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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106691

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106691

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106691
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantAH-FAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 juin 2021 et le 24 octobre 2023,

Mme A D épouse C et M. B C, représentés par Me Ah-Fah, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " à Mme D ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " à Mme D, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que la décision attaquée :

- n'est pas suffisamment motivée en droit dès lors qu'elle ne vise pas les textes applicables et en fait ;

- méconnaît les dispositions de l'article 47 du code civil et est entachée d'erreur d'appréciation de l'authenticité des actes produits ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'arrêté attaqué est suffisamment motivé en droit et en fait ;

- si Mme D établit la réalité de sa nationalité, elle ne justifie pas de son identité par la production frauduleuse de documents d'état-civil présentant un caractère apocryphe ;

- le refus de délivrance du titre de séjour demandé ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit des requérants à une vie privée et familiale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative à la circulation et au séjour des personnes (ensemble une annexe), signée à Dakar le 1er août 1995, approuvée par la loi n° 97-744 du 2 juillet 1997 et publiée par le décret n° 2002-337 du 5 mars 2002 ;

- l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 septembre 2024 :

- le rapport de M. Jégard,

- et les observations de Me Ah-Fah, représentant Mme D, et les réponses de celle-ci aux questions qui lui ont été posées par le tribunal.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante sénégalaise née en 1992, entrée en France le 26 mai 2018 sous couvert d'un visa de court séjour, s'est maintenue en France au-delà de la date d'expiration de son visa. Elle a épousé, le 20 décembre 2019, M. B C, ressortissant français né en 1960. Le 18 juillet 2020, ce dernier a effectué une demande de titre de séjour pour son épouse en sa qualité de conjointe de ressortissant français. Par un arrêté du 16 avril 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à sa demande. Par leur requête,

Mme D et M. C sollicitent l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée et dont les dispositions pertinentes sont désormais reprises par l'article L. 423-1 du même code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () / 4° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-6 du même code, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée et dont les dispositions sont désormais reprises par l'article L. 811-2 : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. / () ". Ce dernier article énonce : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

4. La force probante d'un acte de l'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte de l'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit, en conséquence, se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

5. Par ailleurs, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bienfondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux.

6. Le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à Mme D le titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 313-11 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que, dès lors qu'elle a produit à l'appui de sa demande deux actes de naissance apocryphes, lesquelles ne permettent pas d'attester de son identité.

7. S'il est exact que l'intéressée a produit deux actes de naissance, lesquels ont été considérés comme apocryphes par la police aux frontières, il ressort du jugement d'autorisation d'inscription de naissance à l'état civil, n° 11274, du tribunal d'instance de Pikine (Sénégal) du 2 décembre 2021, que les mentions de la naissance de Mme D ont été ordonnées dans le registre des actes de naissance du centre d'état civil Pikine Ouest. À cet égard, en dépit de ce qu'il est postérieur à la décision attaquée, ce jugement est de nature à révéler la situation de fait antérieure et doit par conséquent, dans les circonstances de l'espèce, être regardé comme établissant l'identité de l'intéressée, laquelle est corroborée par la copie de la carte nationale d'identité, du passeport et du visa d'entrée en France produits l'instance.

8. Dans ces conditions, en refusant de délivrer à Mme D un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme D est fondée à demander l'annulation du 16 avril 2021 de la décision du préfet de la Loire-Atlantique refusant de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le préfet de la Loire-Atlantique délivre à Mme D le titre de séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par les requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 16 avril 2021 du préfet de la Loire-Atlantique pris à l'égard de Mme D est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à Mme D, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'une année.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à M. B C et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Hervouet, président du tribunal,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLe président,

C. HERVOUET

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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