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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106682

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106682

vendredi 19 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106682
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantTRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juin 2021, complétée par un mémoire et une production de pièces enregistrés les 12 juillet 2021 et 20 juillet 2021, Mme C B, représentée par Me Traore, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2021 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation à fin de l'admettre au séjour au titre de la vie privée et familiale ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressée ; le préfet n'a en particulier pas apprécié, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, l'opportunité d'une mesure de régularisation ;

- le refus de renouvellement litigieux méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; contrairement à ce qu'a estimé le préfet, aucun changement d'orientation n'est intervenu, la réussite dans la filière de sciences actuarielles et financières étant sanctionnée par un double diplôme en mathématiques et économie gestion ;

- la décision d'éloignement méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité de la décision de refus de séjour la prive de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2022 le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mlle Wunderlich, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique du 24 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante tchadienne née le 9 juin 1997 est entrée en France le 29 août 2016 munie d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable du 28 aout 2016 au 28 août 2017. Elle a obtenu la délivrance d'un titre de séjour en cette qualité, renouvelé à deux reprises jusqu'au 8 août 2020. Sa dernière demande de renouvellement faite le 24 septembre 2020 auprès du préfet de la Sarthe a été rejetée -au motif que l'intéressée ne peut, compte tenu de son absence de progression, être regardée comme faisant preuve de sérieux dans le suivi de ses études- par arrêté du 19 mai 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel l'intéressée pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté contesté que le préfet de la Sarthe, saisi d'une demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiant, n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de Mme B ni qu'il se serait abstenu d'apprécier, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, l'opportunité d'une mesure de régularisation au bénéfice de l'intéressée.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier et sous le contrôle du juge, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études sur le territoire français et d'apprécier la réalité et le sérieux des études poursuivies.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'a pas validé son année universitaire 2016/2017 de première année de licence de mathématiques à l'université du Mans, non plus que sa deuxième année de licence d'économie. Elle a présenté au soutien de sa demande de renouvellement de titre de séjour une inscription pour l'année 2020/2021, pour la quatrième année consécutive, dans ce même cursus. Le préfet de la Sarthe relève dans sa décision que l'intéressée avait été prévenue dès le 15 novembre 2019 qu'en cas de non validation de son année universitaire 2019/2020, aucun renouvellement ne lui serait désormais accordé. Si l'intéressée fait valoir que la filière de sciences actuarielles et financières dans laquelle elle s'est engagée à son arrivée du Tchad -pays dans lequel un tel cursus, sanctionné par un double diplôme en mathématiques et économie et gestion, n'existe pas- est particulièrement difficile en raison de sa technicité, et qu'elle a rencontré des difficultés d'adaptation, outre des problèmes d'ordre familial et moral, mais qu'à force de volonté et de persévérance elle a finalement validé sa deuxième année au cours de l'année universitaire 2020/2021 et est passée en troisième année, ces circonstances sont insuffisantes à faire regarder l'appréciation portée par le préfet sur l'absence de progression de Mme B dans ses études comme entachée d'erreur d'appréciation.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Mme B se prévaut de sa relation avec M. D A, un ressortissant français avec lequel elle vit en concubinage depuis près de deux ans et s'est pacsée le 30 mars 2020. Toutefois, compte tenu du caractère récent de cette relation et de la faculté de l'intéressée de solliciter un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'obligation de quitter le territoire français qui a été opposée à Mme B ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

7. En second lieu, Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de séjour, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Traore et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

Mme Diniz, première conseillère,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2022.

La présidente-rapporteure,

A.-C. WUNDERLICHL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

I. DINIZLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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