux retraits de points n'est pas établie ;

- l'administration n'apporte pas la preuve de la délivrance, pour l'ensemble des infractions qui lui sont reprochées, de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Il fait valoir que :

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Catroux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Catroux a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 SI " présentée le 4 mai 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la perte de validité du permis de conduire de M. B à la suite des retraits de points liés aux infractions au code de la route commises les 14 juillet 2018, 10 juin 2018, 25 avril 2018, 5 avril 2017, 16 février 2017, 12 février 2016 et 13 février 2013. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision " 48 SI " et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre cette décision Il demande également l'annulation des décisions de retrait de points correspondant à ces infractions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de ce que la réalité des infractions ne serait pas établie :

2. Il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

3. S'agissant de l'ensemble des infractions commises, le relevé d'information intégral du requérant mentionne que les infractions ont donné lieu soit au paiement d'amendes forfaitaires soit à l'émissions des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la réalité de ces infractions n'est pas établie.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

4. La délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Son accomplissement conditionne dès lors la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Cette information doit porter, d'une part, sur l'existence d'un traitement automatisé des points et la possibilité d'exercer le droit d'accès et, d'autre part, sur le fait que le paiement de l'amende établit la réalité de l'infraction dont la qualification est précisée et entraîne un retrait de points correspondant à cette infraction. Ni l'article L. 223-3, ni l'article R. 223-3 du code de la route n'exigent que le conducteur soit informé du nombre exact de points susceptibles de lui être retirés, dès lors que la qualification de l'infraction qui lui est reprochée est dûment portée à sa connaissance.

S'agissant des infractions des 16 février 2017 et 12 février 2016 :

5. Le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

6. L'intéressé, qui s'est acquitté des amendes forfaitaires, comme cela résulte des mentions figurant au système national des permis de conduire, doit ainsi être regardé comme ayant nécessairement reçu les avis de contravention se rapportant aux infractions en cause, qui ont été relevées au moyen d'un appareil électronique sécurisé. Par ailleurs, M. B n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait été destinataire d'avis de contravention inexacts ou incomplets. Par suite, le ministre doit être regardé comme établissant la preuve de délivrance de l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant de l'infraction du 13 février 2013:

7. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

8. L'intéressé, qui s'est acquitté de l'amende forfaitaire comme cela résulte des mentions figurant au système national des permis de conduire, doit ainsi être regardé comme ayant nécessairement reçu l'avis de contravention se rapportant à l'infraction en cause qui a été constatée par radar automatique. Par ailleurs, M. B n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait été destinataire d'un avis de contravention inexact ou incomplet. Par suite, le ministre doit être regardé comme établissant la preuve de délivrance de l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant des infractions des 5 avril 2017, 14 juillet 2018, 10 juin 2018 et 25 avril 2018 :

9. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

10. Au cas présent, les infractions commises ont été constatées par procès-verbaux dressés avec un appareil électronique sécurisé. Il s'ensuit, que l'intéressé, qui a refusé de signer les procès-verbaux, comme en atteste la mention certifiée de l'agent, relatifs aux infractions des 14 juillet 2018, 10 juin 2018 et 25 avril 2018 a pris connaissance des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré de l'absence de délivrance de ces informations doit être écarté.

11. S'agissant de l'infraction du 5 avril 2017, il ne résulte de l'instruction que l'intéressé aurait apposé sa signature sous ces informations, malgré la présence d'un trait sur ces informations. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'aurait pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Or, il en résulte, eu égard à ce qui précède, que le requérant s'était vu délivrer, peu de temps avant, les informations prévues aux articles L. 223- 3 et R. 223-3 du code de la route à la suite de l'infraction du 16 février 2017. De plus, l'intéressé a été intercepté à l'occasion de l'infraction du 5 avril 2017, qui a donné lieu à un procès-verbal précisant la qualification de l'infraction, et il a donc été informé de la qualification de cette infraction. Il n'a donc pas été privé, dans les circonstances de l'espèce, de la garantie tenant à la délivrance de l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

Le magistrat désigné,

X. CATROUX

La greffière,

V. MALINGRELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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