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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106708

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106708

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL DESMARS BELONCLE BARZ CABIOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juin 2021, M. B A D, représenté par Me Cabioch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 7 jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît ces articles ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A D ne sont pas fondés.

M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Prelaud, substituant Me Cabioch, avocat de M. A D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant marocain, né le 14 avril 1991, est entré en France le 22 juillet 2015, sous couvert d'un visa de long séjour en qualité de travailleur saisonnier. Il s'est vu délivrer, en cette qualité, par le préfet de la Loire-Atlantique, des titres de séjour valables entre le 8 avril 2014 et le 7 avril 2020. Par un arrêté du 5 février 2020, le préfet a refusé de lui délivrer un nouveau titre de séjour. Par un courrier du 1er avril 2021, il a sollicité du préfet son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur ou, subsidiairement, de l'article L. 313-14 du même code. Par l'arrêté du 31 mai 2021 dont M. A D demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande, a assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur les moyens soulevés contre l'ensembles des décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit comme de fait pour lesquelles le préfet a décidé de refuser de délivrer un titre de séjour au requérant. A cet égard, il fait état, notamment, des éléments qu'a déclarés l'intéressé, dans sa demande, concernant ses attaches personnelles en France et la promesse d'embauche dont il s'est prévalu. Dès lors, cette décision est suffisamment motivée. Si cette décision vise l'article L. 412-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au lieu du L. 423-23, cette erreur de plume est sans incidence sur la légalité du refus de titre de séjour en litige. Il suit de là, en conséquence des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'obligation de quitter le territoire français est également suffisamment motivée. En outre, l'arrêté vise notamment les dispositions des articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate qu'il est fait obligation au requérant de quitter le territoire français, qu'il est de nationalité marocaine et qu'il ne produit aucun élément qui justifierait d'un risque en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, la décision fixant le pays de renvoi est également suffisamment motivée.

3. En second lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la motivation de l'arrêté attaqué, que le préfet, qui n'était pas tenu de préciser pour quelles raisons il n'a pas saisi la commission du titre de séjour comme le lui demandait le requérant, a procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre les décisions en litige.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de la décision contestée : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Si M. A D séjournait en France depuis un peu moins de six années à la date de la décision contestée, il s'était maintenu sur le territoire de façon continue en violation des obligations résultant du titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier qui lui avait été octroyé, dès lors que ces obligations impliquaient de conserver sa résidence habituelle hors de France. Célibataire et sans enfant à charge, il n'a pas noué sur le territoire national des liens anciens, intenses et stables. En particulier, compte tenu notamment de la nature des liens familiaux ainsi évoqués et de la durée du séjour de l'intéressé en France, les circonstances que deux de ses grands-parents et plusieurs de ses oncles et tantes résident dans ce pays et qu'il ait développé des relations dans le cadre de son travail et de ses activités sportives, ne suffissent pas à établir que l'intéressé aurait transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. Si M. A D se prévaut d'une relation de couple avec une ressortissante française, il n'est pas établi que ce lien personnel présentât à la date de la décision contestée une ancienneté et une stabilité significatives, les éléments produits dans le cadre de l'instance par le requérant sur son mariage le 3 août 2021 avec cette ressortissante française et sur sa vie commune avec elle étant postérieurs à cette décision. En revanche, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas, au demeurant allégué, que l'intéressé n'aurait pas conservé des attaches personnelles au Maroc, où il a vécu la plus grande part de sa vie. Ainsi, la décision refusant d'admettre au séjour M. A D ne porte pas au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit. Dès lors, elle n'est pas entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423 23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et ne méconnaît ni ces stipulations ni ces dispositions.

6. En second lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié''() ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Et, enfin, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de l'arrêté en litige : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auquel lui est substitué à compter du 1er mai 2021 l'article L. 435-1 du même code, n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

8. Si le requérant justifie d'une promesse d'embauche et établit, par la production de 45 bulletins de paie, avoir exercé à plusieurs reprises des activités en tant que travailleur saisonnier ou intérimaire d'avril 2014 à décembre 2020, il ne conteste pas avoir méconnu les conditions du titre de séjour qui lui avait été accordé en qualité de travailleur saisonnier, tenant au maintien d'une résidence habituelle hors de France. Les éléments qu'il fait valoir, compte tenu notamment du caractère ponctuel des activités exercées et de leur nature, ne constituent pas des motifs exceptionnels ou des circonstances humanitaires justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, en refusant une telle admission, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation sur la situation globale de l'intéressé au regard du large pouvoir dont il dispose en matière de régularisation, et n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de séjour que M. A D n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

10. En second lieu, pour les mêmes raisons que celles exposés au point 5 du présent jugement, la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français que M. A D n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de ce refus et de cette obligation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D, à Me Cabioch et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

M. Catroux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le rapporteur,

X. C

Le président,

S. DEGOMMIER

La greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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