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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106600

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106600

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106600
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGOUACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2021, M. B A, représenté par Me Gouache, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 mai 2020 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté de son recours administratif préalable obligatoire contre la sanction, prononcée le 8 avril 2020 par la commission de discipline du centre pénitentiaire de Nantes, lui infligeant douze jours de cellule disciplinaire, dont cinq jours avec sursis actif pendant six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la commission de discipline était régulièrement composée ;

- la décision de poursuite ainsi que la mesure de sanction disciplinaire du 8 avril 2020 n'ont pas été signées par une autorité habilitée à cette fin ;

- ses droits de la défense ont été méconnus, dès lors qu'il n'a pas été fait droit à sa demande tendant au visionnage des images de vidéosurveillance ;

- la matérialité de ces faits n'est pas établie ;

- la sanction présente un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delohen,

- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, alors incarcéré au centre pénitentiaire de Nantes, au sein du quartier centre de détention, a été sanctionné le 8 avril 2020 par la commission de discipline de cet établissement de douze jours de cellule disciplinaire, dont cinq jours avec sursis actif pendant six mois. Il demande l'annulation de la décision du 14 mai 2020 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes, saisie de son recours administratif préalable, a confirmé cette sanction.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, alors applicable : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article R. 57-7-8 du même code : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal judiciaire territorialement compétent. La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal judiciaire ". Aux termes de l'article R. 57-7-13 de ce code : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline ". Enfin, son article R. 57-7-14 dispose : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef d'établissement. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du registre de la commission de discipline, que le président de la commission était assisté d'un premier assesseur, membre de l'administration pénitentiaire, et d'une personne extérieure à l'administration pénitentiaire, dûment habilitée à siéger en commission de discipline par une décision du président du tribunal judiciaire de Nantes du 30 janvier 2020. De plus, les rédacteurs du compte rendu d'incident à l'origine de la procédure disciplinaire et du rapport d'enquête n'ont pas siégé au sein de la commission de discipline qui s'est réunie le 8 avril 2020. Par suite, le moyen relatif à la régularité de la composition de la commission de discipline doit être écarté.

4. En deuxième lieu, conformément aux dispositions alors applicables de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires, prise sur le recours administratif préalable obligatoire exercé par le détenu, se substitue à celle du président de la commission de discipline. Par suite, les moyens tirés de ce qu'il ne serait pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision de poursuite ainsi que du président de la commission de discipline ne peuvent qu'être écartés.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la décision initiale du 8 avril 2020 rendue par la commission de discipline du centre pénitentiaire de Nantes, que M. A ou son conseil aurait, préalablement au prononcé de la sanction, demandé à accéder aux enregistrements de vidéoprotection et qu'un refus aurait alors été opposé. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que ses droits de la défense ont été, dans cette mesure, méconnus.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, dans sa version alors applicable : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires () ". Aux termes de l'article R. 57-7-33 du même code : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : / () 7° La mise en cellule disciplinaire ". Enfin, son article R. 57-7-49 dispose : " Le président de la commission de discipline prononce celles des sanctions qui lui paraissent proportionnées à la gravité des faits et adaptées à la personnalité de leur auteur () ".

7. Pour prononcer la sanction contestée à l'encontre de M. A, l'autorité administrative a retenu que, le 5 avril 2020, à l'heure de la promenade, l'intéressé a invectivé des surveillants et tenu des propos menaçants à leur égard. Si le requérant conteste ces faits, il ne fait état d'aucun élément suffisamment précis et probant, alors que la matérialité des agissements qui lui sont reprochés doit être regardée comme établie par le compte rendu d'incident rédigé le même jour, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. Le rapport rédigé le même jour et adressé à la directrice du centre pénitentiaire de Nantes, qui fait certes état de ce que d'autres détenus ont tenu des propos menaçants à l'encontre des personnels surveillants, mentionne que M. A, très énervé, tenait des propos incitant à la révolte, de sorte que, contrairement à ce que celui-ci allègue, ce document n'apparaît pas contradictoire avec le compte rendu d'incident précité. Les faits en cause, qui doivent, ainsi qu'il a été dit, être regardés comme étant établis, sont constitutifs d'une faute du premier degré au sens des dispositions précitées de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, en raison des graves troubles au bon ordre de l'établissement qu'ils sont susceptibles de créer. Dans ces conditions, la sanction de douze jours de cellule disciplinaire dont cinq jours avec sursis actif pendant six mois infligée à M. A, qui n'est pas fondée sur des faits matériellement inexacts ni entachée d'erreur de droit, n'apparaît pas disproportionnée.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Gouache et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 27 août 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le rapporteur,

D. DELOHENLe président,

C. CANTIÉ

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

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