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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106649

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106649

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106649
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantREGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juin 2021, Mme E F épouse D et M. B D, agissant en leurs noms et en qualité de représentants légaux de leurs enfants, A. Adam D et Yasser D, représentés par Me Régent, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté la demande de regroupement familial présentée par Mme D au bénéfice de son époux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de faire droit à leur demande d'admission au séjour au titre du regroupement familial ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande, dans un délai de dix jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État les dépens ainsi que la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Ils soutiennent que la décision attaquée :

- méconnaît les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien ;

- porte une atteinte disproportionnée aux droits reconnus par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par décision du 28 juin 2021, la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes a admis Mme F au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique du

4 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E F, ressortissante algérienne née en 1982, déclare être entrée en France en 2011. Elle a épousé M. B D, ressortissant algérien né en 1977, le

18 février 2020. Ils avaient auparavant eu deux enfants, A. Adam D et Yasser D, respectivement nés en 2012 et 2017. Mme F a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique une autorisation de regroupement familial au profit de son époux le 13 mars 2020, laquelle a été refusée le 4 décembre 2020. Par leur requête, Mme F et M. D demandent l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 : " () / Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; / () ".

3. Il résulte de ces stipulations que la condition de ressources est satisfaite lorsque le demandeur et son conjoint justifient de ressources au moins égales au salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC), quelle que soit la composition de la famille. En vertu des dispositions des articles R. 411-4 et R. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction alors applicable, compatibles sur ce point avec les stipulations de l'accord franco-algérien, le caractère suffisant des ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du SMIC au cours de cette même période. Lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période de référence, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre en compte l'évolution des ressources du foyer du demandeur, si elle lui est favorable.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'enquête réalisée par les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que le revenu perçu par Mme F s'est élevé, en moyenne, à 1 170 euros nets sur la période des douze mois qui ont précédé la demande de regroupement familial qu'elle a déposée le 13 mars 2020, alors que le salaire minimum net mensuel s'élevait à 1 218,60 euros le 1er janvier 2020. Par suite, en estimant que les revenus du foyer au cours de la période des douze mois précédant le dépôt de sa demande étaient inférieurs au montant du salaire minimum interprofessionnel de croissance sur la période considérée, le préfet n'a pas méconnu les stipulations susvisées de l'article 4 de l'accord franco-algérien.

5. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Il ressort des pièces du dossier que le mariage entre M. et Mme D était récent à la date de la décision attaquée, alors que l'époux avait divorcé un an auparavant de son précédent mariage conclu en 2001. Contrairement à ce qu'allèguent les intéressés, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le requérant vivait déjà en France à la date de la décision attaquée ou même qu'il s'est rendu en France régulièrement, ni qu'il aurait noué des liens affectifs avec ses enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme F et M. D doit être rejetée, y compris en ce qu'elle comporte des conclusions à fin d'injonction sous astreinte et une demande présentée au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F et de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F épouse D, à M. B D, à Me Régent et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Hervouet, président du tribunal,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLe président,

C. HERVOUET

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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