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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106512

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106512

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106512
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP GALLOT LAVALLEE IFRAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire enregistrée le 13 juin 2021, complétée par un mémoire et des pièces les 28 juin 2021, 2 février 2022 et 22 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Ifrah, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 18 mai 2021 par lesquels le préfet de la Sarthe, d'une part, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de six mois, d'autre part, l'a assigné à résidence à son domicile du Mans, dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de son conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si la demande d'aide juridictionnelle est rejetée, à son profit en application des dispositions de ce dernier article.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que les arrêtés contestés ont été signés par une autorité compétente ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de la situation personnelle du requérant ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-1, L. 423-2, L. 313-11, 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme de l'accord franco-marocain ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- le droit d'être entendu, tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'a pas été mis en œuvre avant son édiction et l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration a été méconnu ;

- le risque de menace à l'ordre public n'est pas établi ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé ;

- elle méconnaît l'articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire français n'est pas caractérisé ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- elle n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de la situation du requérant ;

- elle n'est pas justifiée dès lors qu'il existe une perspective raisonnable de mettre en œuvre son éloignement et porte une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa liberté d'aller et venir ;

- le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler n'est pas déterminé avec suffisamment de précision.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mlle Wunderlich, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 15 novembre 1985 déclarant être entré irrégulièrement en France en 2016, interpelé à plusieurs reprises en 2016 puis le 6 mai 2019 et s'étant fait connaître sous d'autres identités et nationalité -Youssef Hayni et Youcef Hayni, ressortissant algérien-. Le 7 mai 2019, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai à laquelle il n'a pas déféré. Par courrier du 5 mars 2021, complété le 20 avril 2021, il a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Sa demande a été rejetée par arrêté du 18 mai 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour pour une durée de six mois et fixant le pays à destination duquel il sera reconduit d'office. Par un arrêté du même jour, l'intéressé a par ailleurs été assigné à résidence à son domicile du Mans, dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, pour une durée de six mois. M. A demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

2. Les arrêtés litigieux ont été signés par M. Eric Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe. Par arrêté du 1er mars 2021 régulièrement publié, le préfet de la Sarthe lui a donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et assignation à résidence. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, ceux de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et comporte des éléments relatifs à la biographie et la situation personnelle et familiale de M. A. Ainsi, il énonce les raisons de droit et de fait pour lesquelles le préfet de la Sarthe a refusé de délivrer un titre de séjour à l'intéressé. Il est, par suite, suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, il ne ressort par ailleurs ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de M. A et à l'instruction complète de sa demande.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Enfin, aux termes de l'article L. 423-2 de ce code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la délivrance de plein droit d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à un étranger marié avec un ressortissant français n'est dispensée de la production d'un visa de long séjour qu'à la triple condition que le mariage ait été célébré en France, que l'étranger justifie d'une vie commune et effective de six mois en France et qu'il soit entré régulièrement sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier, et n'est au demeurant pas contesté, que M. A n'est pas entré régulièrement en France. Dans ces conditions, et alors même qu'il est marié à une ressortissante française, il ne remplit pas les conditions cumulatives prévues par les dispositions précitées. Par suite, le préfet de la Sarthe a pu légalement lui refuser la délivrance du titre de séjour prévu par l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants marocains dès lors que l'accord franco-marocain susvisé du 9 octobre 1987 ne traite pas des conjoints de français.

7. En quatrième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des articles L. 313-11, 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont respectivement reprises, depuis le 1er mai 2021, aux articles L. 423-23 et L. 435-1, dès lors qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur leur fondement.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. A se prévaut de la relation qu'il entretient avec Mme D C, ressortissante française, qu'il a épousée le 24 décembre 2020. Toutefois, cette union est récente et ne suffit pas à elle seule à établir que le requérant aurait noué en France des relations personnelles particulièrement intenses, anciennes et stables. De plus, l'intéressé ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses parents et ses frères et sœurs. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune insertion professionnelle en France et la promesse d'embauche qu'il produit, rédigée à la suite d'un entretien s'étant déroulé le 13 juin 2022, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle est postérieure à cette dernière. Enfin, l'intéressé est connu défavorablement des services de police comme ayant fait l'objet de plusieurs interpellations à l'occasion desquelles il s'est présenté sous des identités et nationalités différentes. Dans ces conditions, le refus de séjour litigieux n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 précité de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

10. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ; () ". Et aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Ce risque peut, aux termes de l'article L. 612-3 de ce code, " être regardé comme établi, sauf circonstances particulières, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il () a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts (). ".

