mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2106652 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat : M. CATROUX - R. 222-13 |
| Avocat requérant | SCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 juin et 16 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 22 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;
2°) d'annuler les décisions de retrait de points prises par le ministre de l'intérieur et des outre-mer au titre des infractions des 13 octobre 2017, 5 mars 2020, 9 février 2018, 20 novembre 2018 et 6 septembre 2016 ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points qu'il conteste et de reconstituer le capital de points attaché à son permis de conduire, sous huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions de retrait de points consécutives aux infractions ne lui ont pas été notifiées ;
- l'administration n'apporte pas la preuve de la délivrance, pour l'ensemble des infractions qu'il conteste, de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- l'illégalité des décisions de retrait de points à la suite de ces infractions prive de base légale la décision invalidant son permis de conduire ;
- la réalité de l'infraction du 5 mars 2020 n'est pas établie.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 août 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Catroux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Catroux a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision référencée " 48 SI " du 22 avril 2021, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de conduire de M. A à la suite des infractions au code de la route commises les 13 octobre 2017, 5 mars 2020, 11 mai 2017, 9 février 2018, 9 mars 2018, 20 novembre 2018 et 6 septembre 2016 et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. M. A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de cette décision " 48 SI " et des décisions de retrait de points correspondant aux infractions des 13 octobre 2017, 5 mars 2020, 9 février 2018, 20 novembre 2018 et 6 septembre 2016.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points :
En ce qui concerne le moyen tiré de la notification de ces décisions :
2. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. A ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :
3. La délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223- 3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Son accomplissement conditionne dès lors la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Cette information doit porter, d'une part, sur l'existence d'un traitement automatisé des points et la possibilité d'exercer le droit d'accès et, d'autre part, sur le fait que le paiement de l'amende établit la réalité de l'infraction dont la qualification est précisée et entraîne un retrait de points correspondant à cette infraction. Ni l'article L. 223-3, ni l'article R. 223-3 du code de la route n'exigent que le conducteur soit informé du nombre exact de points susceptibles de lui être retirés, dès lors que la qualification de l'infraction qui lui est reprochée est dûment portée à sa connaissance.
S'agissant des infractions des 13 octobre 2017, 20 novembre 2018 et 5 mars 2020 :
4. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.
5. Au cas présent, les infractions commises ont été constatées par procès-verbaux dressés avec un appareil électronique sécurisé. Il s'ensuit, que l'intéressé a pris connaissance des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route sous lesquelles il a apposé sa signature, pour l'infraction du 13 octobre 2017, ou sous lesquelles se trouve la mention " refus de signer " apposé par l'agent verbalisateur, pour l'infraction du 20 novembre 2018. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces informations doit être écarté pour ces infractions.
6. En revanche, il ne résulte pas des mentions du procès-verbal établi pour l'infraction du 5 mars 2020, que produit le ministre, qu'il comporte la mention " refus de signer " ou qu'y figure la signature de l'intéressé. Dans ces conditions, l'administration n'établit pas avoir délivré l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à l'occasion de cette infraction. Si l'intéressé s'était vu délivrer cette information près d'un an et demi avant, à l'occasion de l'infraction du 20 novembre 2018, qui était d'une autre nature, une telle circonstance ne suffit pas démontrer que M. A n'a pas été privé, dans les circonstances de l'espèce, de la garantie tenant à cette délivrance.
7. Il s'ensuit que la décision de retrait de quatre points à la suite de l'infraction du 5 mars 2020 est entachée d'illégalité et doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen invoqué contre cette décision.
S'agissant des infractions des 9 février 2018 et 6 septembre 2016 :
8. Le ministre produit l'attestation du comptable public responsable de la trésorerie du contrôle automatisé indiquant que l'intéressé a réglé le montant de l'amende forfaitaire majorée émise à la suite de l'infraction du 9 février 2018. Il produit également le bordereau de situation établi par le comptable public compétent dont il résulte que l'intéressé s'est acquitté de l'amende forfaitaire majorée émise à la suite de l'infraction du 6 septembre 2016.
9. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. En vertu de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Lorsque le contrevenant soutient que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé et n'est, par suite, pas de nature à apporter la preuve de la réception des avis, il lui appartient d'apporter la preuve, devant le juge du fond, de ce que l'amende a effectivement fait l'objet d'un recouvrement forcé.
10. Au cas présent, il n'est pas établi que ces paiements seraient intervenus de manière forcée.
11. L'intéressé doit ainsi être regardé comme ayant nécessairement reçu les avis de contravention se rapportant aux infractions en cause. Par suite, M. A n'apportant aucun élément de nature à établir qu'il aurait été destinataire d'avis de contravention inexacts ou incomplets, le ministre doit être regardé comme établissant la preuve de délivrance de l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48 SI " du 22 avril 2021 :
12. L'annulation de la décision de retrait de quatre points à la suite de l'infraction du 5 mars 2020 entraîne, par voie de conséquence, l'annulation de la décision du 22 avril 2021 invalidant le permis de conduire de M. A.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de rétablir le bénéfice des points retirés à la suite de l'infraction du 5 mars 2020 en en tirant toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le droit à conduire de l'intéressé. Il y a lieu, par suite, de lui enjoindre de procéder à ce rétablissement dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du retrait de quatre points attachés au permis de conduire de M. A à la suite de l'infraction du 5 mars 2020 et la décision 48SI du 22 avril 2021 du ministre de l'intérieur et des outre-mer constatant la perte de validité du permis de conduire de l'intéressé sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de rétablir le capital de points du permis de conduire de M. A, en tenant compte de l'annulation de la décision de retrait de points prononcée à l'article 1er du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 600 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.
Le magistrat désigné,
X. CATROUX
La greffière,
V. MALINGRELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026