mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2106406 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 juin 2021, M. A C, Mme B D et MM. Elvin et Farid C, représentés par Me Néraudau, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 décembre 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'instruire la demande de titre de séjour de M. A C ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'instruire la demande de titre de séjour de ce dernier ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Les consorts C et D soutiennent que :
Sur la décision de refus d'instruction de la demande de titre :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle méconnait les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de humains et des libertés fondamentales ;
Sur la décision de maintien des décisions du 14 janvier 2019 :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de humains et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens et conclusions contre le maintien des décisions du 14 janvier 2019 sont irrecevables dès lors que :
° ces décisions étant devenues définitives, il n'est plus possible d'exciper de leur illégalité ;
° cette mesure n'est pas une décision faisant grief et est donc insusceptible de recours ;
- aucun des autres moyens soulevés par les consorts C et D n'est fondé.
Par décision du 19 mai 2021, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes a admis les consorts C et D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique du 29 mai 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant azerbaïdjanais né en 1945, déclare être entré en France le 15 mai 2015. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 28 avril 2016 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et son recours contre cette décision a été rejeté par un arrêt du 26 octobre 2016 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par un arrêté du 14 janvier 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement n° 1904098 du 31 octobre 2019, le tribunal a rejeté le recours qu'il a formé contre ces décisions. Ce jugement a été confirmé par une ordonnance n° 20NT00655 du président de la cour administrative d'appel du 9 juillet 2020.
2. Entretemps, M. C a saisi le préfet de la Loire-Atlantique le 14 novembre 2019 d'une nouvelle demande de titre de séjour pour le même motif. Par une décision du
18 décembre 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande au motif qu'il ne fait valoir aucune circonstance nouvelle de nature à justifier la remise en cause de la décision du
14 janvier précédent. Par sa requête, M. A C, ainsi que Mme B D et
MM. Elvin et Farid C, respectivement sa bru et ses petits-fils, contestent la légalité de la décision du 14 novembre 2019.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Loire-Atlantique :
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () "
4. Contrairement à ce que soutiennent les consorts C et D, la décision du 14 novembre 2019 ne porte pas obligation de quitter le territoire français mais se borne à rappeler l'existence d'une telle décision prise le 14 janvier précédent, invitant M. C à s'y conformer. Dès lors, elle ne constitue pas une décision faisant grief. La fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Loire-Atlantique, tirée de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre cette décision, doit être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Madame E, cheffe du bureau du séjour à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 17 septembre 2019, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de ce département a habilité cette agente à signer les décisions relatives aux attributions de son bureau. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
6. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'indication des considérations utiles de droit et de fait qui constituent le fondement du refus de séjour opposé à M. C. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée, dont les dispositions sont désormais reprises par l'article L. 425-9 du même code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () " Aux termes de l'article R. 313-22 de ce code, désormais recodifié à l'article R. 425-11 : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () " L'article R. 313-23 de ce code, dont les dispositions sont désormais reprises par l'article R. 425-12 énonce : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 313-22. () le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. / () ". L'article 6 de ce même arrêté prescrit : " () un collège de médecins () un avis () précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / () "
8. Les dispositions citées au point précédent, issues de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France et de ses textes d'application, ont modifié l'état du droit antérieur pour instituer une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci.
9. M. C soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que sa demande de titre de séjour n'a pas été transmise au collège de médecins de l'OFII. Toutefois, dès lors que sa demande de titre ne présentait aucun élément nouveau concernant son état de santé, le préfet n'avait pas l'obligation d'instruire sa nouvelle demande, déposée quelques jours après la mise à disposition du jugement du tribunal rejetant son recours contre le précédent refus de titre. Par conséquent, le moyen doit être écarté.
10. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, eu égard notamment aux motifs de la décision contestée, que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant de refuser d'instruire sa demande de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été opéré doit être écarté.
11. En cinquième lieu, en se bornant à produire un certificat médical faisant état d'une " potentielle aggravation progressive sur le long terme justifiant une surveillance générale et spécialisée " de son insuffisance cardiaque, M. C ne remet pas en question l'analyse précédemment effectuée par le collège de médecins de l'OFII et sur laquelle le tribunal s'est déjà prononcé dans son jugement n° 1904098. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile doit être écarté.
12. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. C, entré initialement en France pour solliciter l'asile, a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine. Son fils, sa bru et son petit-fils font également l'objet d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le refus d'instruction de sa demande de titre ne porte pas au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et ne méconnait donc pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales.
14. Il résulte de ce qui précède que la requête des consorts C et D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête des consorts C et D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, Mme B D et MM. Elvin et Farid C, à Me Néraudau et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 29 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Jégard, premier conseiller,
Mme El Mouats St Dizier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
Le rapporteur,
X. JÉGARDLa présidente,
S. RIMEU
La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026