11. En premier lieu, aux termes l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".. L'arrêté litigieux vise expressément l'article L. 611-1, 3° précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le refus de titre de séjour est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En deuxième lieu, d'une part, il ressort de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment de son article L. 614-1, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration qui fixe les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, en prévoyant que ces décisions " n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ", ne saurait être utilement invoqué par M. A à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français litigieuse.

13. D'autre part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Il suit de là que le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective. En particulier, il n'implique pas l'obligation, pour le préfet, d'entendre l'étranger spécifiquement au sujet de l'obligation de quitter le territoire français qu'il envisage de prendre après avoir statué sur le droit au séjour à l'issue d'une procédure ayant respecté son droit d'être entendu.

14. En l'espèce, s'il est constant que M. A n'a pas été invité par l'administration à présenter, préalablement à l'édiction de la décision attaquée, ses observations écrites ou orales sur la perspective d'une mesure d'éloignement, il ne pouvait ignorer qu'il était susceptible de faire l'objet d'une telle mesure, compte tenu de sa situation administrative rappelée au point 1. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait été privé de la possibilité de présenter des observations écrites ou orales ou qu'il aurait demandé en vain un entretien avec les services préfectoraux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

15. En troisième lieu, l'obligation de quitter sans délai le territoire français faite à M. A, fondée d'une part sur ce qu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour et non sur la menace à l'ordre public que constituerait le comportement de l'intéressé -hypothèse prévue au 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile-, d'autre part sur la double circonstance qu'il n'a pas exécuté la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre -hypothèse prévue au 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cité au point 10- et s'est présenté sous différentes identités -hypothèse prévue au 8° de cet article L. 612-3-, ce que ne conteste pas le requérant, n'est pas entachée de l'erreur de droit alléguée.

16. En quatrième lieu, lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 9.

17. En cinquième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de tout ce qui vient d'être dit, que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision obligeant M. A à quitter le territoire sans délai sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination vise les articles L. 721-3 à L.721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et constate que M. A est de nationalité marocaine. Cette décision comporte ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, l'énoncé suffisamment précis des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement.

19. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;/ 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

20. La décision litigieuse, qui prévoit que si M. A se maintient sur le territoire, l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre " pourra être exécutée d'office à destination du pays dont il a la nationalité ou tout pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible ", satisfait aux prescriptions énoncées à l'article L. 721-4 précité. Il ne ressort par ailleurs ni des termes de l'arrêté contesté ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé, avant de fixer le pays de renvoi, à l'examen de la situation personnelle de M. A, lequel n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir que cette décision porte atteinte à sa dignité.

Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :

21. L'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". L'article R. 733-1 du même code dispose en outre que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

22. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'arrêté du 18 mai 2021 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Il reprend les éléments essentiels de la situation personnelle du requérant et précise notamment que ce dernier est domicilié au Mans (Sarthe) et qu'il détient un passeport expirant le 6 août 2025. Par suite, contrairement à ce que soutient M. A, l'arrêté attaqué mentionne avec suffisamment de précision les circonstances de droit et de fait qui le fondent. Il est, dès lors, suffisamment motivé. Il ne ressort par ailleurs ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que son édiction n'aurait pas été précédée d'un examen particulier de la situation personnelle de M. A.

23. En second lieu, M. A, qui ne conteste pas entrer dans le champ du 1° de l'article L. 731-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, se borne à faire valoir, pour contester l'assignation à résidence -qui constitue une mesure alternative au placement en rétention- prononcée par le préfet sur le fondement des dispositions de cet article, que rien ne vient justifier l'atteinte ainsi portée à sa liberté d'aller et venir, sans faire état d'aucune contrainte particulière l'empêchant de satisfaire à cette obligation, dont les modalités n'apparaissent pas disproportionnées à sa situation, le temps nécessaire à la mise à exécution de la mesure d'éloignement vers le Maroc. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues. Par ailleurs, l'arrêté litigieux, qui dispose en son article 4 que M. A est autorisé à circuler " sur le périmètre de la commune de son domicile ", détermine ce périmètre avec une précision suffisante, contrairement à ce que soutient le requérant.

24. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Ifrah et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

A.-C. WUNDERLICH L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Y. LE LAYLe greffier,

Y. LECLERC

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

vb

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